La « méthode Collomb »

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(Crédits : Acteurs de l'Economie)
Tout a été dit, écrit, détaillé sur la « méthode Collomb ». Et sur des vertus, des manifestations, un bilan, que le plébiscite lors du scrutin municipal de 2008 et la léthargie d'une Droite locale toujours assommée, ont couronné. Cette (presque) unanimité toutefois craquelle dans la bouche d'adjoints à la Ville, de vice-présidents de l'Agglomération, de maires d'arrondissement de sa majorité, d'actuels ou d'anciens collaborateurs directs, d'observateurs proches ou privilégiés, qui confient leur inquiétude, voire leur dépit : le maire de Lyon et président du Grand Lyon « a changé ».

L'avertissement

Une fois débarrassé des rancœurs personnelles et des pollutions d'intérêts, le réquisitoire est sévère. Exercice monopolistique, autoritariste, voir autocrate et autarcique du pouvoir. Gouvernance unipersonnelle. Comportements irascibles et propos abrasifs. Attitude méprisante. Considération « humaine » anémique.
Le malaise semble prendre racine en septembre 2008. Gérard Collomb, réélu triomphalement au printemps, s'extrait juste de l'inévitable décompression post-élections qu'il a subie durant l'été, quelques semaines après que ne retombent l'euphorie émotionnelle et l'engouement médiatique national provoqués par son succès. Là germe puis s'étend dans sa conscience une conviction : le « modèle » qu'il a déployé à Lyon et lui a valu une telle performance électorale mérite d'être appliqué dans l'Hexagone. Cette stratégie de conquête nationale, compréhensible après qu'il ait connu enfin la reconnaissance tant espérée, ait conquis son « nirvana » et éprouvé le besoin de revitaliser et de redimensionner son ambition, s'organise, l'embarque dans des méandres douteux - soutien aux sulfureux montpelliérain Georges Frêche et marseillais Jean-Noël Guérini, « patrons » de deux puissantes fédérations PS utiles à sa visée -, et peu à peu semble dominer sa motivation. Elle compose avec la détestation que lui-même et l'appareil du PS se vouent, plaçant le maire de Lyon et le président de la Région Languedoc-Roussillon dans un sillon commun : méfiance voire dissidence à l'égard de la rue de Solférino, séduction populaire auprès des médias. Stratégie à laquelle le directeur de cabinet Jean-François Lanneluc, en poste depuis 2001, n'adhère pas et qui lui vaut d'être écarté en mars 2010.

Entourage

Parallèlement, d'autres « poids lourds » qui eux aussi charpentaient la fluidité organisationnelle et l'efficacité des deux collectivités, structuraient l'appétit entrepreneurial de l'édile, assuraient son « lien » avec l'administration, les réseaux décisionnels, les milieux économiques, ou la société civile, mais aussi savaient « s'affirmer » et contenir, homogénéiser, crédibiliser ses aspirations, quittent leurs fonctions. Parmi eux, au Grand Lyon : le directeur de cabinet Christophe Cizeron, recruté par GL Events, et le directeur général des services Benoît Quignon, nommé à Paris à la tête du Groupe logement français. Puis en décembre 2010 c'est au tour du fidèle Sylvain Auvray, « l'homme des dossiers politiques » promu quelques mois plus tôt directeur de cabinet, de choisir une nouvelle destination. Ces départs, qui, excepté celui de Jean-François Lanneluc, ont pour motivation bien davantage la simple usure inhérente à la fonction ou l'affirmation à évoluer sous d'autres cieux, que de supposées dissensions avec Gérard Collomb, fragilisent toutefois l'édifice. Surtout lorsque d'une part la réorganisation fait appel à des « erreurs de casting » - le DGS du Grand Lyon Jean-Yves Latournerie, au strict profil préfectoral incompatible avec le président -, d'autre part un aréopage de proches dévoués, c'est-à-dire inféodés, authentiquement convaincus, ou excessivement ambitieux - y compris pour eux-mêmes - va conforter l'homme et le patron dans des comportements assimilés à des errements par ses détracteurs. L'un de ces derniers, professionnel aguerri des cabinets municipaux, le rappelle : la vision de lui-même et les convoitises que tout homme politique nourrit sont avant tout conditionnées par le premier cercle, qui fait le choix de la clairvoyance ou de la cécité, et donc de sanctuariser ou de rectifier les convictions endogènes, fussent-elles contestables déraisonnables.

