Le musée des Confluences de Lyon ouvre enfin

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(Crédits : Laurent Cerino/Acteurs de l'économie)
Le musée des Confluences de Lyon ouvre au public ce samedi après des années de polémiques et de retards. Ce lieu hors norme propose une découverte transversale et inédite de l'histoire de l'Homme, des civilisations et de la nature.

De l'extérieur, les Lyonnais se sont habitués à la silhouette spectaculaire du musée des Confluences. Il faut dire qu'ils ont eu le temps... Prévu pour être livré en 2009, le "nuage de cristal" aura accumulé, retards, polémiques, et des dépassements budgétaires pour un coût final estimé à 255 millions d'euros hors taxes, par le maitre d'ouvrage, cinq fois plus que le montant initialement prévu (61 millions). Lancé par le département du Rhône en 2000, l'établissement passera sous pavillon de la nouvelle métropole au 1er janvier 2015.

Un lieu saisissant

Inauguré ce vendredi et ouvert au public samedi, le musée des Confluences a néanmoins tout pour séduire. L'architecture révolutionnaire impressionne. Une fois entré, le visiteur est littéralement happé par la verrière vertigineuse de 33 m, avant de remonter autour du "puits de gravité" imaginé par le cabinet d'architectes autrichien Coop Himmelb(l)au. Le lieu offre un point de vue unique sur la confluence du Rhône et de la Saône.

Musée des confluences

Si le contenant est séduisant, le contenu est aussi spectaculaire et surtout proposé dans une démarche inédite en France, très au-delà des notions de conservation et de patrimoine traditionnelles."Nous voulons proposer des regards croisés en dehors de ce que l'on trouve traditionnellement dans les musées. C'est une philosophie de la rencontre, une intelligence des regards croisés", précise Hélène Lafont-Couturier la directrice, pour qui, ce musée à vocation "à interroger le temps long".

Une démarche inédite

Initiée par le premier directeur, Michel Côté, la méthode du musée des Confluences s'appuie sur la mise en perspective de pièces parfois distantes de milliers d'années. "C'est à la fois un musée des sciences, d'histoire naturelle, de l'Homme. C'est un tout. Nous n'avons pas fait ce musée pour héberger le mammouth de Choulan et la girafe Sophie. C'est un musée sur l'Homme et son mystère", souligne Jean-Jacques Pignard, président du conseil d'administration de l'établissement.

À partir des collections initiales de l'ancien musée, fermé en 2007, des milliers de pièces sont ainsi présentées dans quatre expositions permanentes : "origines les récits du monde, espèces la maille du vivant, sociétés, le théâtre des hommes et éternités visions de l'au-delà".

Musée des confluences

>>Découvrez en ligne notre diaporama sur le musée des Confluences

Que les nostalgiques de l'antique muséum d'histoire naturelle Guimet se rassurent, ils pourront bien retrouver le fameux mammouth dans l'espace dédié aux origines de la vie, où l'on remonte le temps en retrouvant nos ancêtres préhistoriques, un monumental dinosaure camarasaurus et un mosasausore. Mais dans la logique de croisements, la scénographie sort délibérément des sentiers battus. Plus loin dans le parcours, une météorite côtoie ainsi des instruments d'astronomie avec en face des tableaux aborigènes racontant la création du monde.

"Nous mettons en perspectives des représentations symboliques ethnographiques avec des objets scientifiques. Il y a un dialogue des œuvres. Celles qui parlent du temps, avec des objets qui mesurent le temps, par exemple", détaille Mitia Claisse, scénographe.

Le jeu des symboles

Dans la galerie des espèces, reliées entre elles par les fils de l'évolution, ce sont des centaines d'animaux empaillés et de flamboyants tableaux de papillons qui retrouvent... un sphinx égyptien.  Le concept est encore plus marqué dans la partie dédiée aux sociétés. Cocotes minutes et appareil à crêpes sont présentés dans la même salle qu'une armure samouraï. Des monnaies océaniennes sont mises en opposition avec un accélérateur de particules et une vitrine multicolore de minéraux rappelle les matières premières fondamentale pour créer.

