Les "socios" prennent le pouvoir au CSBJ-Rugby

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© Bernard Pothet
© Bernard Pothet (Crédits : Bernard Pothet)
Deux ans après la liquidation judiciaire du club de rugby de Bourgoin-Jallieu, le CSBJ ouvre une nouvelle page de son histoire. La structure professionnelle, organisée en SAS, accouchera d’un équilibre des pouvoirs, notamment par le rôle des "supporters-actionnaires". Une première en France, dans l’optique de protéger le club de ses vieux démons.

Comme souvent dans l'histoire du CSBJ, le terrain est lié à l'administratif. En assurant son maintien sportif en Pro D2 dans le derby face au LOU Rugby (34-33), le 31 mars dernier, le club berjallien pourra développer sa nouvelle structure professionnelle. Il tourne ainsi la page des années noires qui avaient vu le dysfonctionnement administratif précédé la déroute sportive, laissant le club à l'agonie en Fédérale 1, après un douloureux dépôt de bilan privant le club du statut pro. D'ici la fin du mois de mai, le club se transformera officiellement en société à actions simplifiées (SAS). Dans celle-ci, les sociétaires, ces « supporteurs-actionnaires » regroupés au sein de la nouvelle entité SO CSBJ , occuperont une place centrale dans l'organisation de la structure, une première en France à ce niveau-là de participation. Cette construction se rapproche du modèle catalan du FC Barcelone.

 

Casser l'organisation verticale

 

La nouvelle structure de l'entreprise vise à assurer une entente collégiale entre les trois acteurs du club, éloignant ainsi les vieux démons et les vieilles erreurs du passé. Trois entités, trois rôles différents, mais un projet commun, celui du CSBJ. « Il s'agit de se projeter ensemble » affirme Camille Levast, joueur et capitaine emblématique du club qui deviendra, la saison prochaine, directeur sportif chargé de faire le lien entre la direction et le sportif.

 

La SAS sera donc composée de l'Association CSBJ, garant historique du club (34 % des parts décisionnelles, en charge du secteur amateur), des sociétaires du SO CSBJ (26 %) et d'une Holding financière (40 %). Cette dernière réunira une dizaine d'entrepreneurs locaux afin de sortir de la dépendance financière d'un seul homme fort« L'idée est de repartir les prises de participation afin d'éviter les dérives que le club a connu auparavant avec un seul homme qui détenait le club », explique Jacques Chanut, membre de la Holding et président de la Fédération française du bâtiment.

 

CSBJ infographie

 

Pour assurer cet équilibre, l'agilité du président Martial Manier a été essentielle. « Il a été fort pour convaincre les financiers d'accepter ce schéma-là » explique Laurent Ponthus, président de la So CSBJ. Alors que la Holding a déboursé 380 000 euros sur les 500 000 euros du capital de départ, cette entité dispose « que » de 40 % des parts décisionnelles et 4 membres au Conseil d'administration (sur 9 membres). L'association et les sociétaires ont quant à eux injecté respectivement 20 000 euros (3 membres au CA) et 100 000 euros (1 siège). Au sein de cette instance, une minorité de blocage existe, exigeant ainsi une harmonie entre les protagonistes. « Il y a un vrai contre-pouvoir » renchérit Laurent Ponthus.

 

526 sociétaires fondateurs, 126 606 euros récoltés

 

Pour réunir la somme nécessaire à l'entrée dans le capital, la direction des sociétaires s'est servi de l'opération « sociétaire fondateur » comme « booster ». Jusqu'au 8 avril, plusieurs offres (droit d'entrée à 100 euros puis adhésion annuelle de 100 à 1 000 euros) étaient proposées afin de toucher aussi bien le supporteur classique que l'artisan, commerçant ou chef d'entreprise.

 

La pédagogie, le marketing et la communication ont été des outils essentiels dans la réussite de l'opération, qui a séduit 526 sociétaires fondateurs pour un total de 126 606 récoltés, plus que l'objectif initial. « Il a fallu convaincre. Jusqu'ici, les contributions servaient à sauver  le club financièrement. C'est tout l'inverse aujourd'hui. Le CSBJ a un projet fort » s'enthousiasme M. Ponthus. « Désormais, on sait où va notre argent » confirme Jacques, fidèle supporteur du CSBJ.

 

 

Ce schéma particulier, fruit d'une réflexion d'un an (le temps laissé par la ligue pour passer en structure pro) n'était pas inné. Le montage aurait pu se faire sans les sociétaires. Mais la façon de voir le maillage du territoire berjallien a convaincu la direction de donner corps à cette aventure participative. Laurent Ponthus détaille:

 

« Le projet des « socios », c'est un outil de lien et d'implication de tout le territoire. C'est un vecteur afin de faire que le club soit actif, aussi bien pour les passionnés que pour les commerçants. Il faut créer une activité économique autour du club ».

 

Renouer des liens avec la municipalité

 

Le projet sociétaire, dont la deuxième phase a débuté, veut également (re)dynamiser le tissu économique local, un lien distendu depuis les années 1990 et la professionnalisation des Ciels et Grenats, orientant « la relation business avec les gros partenaires délaissant les petits acteurs », note le président de la SO CSBJ. L'offre business a pour vocation de recréer cette relation, notamment en mettant en réseau les différents sociétaires. Par exemple, en donnant la possibilité aux membres de communiquer des offres sur une cible identifiée.

 

Stabilisé sportivement, équilibré administrativement, le CSBJ est à l'ouverture d'une nouvelle page. Symbole de celle-ci, le changement radical des relations avec la municipalité, au lendemain de la victoire de la droite à Bourgoin-Jallieu.

 

La nouvelle équipe veut s'associer au nouveau projet ovalistique : « Nous voulons être un point d'appui pour le club » assure Alexandre Ghibaudo, nouveau adjoint aux sports de la Ville et ancien préparateur physique du CSBJ. Et ainsi transformer l'essai d'une nouvelle ère.

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