Stigmate

Ces choix de femmes et d'hommes qui nimbent le leadership personnel de Gérard Collomb, les sources de l'enquête - une vingtaine de personnes, que l'envergure des responsabilités ou de la proximité avec le maire soumet à l'anonymat - les lient à une psychologie « inquiète, angoissé, qui doute ». Homme intrinsèquement seul, dont l'empathie pour la vie humaine collective de sa ville est aussi grande que celle qu'il réserve à l'individu semble - ou donnent l'apparence d'être - faible, victime dans son passé de trahisons douloureuses, Gérard Collomb s'est emmuré dans la méfiance, à cimenté une claustration certes protectrice, mais aussi pernicieuse. Sa sensibilité et son affectivité, il les a abritées d'une carapace que chacun interprète à sa mesure. Ainsi est-il « sans affect » pour les uns, simplement maladroit pour d'autres. Une dualité ainsi illustrée par un participant au dîner organisé le 19 mars au restaurant Le Bec pour célébrer le dixième anniversaire de la victoire : « Dans son discours, à l'évocation des contributeurs de cette conquête, il n'a nominativement cité que quelques personnes. Vous imaginez le dépit, violent, de ceux qui se sont légitimement sentis exclus. Mais en conclusion, la gorge nouée par l'émotion, il a déclaré un « Je vous aime » tout aussi sincère ». La surdité, le sentiment d'invincibilité, même l'autisme pour les uns le guettent, pour d'autres l'ont déjà contaminé. « Or ils conditionnent une grave dérive : la mégalomanie ». Son aspiration, volontiers raillée, à concourir aux primaires socialistes en cas de renoncement de Dominique Strauss-Kahn, en serait-elle un stigmate ?

Abattement

Couronné par défaut (moins de 50 % des voix au second tour) en 2001, l'agrégé de lettres classiques aura dès lors l'obsession quotidienne de faire la démonstration de sa légitimité et de ses compétences. Avec succès. Mais également toujours habité par la peur d'échouer, par la hantise de ressusciter les moqueries dont il fut longtemps l'objet jusque parmi les hiérarques socialistes parisiens, et par une sacralisation de la méritocratie ensemencée dans sa modeste enfance ; sans doute sont-ce elles qui le bâillonnent au moment de « dire merci ». Dès lors, faut-il s'étonner qu'il semble redouter l'émergence de personnalités à même de rivaliser ou d'entraver son incarnation et sa personnification des décisions - jusqu'à l'annexion, assurent les témoins - ? Et tous d'affirmer qu'il s'emploie à contenir, voire à « étouffer » l'indépendance, la reconnaissance, la visibilité de son entourage maintenu, observe un fidèle, dans une « horizontalité dont personne ne dépasse ». Une pratique qui provoque, chez des adjoints et des vice-présidents, frustration et désillusion - « En 2001, NOUS avions gagné, en 2008 IL a gagné ; auparavant NOUS faisions, désormais IL fait »... « Il a oublié ceux qui s'étaient bagarrés à ses côtés et avaient bâti sa victoire en 2001 »… « Réunions des maires d'arrondissements inexistantes »... « Il n'y a plus d'espaces de délibération »... « Je ne l'ai pas vu depuis 2008 », expliquent-t-ils en substance -. Dépits d'autant plus palpables chez les membres de la société civile non professionnels de la politique, étrangers aux codes du milieu et tributaires d'un engagement très affectif. Son processus décisionnel, qui résulte de rapports de forces et de confrontations « épuisants » et « parfois humiliants », est presque schizophrénique puisque seuls ceux qui lui résistent semblent véritablement trouver à ses yeux grâce et respect. Selon l'un des plus anciens disciples du maire de Lyon, les tentatives, y compris lors du premier mandat, d'établir un dialogue privilégié avec quelques « proches » n'ont pas abouti, « faute d'écoute. Il est parvenu peu à peu à s'aliéner ceux qui par le passé ou à l'avenir étaient prêts à se donner totalement à lui ». Transformant ceux qui faisaient hier allégeance en réceptacle et en passeur de critiques.

