Oriade-Noviale : un grand pas vers l’automatisation de la microbiologie

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Cette nouvelle chaîne automatisée a permis au groupe Oriade-Noviale de répondre au doublement du volume des analyses bactériologiques à traiter, sur son site Oriapôle de Saint-Martin d'Hères (38). ©AgenceWitty
Cette nouvelle chaîne automatisée a permis au groupe Oriade-Noviale de répondre au doublement du volume des analyses bactériologiques à traiter, sur son site Oriapôle de Saint-Martin d'Hères (38). ©AgenceWitty (Crédits : DR)
Le groupe Oriade-Noviale, qui rassemble 52 sites de biologie médicale à l’échelle de la région Rhône-Alpes, signait ce jeudi une évolution majeure dans son modèle, avec l’inauguration de sa première plateforme de microbiologie automatisée dans la banlieue de Grenoble (38). Cet équipement, fourni par le groupe BD doit permettre à Oriade de réussir sa montée en volume, suite à l’acquisition récente de plusieurs laboratoires.

Une avancée majeure dans le suivi des analyses bactériologiques. Alors que l'ensemble des étapes, allant de l'ensemencement, à l'incubation des bactéries, jusqu'à la lecture et l'interprétation des résultats, se faisaient jusqu'ici encore entièrement à la main, avec des résultats pouvant nécessiter 24 à 72 heures, le groupe Oriade-Noviale s'est laissé séduire par l'une des dernières technologies développées par le groupe BD, basé lui aussi à Pont-de-Claix (Isère).

"Après 40 ans d'automatisation des secteurs de la biochimie et de l'hématologie, il s'agit d'une petite révolution. La discipline de la microbiologie avait jusqu'ici résisté, ce qui lui donnait une image un peu ancienne et plus lente", analysait le directeur adjoint du CHU de Grenoble, Jean-Marc Baïetto.

Un bond justifié également par la croissance du laboratoire isérois, qui, à la suite de deux acquisitions majeures réalisées l'an dernier (Médibio en Isère et BioAlpes en Haute-Savoie), a doublé son niveau d'activité. Oriade-Noviale (90 millions d'euros de chiffre d'affaires, 800 collaborateurs, 52 sites) réalise ainsi désormais 8 000 analyses par jour sur sa seule plateforme d'Oriapôle, située à Saint-Martin d'Hères (38), avec un nombre d'échantillons bactériologiques passé de 750 à 1 250 échantillons quotidiens cette année.

"Nous avons donc choisi d'entamer une mutation profonde de notre plateau à travers la robotisation et la digitalisation de celui-ci, afin de pouvoir répondre à cette montée en volume", explique le docteur Pierre-Alain Falconnet, co-gérant du groupe, en charge de la transformation du plateau accueillant actuellement 50 collaborateurs.

"Le reste de notre chaîne était déjà très automatisé, avec environ 4 à 5 personnes qui traitent près de 6 000 dossiers patients par jour. Mais en bactériologie, nous étions jusqu'ici encore dans une succession de phases plus manuelles", ajoute le président d'Oriade-Noviale, Philippe Cart-Lamy.

La robotisation au service de l'analyse

Après des travaux et une installation échelonnée sur 7 mois, la nouvelle chaîne de bactériologie Total lab automation BD Kiestra aura nécessité un investissement global de 2,6 millions d'euros.

Avec plusieurs promesses : faciliter la prise en charge d'un plus grand nombre d'échantillons bactériologiques tout en réduisant les risques d'erreurs ainsi que les délais de traitement et les manipulations humaines, grâce au recours de la robotisation et la digitalisation.

"Cette chaîne est progressivement montée en charge et nous a permis d'automatiser l'ensemble de nos processus. Le robot manipule ainsi l'ensemble des échantillons et va même jusqu'à prendre en photo la gélose et la présenter au technicien. Il peut ensuite interpréter les résultats à partir de son bureau où il peut aussi gagner en tranquillité et concentration", souligne Pierre-Alain Falconnet.

Une nouvelle manière de travailler qui signe également une plus faible présence humaine, sur le terrain, comme c'était déjà le cas pour d'autres types d'analyses (hématologie, sérologie, biochimie) déjà automatisées.

"Pour autant, nous n'avons licencié à aucune étape de notre développement, puisque ces robots nous permettent de confier des tâches plus spécialisées et à plus forte valeur ajoutée à nos salariés", précise Philippe Cart-Lamy.

Réduire la durée des analyses

Cette chaîne s'appuie également sur l'intégration de la technologie de PCR syndromique (polymerase chain reaction), une technique qui permet d'identifier plus rapidement plusieurs bactéries « signatures » pouvant être liées à certaines pathologies, comme la gastroentérite infectieuse.

"Au lieu de cultiver des colonies de bactéries, nous nous appuyons sur l'extraction de l'ADN des bactéries, une opération qui prend désormais 1 à 3 heures, contre 24 à 72 heures auparavant", explique Pierre-Alain Falconnet.

Le délai de traitement de ces analyses constitue un enjeu majeur pour le groupe, mais aussi pour le tissu médical, puisque 60 à 70% des décisions médicales sont prises sur le support des résultats à une analyse biologique. Cette nouvelle approche permet donc de gagner un temps précieux lorsque les médecins ont affaire à des pathologies telles que les gastroentérites bactériennes, où le délai de 72 heures était jusqu'ici trop long pour aider au ciblage du bon antibiotique.

"Nous avons déjà des kits fournis par BD pour la gastroentérite, et cela va se poursuivre avec les pathologies respiratoires, les méningites, mais aussi la septicémie, sur lesquelles on pourra à chaque fois avoir un panel de bactéries à détecter", annonce Philippe Cart-Lamy.

Seule ombre au tableau : la nomenclature du secteur, qui ne prévoit pas encore le remboursement de ce type de techniques au sein de la grille d'actes actuellement en vigueur.

Le groupe BD, quant à lui, compte bien se positionner comme un partenaire privilégié des laboratoires, mais aussi des hôpitaux. Avec 1 700 de ses 2 000 collaborateurs français basés sur le site de Pont-de-Claix (38), BD a déjà commercialisé sa chaîne de bactériologie auprès de 70 laboratoires et hôpitaux (dont le CHU de Grenoble ou de Nantes) européens.

"Mais c'est la première fois que nous livrions cet équipement dans ce type de configuration, avec l'ensemble des options proposées", glisse Noëlle Biron, directrice des affaires publiques de BD France.

Le groupe compte bien s'appuyer sur cette technologie, issue des développements d'une startup néerlandaise, Kiestra, qu'elle avait rachetée en 2012, pour pousser son déploiement à l'échelle mondiale, à commencer par les Etats-Unis.

"Nous pensons que ce type de plateforme va se généraliser car il existe un enjeu de standardisation des pratiques, afin d'accompagner les évolutions du système de santé en étant sûr de reproduire des résultats plus fiables qui utilisent la même technologie", reprend Noëlle Biron.

Son partenaire grenoblois, Oriade-Noviale, regarde lui aussi vers le futur. Si sa nouvelle chaîne de bactériologie se trouve déjà au maximum de son dimensionnement, le président n'exclut pas de continuer à croître, en rajoutant des modules par la suite, si nécessaire.

"Nous avons aujourd'hui près de 80% des parts de marché sur le bassin grenoblois, et nous souhaiterions nous étendre encore à l'échelle de la région".

Avec, en coulisses, des discussions avec des partenaires lyonnais dont le nom n'est pas encore évoqué.

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