Michèle Cottier, présidente de l'Université Jean Monnet (Saint-Etienne)   : "L'Université cible entend préserver un écosystème efficace"

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(Crédits : DR)
Partie prenante du projet d'Université-cible porté par l'Université de Lyon, restructuration de son offre, construction du Centre des Savoirs pour l'innovation, ouverture assumée sur les entreprises, l'Université Jean Monnet de Saint-Etienne est à un carrefour de sa longue histoire. Entretien avec sa présidente, Michèle Cottier.

La première pierre du centre des savoirs pour l'innovation a été posée mi-octobre. Quelle est l'ambition de ce projet à 39 millions d'euros ?

Nous avions deux objectifs. D'abord, le transfert de la Faculté des Sciences et Techniques sur le nouveau campus Manufacture sur lequel est déjà implanté Télécom Saint-Etienne. Ensuite, le rapprochement des activités universitaires et des activités économiques. Nous avons déjà des liens étroits entre notre laboratoire Hubert Curien et l'entreprise HEF par exemple. L'ambition est d'élargir de façon importante ces interactions. L'ambition porte aussi sur les formations afin de donner du sens au travail de nos étudiants d'une part et de mieux répondre aux attentes des entreprises d'autre part.

Ces nouveaux bâtiments accueilleront donc 800 étudiants en physique, mathématiques, chimie, et géologie. Il sera complété par un learning center et un pôle de transfert des technologies. Nous aurons aussi sur cet espace un module de la Fabrique de l'innovation portée par l'Université de Lyon. Il sera centré sur le design et sera destiné à booster la créativité des étudiants, des personnels et des personnes extérieures. Le CSI, phase I, sera opérationnel en 2020. Le deuxième bâtiment ouvrira ses portes en 2022.

Ce projet s'inscrit dans un plan ambitieux baptisé Campus Horizon 2020. De quoi s'agit-il ? A quoi ressemblera l'Université Jean Monnet à cette échéance ?

Campus Horizon 2020 est un plan élaboré par Saint-Etienne Métropole pour les écoles supérieures de son territoire. A cette échéance, le visage de l'Université Jean Monnet aura bien évolué. Nous disposerons de quatre campus à Saint-Etienne et d'un campus à Roanne. Au Nord de Saint-Etienne, nous aurons donc le Campus santé innovation, à proximité du CHU et le campus Manufacture qui regroupera la Faculté des Sciences, Telecom Saint-Etienne, les activités de recherche (Hubert Curien, laboratoires de mathématiques, de géologie...) ainsi que l'incubateur Use'in etc.

Plus au Sud, nous conservons le site Tréfilerie avec le Droit, les Sciences Humaines et Sociales, les études politiques en lien avec Sciences Po Lyon.

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Ce campus va d'ailleurs bénéficier de travaux importants : tous les bâtiments vont être réhabilités. Certains seront détruits et reconstruits, notamment pour créer de nouveaux espaces de vie à destination des étudiants. Ce projet démarrera en 2019, et s'achèvera en 2022. Le budget de cette remise à neuf est conséquent : 27 millions d'euros, dans le cadre d'un contrat de plan Etat-Région.

Enfin, il persistera un quatrième campus, celui de la Métare. Les sciences partiront sur Manufacture mais nous n'avons pas pu faire une opération complète de transfert. L'IUT de 2 000 étudiants restera sur place, de même que les laboratoires de biologie végétale et d'éthologie notamment.

Le CSI en est un exemple concret, mais plus généralement, vous dites vouloir accélérer sur le plan des relations avec les entreprises. Pourquoi et comment ?

Aujourd'hui, l'insertion professionnelle des étudiants est une des missions essentielles des universités. Pour la mener à bien et amener sur le marché du travail des étudiants avec des diplômes correspondants aux attentes du monde économique, le dialogue avec les entreprises est nécessaire. En matière de recherche, il est également important que le milieu économique connaisse mieux nos activités de recherche et de transfert technologique. Il est fondamental je crois que les milieux économique et universitaire se côtoient plus afin de mener des actions ensemble pour le bénéfice du territoire.

Nous avons créé depuis 6 ans des liens privilégiés avec les entreprises, via la Fondation de l'Université. Nous commençons à en voir de manière extrêmement précise les bénéfices. L'idée aujourd'hui est d'accélérer fortement sur ce plan. Pour élargir notre portefeuille entreprises (30 à 40 entreprises connectées directement à la fondation via du mécénat ou des dons), nous allons créer début 2019 un club d'entreprises afin de mieux faire connaitre aux entreprises ce que l'université pourrait leur apporter en termes de transformation numérique ou de formation continue par exemple. Nous allons nous adresser à des entreprises de taille moindre que celles abondant à notre fondation. L'objectif étant bien d'améliorer la dynamique de cohésion entre l'université et le monde économique.

