Saint-Etienne : le design et la culture

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(Crédits : Laurent Cerino/Acteurs de l'économie)
Terre d'industrie, Saint-Étienne ? Pas seulement. Car la plus haute ville moyenne d'Europe bénéficie également d'un environnement naturel de grande qualité (Gorges de la Loire, parc naturel régional du Pilat, Monts du Forez, etc.). Et se montre à la hauteur sur le terrain de la culture

« En tant que néo-Stéphanois, je trouve que l'offre culturelle est formidable », juge Arnaud Meunier, directeur de la Comédie de Saint-Etienne. Outre le seul Zénith de Rhône-Alpes, la capitale ligérienne dispose, entre autres, d'une salle de musiques actuelles, d'un opéra-théâtre et d'un musée d'Art moderne qui rassemble la deuxième plus grande collection de France, après Beaubourg. La Comédie de Saint-Étienne tient également une belle place sur la scène nationale. Sa pièce « Chapitres de la chute : saga des Lehman Brothers », mise en scène par Arnaud Meunier, a reçu cette année le grand prix de la critique.

Des dynamiques en convergence

Depuis une quinzaine d'années, les dynamiques industrielle et culturelle stéphanoises ont trouvé leur point de convergence dans le design. Un mouvement enclenché dès la fin des années 1990 par Michel Thiollière dans l'espoir d'opérer la reconversion économique de la ville. Avec un certain succès puisque, en novembre 2010, Saint-Étienne a intégré le réseau des villes Unesco de design, aux côtés de Buenos Aires, Berlin, Montréal, Nagoya, Kobe, Shenzhen, Shanghai, Séoul, Graz et Pékin.

« À Saint-Étienne, le design fait partie de l'ADN, on n'a fait que le réactiver », analyse Ludovic Noël, directeur général de la Cité du design. Lancée en 1998, la biennale de design a attiré 140 000 visiteurs lors de sa dernière édition, soit 55 000 de plus qu'en 2010. Un succès grandissant qui tient toujours plus à un visitorat national et international. « On a plus de difficultés à faire venir des gens de Lyon que de Paris ou de Corée », s'étonne Ludovic Noël.

Intégrer le design dans la ville

Designer parisien et cofondateur de Sismo design, Antoine Fenoglio a participé activement à toutes les biennales design depuis 1998, du simple « off » jusqu'au commissariat d'exposition. « C'est notre festival de Cannes à nous », plaisante-t-il. Selon lui, la Cité du design figure aujourd'hui dans le trio de tête des institutions françaises incontournables dans ce domaine. « La Cité n'est pas perçue comme un bastion local, juge le designer. Elle a un vrai rayonnement au niveau national. Je dirais qu'en matière de design, Saint-Étienne est pour la France ce que Milan est pour le monde. » De son côté, Anne-Marie Fèvre, journaliste à Libération, spécialisée en design et architecture, compare volontiers Saint-Étienne à Lille ou à certaines cités d'Europe de l'Est en reconversion. « C'est une ville qui a su se redonner une image, estime-t-elle. Maintenant, ce qui manque à la biennale, c'est une vraie dimension internationale. »

En dehors de l'événement que constitue la biennale, Saint-Étienne tente d'intégrer le design au quotidien dans l'aménagement de la ville. À ce titre, elle a été la première commune française à disposer d'un design manager. Employé par la Cité du design, ce professionnel a accompagné en quatre ans plus de 80 projets. « Si l'on veut que le design soit une évidence pour les Stéphanois, il faut qu'il crée de l'emploi et de la richesse, et que la ville transpire le design dans son mobilier et son aménagement urbains, souligne le maire UMP Gaël Perdriau. C'est pourquoi nous avons également créé un poste de conseiller municipal délégué au design. »

Accélérer la réconversion

Dans son renouveau Saint-Étienne s'appuie également sur l'Établissement public d'aménagement (EPA). Cette structure opérationnelle créée en 2007 a pour objet d'accélérer la reconversion de Saint-Étienne. Elle assure la maîtrise d'ouvrage sur plusieurs chantiers clés du quart Nord-Est de la ville. Principalement la mutation du quartier Châteaucreux en quartier d'affaires, et de l'ancien site de la Manufacture d'armes en quartier créatif. L'établissement vient, plus récemment, de lancer une consultation pour la requalification de la zone du Pont-de-l'Âne, qui constitue la principale entrée de la ville. Au total, dans le cadre des contrats de projets État-Région, l'EPA devrait mobiliser 360 millions d'euros sur deux décennies. « L'objectif est de revitaliser Saint-Étienne afin de renforcer la métropole », précise le directeur général de l'établissement, Pascal Hornung.