"Pour cet espace, il y a eu une volonté de ne pas hiérarchiser. Le travail a été de mettre les objets sur un pied d'égalité. On ne prend pas forcement le visiteur par la main pour cette exposition. Il n'y a pas de début ni de fin, mais un ensemble de société qui ont évolué", explique Remi Dumas Primbault, scénographe.

Le musée des Confluences joue sur la force symbolique. Certains visiteurs seront peut-être un peu déconcertés, mais des médiateurs seront présents pour proposer des décryptages. Des expositions temporaires de 3 à 6 mois se rajouteront aux présentations permanentes. Pour l'ouverture, "les trésors d'Émile Guimet" retracent l'histoire de cet industriel lyonnais du XIXe siècle, fondateur du muséum de Lyon, puis du musée des arts asiatiques à Paris. Enfin, on trouve également une revisite d'un cabinet de curiosité particulièrement saisissante. Désormais, les années diront si ce musée conçu pour "interroger le temps long" trouve son public.

Le musée des Confluences en chiffres

  • 27 000 m2 de surface
  • 500 000 visiteurs attendus par an
  • Coût évalué à 255 millions d'euros (le prix définitif n'est pas encore totalement fixé en raison de pénalités retard demandées par le Conseil général du Rhône au constructeur Vinci).
  • 18 millions d'euros de budget fonctionnement (incluant également le centre de conservation de la rue Bancel qui abrite les réserves du musée). 49 % concerneront le fonctionnement courant du bâtiment. 46 % les expositions temporaires et 3,5 % la commercialisation d'espaces de conférences qui doivent rapporter 26 % de recettes.
  • 15 millions de dotations des collectivités publiques
  • 3 millions d'euros de recettes attendues.




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Commentaires
a écrit le 23/12/2014 à 11:08 :
Ce monument, dont l'architecture peut plaire à certains et déplaire à d'autres, restera un gouffre financier, aussi bien en terme d'investissement que d'exploitation. Il restera surtout un symbole supplémentaire de l'irresponsabilité d'une classe politique méprisable et malhonnête.
a écrit le 20/12/2014 à 10:05 :
LYON incarne de plus en plus la France du XXI siècle avec ses innovations urbanistique (Quartier de Confluence ou du Palais des congrès, métro tram vélo, auto lib) et des expressions architecturales qui feront date comme celles de Graz en Autriche.
Cette respiration donne de l'espoir.
L'erreur, ce sont les budgets non maitrisés car toute la chaine de décision des travaux publics est faussée par une fausse bonne idée de l'objectivité d'un jury et malheureusement par une sous culture général de l'architecture dans notre cher pays.
Visitez la Suisse, L'Italie, L'Allemagne, l'Espagne pour voir comment le contemporain s'insert avec harmonie dans des villes que les français préfèrent muséïfier au détriment des habitants et de l'économie.
Cette ville a une visibilité mondiale, développons là.
Vivre son siècle est le minimum pour résorber la crise
a écrit le 19/12/2014 à 22:34 :
comme pour le pont de la mulatière (train) et celui de l'autoroute, il a fallu beaucoup de poutres métalliques qui restent dans ce monde pourtant virtuel et informatique l'indispensable socle des grandes réalisations. Mais , au fait, vu l'état de notre sidérurgie sont elles françaises ou au moins européennes ces poutres d'acier?
a écrit le 19/12/2014 à 18:38 :
Il faut lui trouver un nom à ce musée...l'esprit lyonnais va s'y employer. Comme il ressemble à un accident de chemin de fer, wagons enchevêtrés, Brétigny ?
a écrit le 19/12/2014 à 17:41 :
15 millions d'euros de budget de fonctionnement non couvert par les entrées chaque années...et un ex-musée vide dans un coin sympa...
a écrit le 19/12/2014 à 15:28 :
C'est laid!

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