Confiscation

Et ces détracteurs d'énumérer les dangers : esprit collaboratif écorné, volontés inhibées, prises de risque découragées, terreau propositionnel appauvri, dynamiques individuelles et collectives d'innovation entamées. Plusieurs familles de collaborateurs cohabiteraient selon des schémas manichéens : celle du cercle maçonnique et celle des profanes ; celles qui ont sa confiance et celles qu'il maintient à distance ; celles des pragmatiques et celles des doctrinaires ; celle des soutiens à « sa » motion E (Royal-Peillon-Guérini) au Congrès de Reims et celle des « autres » signataires, notamment de la motion A (Delanoë), qui depuis s'estiment marginalisés ; celles dont la compétence attribuée, à ses yeux « clé » - développement économique, urbanisme... -, l'enjoint de les cornaquer « pour leur bonheur mais aussi leur malheur », et celles dont il néglige la matière et qui se sentent abandonnés. Des raisons qui ont exhorté certains, ulcérés ou usés, d'envisager de démissionner ; selon nos sources, ça aurait été le cas d'au moins Thierry Philip, maire du 3e arrondissement, de l'adjoint à la Culture Georges Képénékian - il le dément - et de Jean-François Arrue, adjoint à l'Enseignement supérieur - pour les « seules » raisons, tient-il à corriger, de charge de travail et d'emploi du temps -. « Or, synthétise un vice-président du Grand Lyon, si l'on veut » que le deuxième mandat ne soit pas de clôture et inscrire la préparation du suivant dans une vision de l'agglomération ambitieuse et structurée, c'est par le renouvellement des contributeurs et la régénération des énergies « que l'on y parviendra ». Y compris parmi les élus communautaires divers droite qui, attachés à produire des actions concertées, ne dissimulent plus leur exaspération devant quelques comportements à leurs yeux aussi symboliques que symptomatiques - retards répétés lors des conseils, priorité des informations réservée à la presse... - et surtout devant sa confiscation de chantiers réalisés collectivement. Capture qui irrite jusque dans les rangs socialistes à la Région Rhône-Alpes. « Exemple ? Le Plan universitaire de Lyon. Il a été rédigé par l'Agglomération qui y investit 8 millions d'euros. La Région, qui y consacre dix fois plus, n'est citée que deux fois... » détaille un acteur clé. Un élu communautaire prévient : de l'agacement à la rupture, de l'éloignement à l'inimitié, « il n'y a qu'un pas ». Une propension entretenue pour partie par la large majorité détenue par son camp et qui l'affranchit des contraintes antérieures de compromis et de concertation qui composaient l'œuvre collective. « Ces nouvelles conditions ont-elles libéré sa véritable personnalité ? ». Sa triomphale réélection en 2008 qui, résume un maire PS d'arrondissement, « le transfigure et éveille un sentiment de toute puissance, notamment auprès des Lyonnais qu'il pense pouvoir comprendre seul », l'état déliquescent d'une Droite locale en lambeaux, et donc l'atonie des contre-pouvoirs nécessaires à toute « bonne » gouvernance, constituent un atout duplice, aux effets antagoniques. En tête desquels trônent d'une part la dissolution d'une partie de l'angoisse et du doute qui maintiennent dans le qui-vive et la lucidité. Et d'autre part l'encouragement à agir dans le déni, la négligence, voire le rejet de la contestation et de la résistance, y compris, rapportent des témoins, lors des raouts inter-collectivités où l'autoritarisme « voire le sectarisme » de sa pensée s'affichent. Ceci toutefois dans des limites éloignées des dérives despotiques auxquelles son alter ego parisien Bertrand Delanoë est régulièrement associé. Un Delanoë dont le syndrome a commencé de répandre dans Paris une image délétère de patron, que quelques détracteurs de Gérard Collomb lui promettent s'il ne corrige pas ses écarts. « Il a fait le calcul que ces derniers ne lui nuiraient pas. Il faut lui souhaiter » commente un vice-président. Pour l'heure, sa réputation et sa côte de popularité, intactes, confirment le pronostic.

