Résultats 2018 : Boehringer Ingelheim France résiste dans un marché peu favorable

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(Crédits : Boehringer Ingelheim)
A contrario des performances générales de Boehringer Ingelheim, qui a globalement clôturé un bon exercice 2018, la filiale française du laboratoire pharmaceutique allemand présente des résultats en demi-teinte. Ils n'entachent pas sa volonté d'investir dans le pays, comme en Europe.

Le laboratoire pharmaceutique allemand, à actionnariat 100% familial, a annoncé, lors d'une conférence de presse ce mercredi 17 avril au siège international du groupe, avoir clôturé son exercice 2018 sur un chiffre d'affaires consolidé de 17,5 milliards d'euros, contre 18,1 milliards d'euros en 2017.

Si cette performance semble en baisse de 3 % comparée à l'année précédente en données brutes, elle est en réalité en progression de 4% corrigée des effets de change et des impacts, non-récurrents, résultant de l'échange de la reprise d'activités de la filiale spécialisée en santé animale de Sanofi, Merial, en 2017.

En effet, l'année dernière avait été exceptionnelle pour Boehringer Ingelheim (BI), fort de la contribution du nouveau venu dans son chiffre d'affaires, qui pesait environ 2,6 milliards d'euros annuels en 2016.

"Pour comparer avec l'année précédente, il est important de noter que les effets de change ont eu un impact négatif significatif sur les ventes nettes. En revanche, la baisse des ventes nettes des activités abandonnées joue un rôle important. D'autre part, le secteur mondial des licences est revenu à un niveau normal par rapport aux contributions extraordinairement fortes de 2017 et la baisse globale de la croissance globale des produits pharmaceutiques destinés à la consommation humaine à 3,3 %", analyse Michael Schmelmer, membre du conseil d'administration en charge des finances de BI.

Cette croissance reste néanmoins portée par la division santé humaine, qui représente encore 72 % du chiffre d'affaires total à 12,6 milliards d'euros en croissance de 5,1% malgré l'expiration de certains brevets, tombés dans le domaine public. Le reste de l'activité est issu de la division santé animale (4 milliards d'euros), en croissance de 5,6 %.

C'est loin de ses bases européennes que le laboratoire de 50 370 collaborateurs dans le monde réalise plus de 50 % de ses ventes : aux Etats-Unis d'abord (46 % des ventes, 8 100 employés sur 14 sites), puis en Chine, en Asie et en Afrique, "des régions devenues stratégiques", poursuit le financier.

Si elle concentre beaucoup d'activités de production et de R&D, l'Europe ne pèse désormais "que" 30 % du chiffre d'affaires du groupe. Le reste étant réalisé par la biopharmacie.

"Il s'agit de notre second exercice après l'intégration. Nous avons réalisé une croissance organique significative. Et je peux d'ores et déjà confirmer que l'intégration de Merial est pleine et entière", annonce Hubertus von Baumbach, le président du Groupe Boehringer Ingelheim.

En conséquence, le résultat d'exploitation se stabilise à 3,5 milliards d'euros (en légère baisse de -0,4 %) tandis que le bénéfice net consolidé après impôt s'établit à 2,1 milliards d'euros. Le taux de profitabilité est passé de 19,3 à 19,8 % du chiffre d'affaires et le ratio d'endettement de 38 à 40 %.

"Ce qui est fondamental pour préserver l'indépendance de la société", poursuit Michael Schmelmer.

La France à la peine

Dans ce contexte global de croissance, le marché français fait figure d'exception. Le chiffre d'affaires consolidé s'établit à 420,7 millions d'euros en progression de seulement + 1,4 % par rapport à 2017. La division santé humaine enregistre une progression de 3,2 % à 236,3 millions d'euros tandis que la santé animale voit son activité reculer de 1,7 % à 184,4 millions d'euros.

Ces résultats s'expliquent par la combinaison de deux facteurs : la décision, pour le moment définitive, des autorités de santé françaises ne pas rembourser l'actuel médicament antidiabétique phare de BI (gamme Jardiance, près de 25 % du chiffre d'affaires monde) et un marché des animaux de compagnie et d'élevage "stagnant", là aussi acontrario des tendances mondiales.

Un contexte général, qui, a contraint le laboratoire à engager, mi décembre 2018, un plan social d'entreprise, entrainant une suppression d'environ 300 postes, essentiellement à Paris et à Reims, deux sites où BI cherche actuellement des locaux moins grands, "avec l'objectif de déménager en fin d'année".

Des investissements R&D au plus haut

Pour 2019, le groupe mise "sur une croissance légère". Une perspective qui ne devrait pas impacter sa politique d'investissement, toujours massive. Rien que pour l'Europe, le groupe "a acté un investissement de 3 milliards d'euros durant les 5 prochaines années. C'est une des conditions indispensables pour garder compétitifs nos sites européens", affirme le président-directeur général.

Et de préciser que le bon niveau de compétitivité des sites européens constitue un critère préalable essentiel dans ces décisions d'investissement.

Au jeu de la compétitivité, la France, parmi les 10 pays du groupe à combiner la R&D, la production et les ventes, malgré ces résultats moyens, reste encore bien placés grâce à son écosystème autour de la santé efficace et attractif.

Lire aussi : Comment Boehringer Ingelheim réorganise sa présence en France

L'année dernière, le pays - et tout particulièrement la Métropole de Lyon - a bénéficié d'investissements importants : 200 millions d'euros pour l'implantation de son futur centre de production de vaccins contre la fièvre aphteuse (division santé animale) à Jonage, près de Lyon, et 65 millions d'euros pour la construction, en cours à Porte-des-Alpes, d'un site de formulation et de remplissage de vaccins. Il sera opérationnel au printemps 2020.

Cette année, les dépenses consacrées à la recherche et au développement ont progressé de + 2,8 %, à 3,2 milliard d'euros, pour atteindre 18,1 % du chiffre d'affaires annuel en 2018 - dans la moyenne observée chez les géants de l'industrie pharmaceutique. La santé humaine bénéficie, logiquement au regard de son poids dans le groupe, d'investissements à hauteur de 2,8 milliards d'euros.

"Nous avons actuellement près de 90 projets R&D dans les tuyaux. Notre objectif est de transformer 75 % d'entre eux soit en premières molécules de leur classe thérapeutique, soit en première position dans un nouveau domaine. Nous travaillons activement dans l'oncologie, les cancers du poumon et de l'appareil gastro-intestinal. Et nous poursuivons nos efforts de recherche dans les maladies fibrotiques métaboliques et immunologiques. Nous voulons gagner la bataille contre le cancer et les autres maladies actuellement intraitables", conclut Hubertus von Baumbach

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