Covid-19  : Un essai clinique d'envergure piloté depuis Lyon

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(Crédits : © Peter Nicholls / Reuters)
Un essai clinique européen, destiné à évaluer quatre traitements expérimentaux, dont la déjà controversée chloroquine, a démarré depuis dimanche. Il est piloté depuis Lyon mais inclura également des patients de Paris, Lille, Nantes et Strasbourg.

Depuis dimanche, Lyon est devenu l'épicentre français du programme Discovery, un essai clinique destiné à évaluer quatre molécules pouvant agir sur les formes sévères de Covid-19.

Piloté par Florence Ader, infectiologue dans le service des maladies infectieuses et tropicales à l'hôpital de la Croix-Rousse au CHU de Lyon et chercheuse au Centre international de recherche en infectiologie CIRI (Inserm/CNRS /Université Claude Bernard Lyon 1), il prévoit d'évaluer quatre molécules ou des combinaisons de molécules déjà existantes : le Remdesivir (utilisé notamment pour Ebola), le Lopinavir et Ritonavir (une combinaison déjà utilisée pour le VIP), le Lopinavir, Ritonavir et Interféron beta (antiviraux et inflammatoires) et l'Hydroxy-Chloroquine, rajoutée à la demande de l'OMS et de l'Etat français "pour avoir des résultats fiables sur ce produit", souligne le professeur Bruno Lina, responsable du Centre national de référence virus des infections respiratoires et membre du Conseil scientifique sur le coronavirus.

Cet essai devrait s'appliquer à "au moins" 800 personnes en France hospitalisés pour une infection de Covid-19. Ils seront sélectionnés, pour commencer, dans cinq hôpitaux français : Paris - hôpital Bichat-APHP, Lille, Nantes, Strasbourg et Lyon.

"Nous ouvrirons d'autres centres pour arriver au moins à une vingtaine d'établissements participants. Notre stratégie d'ouverture de centre suivra la réalité épidémiologique de l'épidémie avec une priorisation à l'ouverture de l'essai dans des hôpitaux sous forte pression. Ce sont aussi des centres qui ont les moyens de suivre en temps réel les données", poursuit Florence Ader.

Les premiers patients ont déjà été sélectionnés à Paris et à Lyon.

L'attribution des différents traitements se fera de façon "randomisée", c'est à dire aléatoire via un système informatique et électronique, même si les patients et les médecins sauront ensuite quel traitement est utilisé. Les patients sont sélectionnés sur la base de deux critères : la pneumonie et leurs besoins en oxygène. Mais surtout lorsque ces symptômes apparaissent très vite.

"Tout l'enjeu consiste à administrer les traitements le plus rapidement possible. Nous avons observé que les délais de mise sous traitement est un facteur important de réussite", précise le professeur Bruno Lina.

Essai "adaptatif"

La mise en œuvre de l'essai se rapproche des méthodes utilisées par les organisations agiles qui ont la capacité d'abandonner des projets lorsqu'ils ne sont pas efficients. En effet, l'essai est qualifié "d'adaptatif" par ses initiateurs.

"Très rapidement, les traitements expérimentaux inefficaces pourront être abandonnés et remplacés par d'autres molécules qui émergeront de la recherche. Nous pourrons donc réagir en temps réel, en cohérence avec les données scientifiques les plus récentes, afin de mettre en évidence le meilleur traitement pour nos malades", poursuit Florence Ader

Pour cela, les résultats sont recueillis quasiment en temps réel, "avec un recueil extrêmement exhaustif des données au jour le jour".

Cet essai se veut également "pragmatique dans une démarche de recherche proactive contre la maladie mais toujours dans un souci d'obtenir des arguments scientifiques solides", précise-t-elle.

L'analyse de l'efficacité et de la sécurité du traitement sera évaluée 15 jours après l'inclusion de chaque patient. En réalité, les premiers résultats devraient plutôt tomber dans six semaines. Les deux praticiens espèrent que l'une des molécules donnera de bons résultats pour ainsi "rapidement basculer vers une utilisation clinique".

Consortium européen

Par ailleurs, l'essai prévoit d'inclure également 2 400 patients européens : Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg, l'Allemagne et l'Espagne pour commencer. D'autres pays, comme le Royaume-Unis, pourraient rapidement rejoindre l'échantillon.

Car Discovery s'inscrit dans le cadre du consortium européen REACTing, un groupe multidisciplinaire rassemblant différents laboratoires dédiés aux maladies infectieuses émergentes sur la base d'une mobilisation en temps réel,en partenariat avec l'Alliance pour les sciences de la vie et de la santé (CEA, CNRS, INRAE, Inria, l'Inserm, l'Institut Pasteur, l'IRD, la CPU et la Conférence des directeurs généraux de centres hospitaliers régionaux et universitaires).

En France, il est piloté par l'Institut thématique Immunologie, inflammation, infectiologie et microbiologie (I3M) de l'Inserm, dirigée par le professeur Yazdan Yazdanpanah, de l'Hôpital Bichat, à Paris et financé en partie par le ministère des Solidarités et de la Santé et du ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation

Monté en moins d'un mois, un "temps record", selon Florence Ader, Discovery complétera les données d'un autre essai clinique international qui va bientôt commencer sous l'égide de l'Organisation Mondiale de la Santé, baptisé Solidarity.

