Hiatus

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(Crédits : Décideurs en région)
Data centers et bande passante : illustrations des différences de perception entre pouvoirs publics et acteurs du numérique.

Lyon a indéniablement pris du retard en matière d'infrastructures de télécommunication et d'hébergement dans les années 2000, les pouvoirs publics misant plutôt leurs efforts sur les biotechs et cleantechs jugées plus stratégiques. "Il existait un véritable bouchon lyonnais
d'Internet en 2001, tout était sur Paris. Le megabit valait 50 euros dans la capitale, contre 300 à Lyon. C'était un défaut de compétitivité exceptionnel. Les politiques ont bougé tardivement, alors que ce retard contribuait à tuer la filière entre Rhône et Saône", révèle Pierre-Laurent Sinigaglia, entrepreneur en série, ancien vice-président de Lyon Infocité parti à Barcelone. En réponse, a été créée par une poignée de pionniers un GIX local, nom barbare désignant une infrastructure physique permettant à tous les opérateurs Telecom de se connecter entre eux localement et d'échanger des paquets de données, afin d'éviter qu'ils transitent dans des boucles à Paris, Amsterdam ou Washington. "La différence de qualité de connexion, de temps, de sécurité et de coût est énorme sur d'importants volumes de données. Les élus ont pris conscience de l'enjeu avec le temps", relate Pierre Mathieu, de l'Aderly. Car si aujourd'hui tout le monde s'accorde sur l'importance cruciale de cette souveraineté sur la boucle de réseau - "c'est un peu comme le tissu pour les Canuts, nul besoin de passer par la capitale pour la soie à l'époque", illustre Romain Blachier, politique observateur des nouvelles technologies - cela n'a pas toujours été le cas. "Nous avons créé l'association LyonIX en 2001, et avons reçu une subvention en… 2006 ! Les collectivités locales ont perdu des années", s'insurge le directeur de Rezopole, Samuel Triolet, véritable personnage du réseau toujours en bataille contre l'inertie.

 

Etat d'esprit

"Aujourd'hui pas de 3G, ni même de 2G dans le métro. Pas de Wifi dans les parcs ou place Bellecour comme annoncé. Autant de signes que l'état d'esprit n'est complètement ouvert aux nouvelles technologies", reprend Samuel Triolet. Ainsi les investissements conséquents
concernent en priorité les transports et la logistique physique. "Il est plus facile d'inaugurer, en les montrant aux électeurs, des tronçons d'infrastructures routières plutôt que des éléments structurant les infrastructures télécoms", constate Stéphane Sacquepée. Une grave
erreur pour cet entrepreneur lyonnais : "Le Grand Lyon a commencé à allouer des capitaux et des hommes aux NTIC, mais il perçoit encore la filière comme l'accès du grand public à Internet. La partie hébergement, réseaux, maintenance est oubliée. Le web est le service
ultime d'Internet". Nombre d'entreprises doivent donc héberger leurs serveurs à Paris, car la maintenance "hard" ne se fait que dans la capitale. Les énormes datacenters génèrent des emplois, mais ceux-ci sont souvent créés en bord de Seine, même si la situation s'est
améliorée.

 

Fibre optique

De même, "lorsque le très haut débit débarque dans les villes, les agences matrimoniales, les agences de voyage, les video shops ferment les uns après les autres. Mais les emplois créés le sont ailleurs. 10 % du budget des ménages est dépensé dans les télécommunications, mais
cet argent est versé aux opérateurs et fournisseurs d'accès Internet, tous situés à Paris. Nous sommes le seul pays où Internet ramène à la centralisation", appuie Samuel Triolet. Un retard là aussi en passe d'être comblé, mais avec du retard. Les besoins croissants de l'industrie
lyonnaise en débit, les jeux et les logiciels maintenant divulgués via le net, et surtout l'insistance constante de Rezopole ont poussé sur la voie du très haut débit le Grand Lyon, qui a acté une délégation de services publics il y a deux ans pour irriguer le territoire. Bien
lui en a pris. Selon une étude Cushman & Wakefield 2011, la bande passante est le troisième critère d'implantation pour les entreprises, avant les transports.

 

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