DSK, à double tranchant

Dans un tel contexte, la double stratégie nationale et locale est-elle « tenable » ? Les arguments pâlissent à l'aune de sa faible assiduité au Sénat. « Paris est aujourd'hui son Lyon d'hier. Le transfert peut être dangereux », juge un ancien fidèle. Surtout si l'obsessionnelle conquête parisienne donne l'impression qu'elle sert l'intérêt de l'individu davantage que celui de l'agglomération administrée. Et si, comme ce fut le cas lors de la venue de Martine Aubry à l'occasion des élections cantonales, les élus locaux sont « pris au piège » des injonctions tactiques politiciennes de leur maire. Quant à la simultanéité du « besoin » de décider à Lyon et de « l'envie » d'exister à Paris, rien, en théorie, n'hypothèque sa faisabilité. À condition qu'y soit juxtaposés l'organisation, l'équipe, le management adapté. Ce qu'aucune source ne repère encore. L'une d'elle décortique le mécanisme : « A la fois il est moins à Lyon, délègue peu, mais veut toujours décider et porter les dossiers. Lesquels, inévitablement, ne peuvent être conduits comme il l'entend. Ces antagonismes, qu'il aimerait résoudre, l'écartèlent, le tendent, le stressent, l'envahissent. Insatiable travailleur, il les exprime ou tente de les combler par le surinvestissement, la colère et l'humiliation. Lesquels dissuadent autour de lui de prendre des initiatives... C'est une spirale ».
Cet environnement est d'autant plus friable que l'intérêt et l'engagement de Gérard Collomb pour « sa » ville n'ont pas décliné. Ainsi il est au front, réel et médiatique, de dossiers sensibles - réaménagement de la gare et du quartier de la Part-Dieu, Tronçon ouest, Berges de Saône, Confluence, redimensionnement de Gerland, aéroport, Hôtel-Dieu, quartier Grolée, doublement du tunnel de la Croix-Rousse... - au premier rang desquels figure un Stade des lumières à hauts risques qui pourrait constituer le lourd fardeau de son deuxième mandat (lire ci-dessous). Dès lors, la perspective présidentielle de 2012 dans laquelle sa stratégie nationale et la publication de son essai Et si la France s'éveillait (Plon, lire par ailleurs) l'inscrivent de facto, ne manque pas de pièges : une victoire de Dominique Strauss-Kahn constituerait, il le reconnaît (lire interview), un handicap à deux ans de l'échéance municipale - provoqué par l'inévitable retour de bâton d'une politique nécessairement impopulaire -. Cette même conquête innerverait dans la conscience des Lyonnais l'attribution presque automatique d'un strapontin ministériel ; or, outre les obstacles que l'appareil socialiste - y compris au sein d'une fédération du Rhône qui ne souscrivit à sa motion au Congrès de Reims qu'à hauteur de 35 % - ne manquera pas de dresser, quelle sera l'attitude d'un DSK qui n'aura pas oublié que le maire de Lyon, aujourd'hui soutien affiché, le fut aussi par le passé avant de le « lâcher » en 2006 pour rejoindre l'écurie Royal ? Gérard Collomb payera-t-il cette infidélité au prix, très fort, d'une humiliation qu'une partie des Lyonnais pourrait sanctionner deux ans plus tard dans les urnes d'un troisième scrutin traditionnellement compliqué ? « L'effet boomerang serait alors violent », prévient un maire PS d'arrondissement.

Seul au front

Ces tergiversations politiciennes illustrent une particularité de Gérard Collomb : sa compétence contestée, de stratège n'est pas calquée sur celle, plébiscitée, de tacticien. La peoplisation de sa vie privée, son goût pour les manifestations culturelles événementielles, la priorité qu'il consacre à la gestion des dossiers emblématiques, et politiquement comme populairement « profitables », tout à la fois consolident son image, contentent son ego, dessinent l'empreinte visible de son action, et enracinent sa proximité. « C'est le propre des pragmatiques, explicite l'un de ses adjoints. Et d'ailleurs son livre en témoigne » : il est celui d'un gestionnaire et d'un décideur reconnus et responsables, dont la vision est circonscrite aux frontières de l'agglomération - elle y est indéniable -, et dont le champ d'investigation « démarre au canton et s'achève à l'Europe » ; il n'est pas celui d'un homme d'idéaux, d'un contempteur acéré des modèles capitalistes ou d'un examinateur éclairé de la société, « et pour cette raison est en panne d'arguments politiques lorsqu'il doit arbitrer certains dossiers et justifier que la politique de la Ville soit encore de gauche », regrette un maire PS d'arrondissement. Il est celui d'un homme riche d'intuitions, qui s'adapte « bien davantage » qu'il n'explore. Ce qui, tout comme une partie des griefs listés ci-dessus, singularise une personnalité résolument entrepreneuriale, qui travaille dans la réactivité davantage que dans le long terme, attachée à « décider » et à « faire » - et à en assumer chaque acte -, impatiente de concrétiser car consciente que le temps du pouvoir est aujourd'hui aussi court qu'il fut interminable lorsqu'il était dans l'opposition. Une hâte et une volonté de construire dont l'exhaussement emprunte des circuits décisionnels rapides, courts, parfois irrespectueux des procédures traditionnelles et des prérogatives des adjoints ou de vice-présidents « doublés » par le cabinet la technostructure. Des élus qui planchèrent sur la délicate désignation du successeur de Guy Darmet à la tête de la Maison de la danse et se virent imposer par Gérard Collomb un candidat distinct de celui qu'ils avaient proposé, s'en souviennent. « Mais l'emploi de ces circuits peut s'avérer nécessaire pour atteindre le but et pour mobiliser la lourde machine administrative, qui détient le pouvoir d'appliquer les décisions », décortique un ancien collaborateur. Cette implication, clé, des services, loués pour leur efficacité, Gérard Collomb y était parvenu lors de son premier mandat. Aujourd'hui encore, c'est sur la compétence de ces techniciens davantage que sur celle des politiques qu'il fonde son management. La nomination de Jean-Yves Latournerie en mars 2009 avait gravement grippé le fonctionnement et altéré la dynamique collective. Or, pour être opérationnelle, une telle machine doit « toujours » être mise en tension, en mouvement, en projets. Toute stagnation est délétère, car elle entraîne un recul et menace de scléroser, d'ossifier, examine un observateur clé, lui aussi, à l'unisson des responsables du Grand Lyon interrogés, « totalement rasséréné » par le retour de Benoît Quignon en février - comme par la nomination simultanée de Loïc Rousseau à la direction de cabinet de la Ville, jugée elle aussi « encourageante » par la plupart des observateurs -. Toute démarche « projets », et chaque chantier de l'agglomération en est un, oblige l'arbitre ultime à osciller entre managements démocratique et totalitariste, rappelle un adjoint, dans ses responsabilités professionnelles architecte lui-même dudit modèle. « Croyez-vous, poursuit l'un de ses coreligionnaires, que Gérard Collomb atteindrait de tels résultats » s'il s'appliquait avec rectitude et rigidité à composer méticuleusement avec chaque partie prenante ? Certes, la méthode est parfois contestable, mais un tel tempérament de « faire » peut « difficilement » s'accommoder d'oppositions ou d'entraves volontiers dogmatiques. « Après tout, les règles du jeu sont connues. Il existe un plan de mandat auquel chacun souscrit. On a le droit d'être en désaccord. Mais alors on prend ses responsabilités. Et on démissionne. Et puis, n'oubliez pas que Gérard Collomb est seul sur le front de chaque dossier, de chaque critique. Il est LE comptable de tout, il endosse tout ». Avec pour danger collatéral, redoute un maire PS d'arrondissement, qu'à s'exposer ainsi « systématiquement » en première ligne, « à prendre seul les coups », et a négliger la disponibilité sacrificielle de son entourage, « il se brûle ». Le syndrome de l'hyperprésidence Sarkozy rôde. L'autoritarisme serait-il consubstantiel aux bâtisseurs et aux entrepreneurs ? « Chaque modèle de gouvernance a ses limites. Y compris la démocratie », poursuit un fin connaisseur du droit.