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Commentaires
a écrit le 29/03/2020 à 10:02 :
s'il faut 15 j aux chercheurs pour voir si la chloroquine est ok il y aura beaucoup de morts pour rien à l'allure où évolue le covid alors arrêtons les clivages politiques et go pour hydroxychloroquine au début de la maladie!!!! c'est logique pourquoi tergiverse????
a écrit le 27/03/2020 à 18:31 :
Une chose me pose question la cortisone est contre indiquée mais selon quel mode d'administration, en piqure en cachets ou directement micronisée dans les poumons traitement contre l'asthme habituel.
a écrit le 27/03/2020 à 18:02 :
Comme le fait remarquer le Pr Raoult, il est inefficace d'administrer la Chloroquine à des patients qui sont déjà dans un état grave (et donc selon la méthodologie d'essai décidée par l'INSERM en France, qui porte sur 800 cas graves). En effet, la chloroquine attaque le virus : ce virus est par exemple présent lorsque surviennent des jours durant quintes de toux, fièvre par ex. Lorsque le patient se trouve dans un état grave, en soins intensifs et réanimation, il peut déjà ne plus avoir la même charge virale, voire plus de virus du tout, mais les dégâts sont déjà faits, les poumons abîmés. Et la chloroquine ne peut alors rien pour ce patient, que seuls des soins et une surveillance renforcés avec assistance respiratoire pendant 15 à 20 jours peuvent aider, sans garantie de résultat.
a écrit le 27/03/2020 à 17:38 :
On note l'absence de l'Italie dans le "consortium européen" et une priorité pour les Anglais,avant "les autres".Comme les malades dans les hôpitaux surchargés,on sélectionne les pays qui peuvent survivre et ceux qui ne survivront pas?
a écrit le 27/03/2020 à 12:32 :
Par contre, pour les cas sévères en réanimation à cause d'un SDRA causé par un orage cytokinique, je pense clairement qu'il y a là une piste à explorer avec le Mastinib comme solution thérapeutique.
a écrit le 27/03/2020 à 11:11 :
Pourquoi la ville de Marseille n'est pas inclue dans le processus ?
a écrit le 27/03/2020 à 7:23 :
Le l'extrême gauche a trouvé enfin un clivage idéologique, la chloroquine. Stupéfiant car l'histoire se répète : sous Staline, Lyssenko avait imposé la doctrine de la transmission communiste des chromosomes.
Réponse de le 27/03/2020 à 12:41 :
Comment peut-on être aussi bête à venir troller sur un médicament prometteur ? La chloroquine est le seul traitement qui fonctionne à l' IHU Marseille avec les équipes de D Raoult. Mais il faut le prendre le plus tôt possible dès que le patient est détecté porteur, la charge virale tombe en 5 jours, après il est TROP TARD. Or faute de moyens et de chloroquine? on ne détecte quasi pas en France ..
a écrit le 27/03/2020 à 1:36 :
cela me fait sourir au combien. Le professeur Raoult a bien précisé que le chloroquine devait être pris au départ de la maladie afin de soulager la charge virale et non à la fin !!!
a écrit le 26/03/2020 à 22:27 :
Ce serait super que ce David (IHU de Marseille et le prof Raoult) dame le pion à ts ces Goliath.
Mais ne rêvons pas trop, car que pèse sur la scène internationale cet obscur ctre de recherche face à ces mastodontes ???
A moins que la consécration vienne de NY, ville US la plus infectée au monde qui teste la chloroquine à gde échelle sur des patients au stade avancé.
Mais vu le nbre de contaminés qui explose, a t elle le choix de ne pas faire feu de ts bois ??
Réponse de le 27/03/2020 à 1:00 :
Je ne comprend pas l'adulation de l’extrême gauche et de l’extrême droite pour la chloroquine. Une molécule n'a pas de couleur politique. Si cette molécule était la panacée, pourquoi la Chine ne l'a pas utilisée pour éradiquer définitivement ce virus ?
Vous me rappelez le sectarisme idéologique de Staline qui préférait faire mourir des millions de russes plutôt que d'accepter l'aide humanitaire et les vaccins des pays de l'ouest.
Réponse de le 27/03/2020 à 12:44 :
@Patriot Encore plus obscène, avez-vous lu les rapports de la Chine aux sujet de Chloroquine ? Elle fonctionne si prise à temps..
a écrit le 26/03/2020 à 19:06 :
il aura fallu la revolte raoult pour que les gens se sortent les doigts du cul
ca en dit long sur les processus de decisions des etats, et sur les boyards qui y regnent sournoisement
Réponse de le 26/03/2020 à 20:43 :
Bof, il a "juste" imposé via l'Etat français (effet levier) que la chloroquine du moins la variété moins toxique (?) hydroxychloroquine soit incorporée aux tests thérapeutiques, sinon, étant mal classée (virusologiquement) dans la liste des molécules "prometteuses" (celle à tester en premier), elle ne devait pas y participer, à part ça..... .....
Vous pensez que les 4 essais en cours depuis peu c'est lui qui les a initiés, sinon y aurait eu rien du tout ??? Ah bon.
Le Pr n'aime pas la méthodologie, il préfère l'instinct, la conviction, c'est pas scientifique mais peu importe.
On verra ce que les tests disent, de façon méthodologique. Si on arrivait à 90% de succès et pas 70 ou 40 sur les cas graves ça serait mieux.
a écrit le 26/03/2020 à 18:44 :
Un questionnement permanent , est-ce que des cas de coronavirus seraient passés sous les radars dès novembre en Europe, soignés ainsi par des traitements contre la pneumonie et avec succès . Cela soulève beaucoup de questions , on aurait perdu beaucoup de temps .
a écrit le 26/03/2020 à 18:40 :
bravo et merci pour toutes ces diligentes recherches pour nos populations

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