Combien d'entreprises souhaitez-vous atteindre avec ce club ?

L'idéal serait d'atteindre une centaine d'entreprises. L'adhésion sera gratuite et sans sélection. Toutes les entreprises seront les bienvenues.

Quel est l'intérêt pour l'Université Jean Monnet de participer au projet d'établissement cible porté par cinq acteurs de l'Université de Lyon ?

Nous évoluons depuis une dizaine d'années dans un solide écosystème Lyon/Saint-Etienne. Des liens très forts se sont établis dans le domaine de la formation mais aussi de la recherche. Nous avons ainsi plusieurs laboratoires en cotutelle, et nous pouvons nous prévaloir d'un certain nombre de réussites, comme Manutech par exemple. Cela n'aurait pas été réalisable sur la seule emprise de Saint-Etienne.

C'est dans ce contexte, où nos succès Jean Monnet sont très liés à nos partenariats lyonnais, que nous nous projetons dans ce projet IDEX. Cela va nous permettre de conforter nos acquis et d'en acquérir de nouveaux d'ici 10 ans.

Ce projet est soumis à une ordonnance. Que se passera-t-il si elle n'est pas publiée assez rapidement ?

Je pense qu'un certain nombre d'actions seront possibles quelle que soit la date de la publication. L'interrogation porte plus sur le contenu que sur la date. Jusqu'où pourrons-nous aller dans notre expérimentation ?

Quelles sont les disciplines que vous apportez au pot commun ?

L'établissement cible sera construit autour de 8 pôles disciplinaires. Dans le futur établissement, nous aurons donc un pôle Santé humaine qui regroupera les facultés de médecine ; un pôle Bio-Sciences et Sciences pharmaceutiques ; un pôle Sciences et Humanité (Sciences dures et Sciences humaines) ; un pôle Droit avec les deux facs de Droit, un pôle Economie/Gestion/Management qui regroupera l'IAE de Lyon et celui de Saint-Etienne ; un pôle ingénierie, un pôle Sciences Technologie Société et un pôle Education Sciences et Société. Compte-tenu de notre caractère pluridisciplinaire, nous émargerons donc aux huit pôles.

Donc ces pôles ne seront pas des pôles géographiques ?

Non effectivement, il s'agira bien de pôles académiques. Pour le premier cycle, nous aurons probablement les mêmes habitudes qu'aujourd'hui. Les étudiants privilégient la proximité dans leurs choix. Pour le second cycle, les choses ne seront pas bouleversées car nous recrutons plus à l'extérieur que sur le périmètre ligérien.

Nous avons une bonne attractivité car nous avons développé des diplômes de niches, sans trop de concurrence, par exemple le Master appliqué au Droit de la santé. C'est le seul de ce type au niveau national.

Pour le personnel, les enseignants... , vont-ils devoir naviguer entre les sites ?

Les enseignants et les chercheurs se déplacent déjà beaucoup pour échanger avec leurs confrères. Nous aurons peut-être un flux plus important mais les mouvements existent déjà. Pour les personnels administratifs, nous aurons certainement des mutations mais l'idée est bien qu'il n'y aura aucune obligation.

Vos partenaires stéphanois de la COMUE vous suivent-ils dans ce projet ?

La création de cet établissement nouveau, résultant du regroupement de 5 établissements, va nous amener à repenser la politique de site de manière à maintenir les relations qui existent déjà avec les établissements extérieurs.

Nous voulons préserver un écosystème efficace. Il est hors de question de créer un établissement complètement coupé des autres et marginalisé. Nos financeurs sont d'ailleurs très attentifs à ce sujet.

Vous avez évoqué la fin « d'une fragmentation et d'une concurrence stérile ». Ne serait-ce pas contradictoire avec une autre de vos affirmations, à savoir que l'Université de Saint-Etienne ne perdrait pas son identité et sa personne morale ?

Je ne pense pas quelqu'un ait dit que les personnes morales seront conservées. Aucun des cinq établissements ne conservera son identité morale puisqu'elle sera transférée à l'établissement cible.

Concernant la fragmentation, je maintiens effectivement que nous partageons beaucoup de choses mais sur certains points, nous avons aujourd'hui des stratégies cloisonnées, fragmentées. Nous sommes parfois en concurrence. L'établissement cible permettra de porter une stratégie, et une seule, pas cinq.

C'est pour cela que le jury de l'IDEX nous demande d'aller plus loin qu'une gouvernance fédérale car celle-ci ne permet pas de régler ce problème de fragmentation des stratégies. Le service apporté aux étudiants sera meilleur. Le sort même de chacun des établissements importe peu, c'est le service final aux étudiants qui compte. Sachant que nous allons tous apporter un peu de nos valeurs à ce nouvel établissement.

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