Saint Etienne Zénith

Complexe d'infériorité ?

Reste un obstacle culturel qui se révèle sous la forme d'un paradoxe. « Les Stéphanois montrent un attachement très fort à leur ville, un vrai sentiment d'appartenance, mais dans le même temps ils ont beaucoup de mal à se faire les ambassadeurs de leur cité car ils sont restés sur une image assez ancienne », déplore Gaël Perdriau. « Je n'ai jamais vu une ville autant schizophrène, confirme Arnaud Meunier. Les Stéphanois sont les premiers à dénigrer leur ville alors qu'ils sont fiers de leurs racines ! » Complexe d'infériorité ?

« Je me suis longtemps battu pour contrecarrer cette forme de modestie locale, assure Michel Thiollière. En 1998, lorsque nous avons accueilli des matchs de la Coupe du monde de football, les gens pensaient que c'était trop bien pour nous. Or, c'est le rôle du politique de pousser sur certains dossiers et d'aller de l'avant, même si ce n'est pas cela qui vous fait réélire. » Pour affermir Saint-Étienne, le nouveau maire compte beaucoup sur une collaboration intelligente avec la grande voisine lyonnaise. « Nous avons travaillé ensemble avec Gérard Collomb, auquel je devrais succéder en 2017 à la présidence du pôle métropolitain, explique-t-il. Je suis convaincu que notre proximité avec la deuxième agglomération française est un atout, à condition de nous faire respecter, d'affirmer notre identité et nos ambitions. »

Dans les faits, cela pourrait se traduire par la présence de Saint-Étienne métropole sur le stand Onlylyon au prochain Mipim (salon des professionnels de l'immobilier). « Au niveau européen, Lyon seule n'existe pas, Saint-Étienne seule n'existe pas, tranche Gaël Perdriau. Mais nous avons des atouts complémentaires à faire valoir ensemble. » L'ambition de l'édile : que Saint-Étienne passe la barre des 200 000 habitants d'ici à 2030.

Chômage, délinquance et idées fausses

Parmi les clichés encombrants pour Saint-Étienne, le chômage et la délinquance figurent en bonne place. Mais, une fois de plus, la réalité est bien moins sombre qu'on ne l'entend parfois.

Côté chômage, les derniers chiffres de l'Insee attribuent à la capitale ligérienne, au quatrième trimestre 2013, un taux de 9,7 % en recul de 0,2 point par rapport au trimestre précédent. Ce résultat place Saint-Étienne à plus d'un point derrière la moyenne régionale (8,6 %, mais au même niveau que la moyenne nationale (9,8 % pour la France métropolitaine). À titre de comparaison, la cité ligérienne se place devant Toulouse, Lille, Montpellier, Nice ou encore Marseille.

Saint-Étienne n'a pas davantage à rougir de son niveau de délinquance. Sur les six premiers mois de l'année, par rapport à un panel de circonscriptions de taille similaire, la préfecture de la Loire affiche des chiffres de 10 à 30 % plus favorables dans presque tous les secteurs : délinquance de voie publique, atteintes aux personnes, atteintes aux biens, vols avec effraction, vols avec violence, infractions économiques et financières... On dénombre même trois fois moins de vols à main armée dans la circonscription stéphanoise que dans le reste du panel.

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Commentaires
a écrit le 21/10/2014 à 18:43 :
Le DESIGN est dénominateur commun à la culture et l'industrie.
C'est l'ADN Stéphanois.
A ce titre le MAM, 2ème collection Française d'art moderne attend son extension.
La DOA en offre l'écrin en parc écolo-culturel.
Un swap de foncier avec le Pont de l'âne ne pourrait il régler gagnant gagnant le vieux litige Castorama ?
Une telle solution donnerait un élan décisif au lien Design et culture prôné dans cet article.

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