Ensemble

Son isolement - au sein du PS, dans son entourage lyonnais - pourrait-il entamer l'efficacité de son action ? « Grand Lyon et Ville sont deux grandes entreprises. Peut-on durablement manager contre ses équipes, sans confiance ni reconnaissance véritables ? L'exercice est difficile », tranche un élu. La proximité, la simplicité, la chaleur avaient fait sa force lors du premier mandat. En attestent sa popularité sur le terrain et sa réputation auprès des administrés, elles sont demeurées intactes au-delà des cercles directs de collaboration. Mais au sein de ceux-là, l'inaccessibilité gagne du terrain. « Reviens sur terre », semble lui souffler son entourage. L'« homme surprise » de 2001 semble s'être convaincu qu'il était devenu sept ans plus tard « l'homme providence ». Le risque encouru est que son incontestable esprit d'entreprendre, qui a longtemps irradié et emmené dans son sillage l'ensemble des équipes, peu à peu s'étiole et érode la performance au fur et à mesure que les indispensables relais se décourageront. « Auparavant, parce qu'il était partagé et donnait cette envie, cet esprit d'entreprendre entraînait. Ce n'est plus autant le cas. Or dans le processus entrepreneurial, rien n'est plus capital pour accomplir les chantiers que l'identification des troupes au patron », analyse cet élu communautaire spécialiste du management. « Oui, résume un adjoint, son entourage est en souffrance. Non, cela n'affecte pas encore la réalisation des chantiers. Car, encore plus fort que tout, dominent sa détermination à faire et son empathie avec la ville ». Mais jusqu'à quand sera-ce suffisant ?
Existe-t-il des raisons de croire au sursaut ? « Oui. J'en veux pour preuve, même symbolique, que son rapport à l'argent est toujours aussi sain », confient plusieurs témoins proches. Une constance, et une résistance aux ors interprétées comme la démonstration autant de sa conscience de gauche que de la salubrité de sa personne. « Gérard est, pour lui-même et la préparation du troisième mandat, le plus grand atout. Mais il peut-être aussi le handicap n°1. Son principal ennemi est lui-même », résume un adjoint. « Nous gagnerons avec lui. Ou nous perdrons avec lui, tranche un vice-président du Grand Lyon. Ensemble. Nous tous devons l'admettre. Mais lui aussi doit en être conscient ».

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