Sintertech : des sites en sursis, mais pour combien de temps ?

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En Isère, l'entreprise Sintertech emploie 210 personnes sur ses sites de Veurey (ci-contre) et Pont-de-Claix.
En Isère, l'entreprise Sintertech emploie 210 personnes sur ses sites de Veurey (ci-contre) et Pont-de-Claix. (Crédits : DR/GoogleMaps)
Après avoir été placé en redressement puis en liquidation judiciaire à la mi-octobre, la société iséroise détenue par l’ex-pdg de Valéo, Thierry Morin, a obtenu un sursis jusqu’en fin d’année. Dernier fabricant français à fournir certaines pièces destinées à l’industrie automobile, un regroupement de clients a négocié une poursuite de l’activité pour un trimestre supplémentaire. Avec, à la clé, des garanties concernant le paiement des salaires.

Article publié à 10:01, mis à jour à 11h40

Des salariés qui se sont remis au travail, tandis que le doute plane toujours sur l'avenir de leur employeur, Sintertech.

Quelques jours seulement après la dernière audience qui s'est tenue au Tribunal de commerce de Grenoble - et qui avait pourtant conduit à prononcer la liquidation de l'entreprise -, les 280 employés de Sintertech n'ont pas dit leur dernier mot. Employés sur trois sites, dont deux en Isère (Veurey et Pont-de-Claix) et un dans les Pyrénées-Atlantiques, ces derniers ont été amenés à reprendre le travail, à la suite d'une offre émise par un consortium de clients, conduit par le constructeur Renault.

Lire aussi : Automobile : à Oloron l'usine Sintertech en sursis jusqu'à fin décembre

Alors que la société, dirigée par l'ex-PDG de Valeo Thierry Morin, s'était déclarée en cessation de paiements début 2019, rien n'avait semblé jusqu'ici arrêter la chute du groupe. Les résultats n'avaient cessé de plonger au cours des derniers mois, alors que les syndicats déploraient quant à eux "des erreurs de gestion" ainsi que "des promesses d'investissements non tenues" les ayant conduits à perdre certains marchés.

Mais c'est finalement la rapidité avec laquelle le tribunal de commerce grenoblois a prononcé, le 15 octobre dernier, la liquidation de l'entreprise qui aura finalement provoqué un ultime sursaut. Et pour cause : la décision a fait bondir une poignée des clients de Sintertech, parmi lesquels le constructeur Renault, pour lesquels un arrêt brutal de l'approvisionnement de certaines pièces en métal fritté aurait fortement pénalisé les chaînes de montage. Une situation inenvisageable, qui aurait déclenché la tenue d'un plan de crise.

Un accord pour continuer les livraisons

Les partenaires de Sintertech se sont donc mobilisés pour conclure un accord avec les syndicats et la direction de l'entreprise -représentée désormais par son administrateur judiciaire-, en vue de permettre la continuation de l'activité de l'entreprise jusqu'au 31 décembre 2019 afin que celle-ci puisse continuer à livrer ses clients.

Bien que les termes de cet accord seraient toutefois demeurés confidentiels, Renault se serait notamment engagé à assurer le versement de l'ensemble des salaires jusqu'à la fin d'année, mais également à éponger d'éventuelles pertes encourues lors de cette rallonge d'activité.

Une démarche qui soulèverait même de plus lourds questionnements et incidences, autour d'une éventuelle substitution de ce consortium au régime de garantie des salaires (AGS) couvrant traditionnellement les entreprises à compter de la date de leur liquidation.

"Aujourd'hui, nous sommes dans une forme de vide juridique puisque nous devrions fermer mais l'entreprise tourne encore. Nous sommes en liquidation mais les clients ont du mal à se passer de nous", résume Sébastien Acebedo, un salarié isérois du groupe.

Des marchés difficiles à trouver ?

Si les difficultés de Sintertech ne datent pas d'hier, la société, qui emploie 210 personnes sur ses deux sites isérois et 73 collaborateurs dans les Pyrénées-Atlantiques, était pourtant déjà revenue de loin.

Rachetée en 2013 à l'américain fédéral Mogul pour un euro symbolique Thierry Morin, elle avait déjà subi une première structuration, avec près de 130 emplois supprimés. Une opération qui lui avait permis de réduire ses pertes de moitié (2,5 millions d'euros), pour un chiffre d'affaires établi à 47 millions d'euros en 2017. Mais un important recul se serait à nouveau fait sentir en 2018.

Alors que la direction de l'entreprise aurait plaidé, auprès du tribunal, pour un contexte économique défavorable, alimentée par la baisse de la production française sur les motorisations diesel, les représentants du personnel livrent quant à eux une toute autre analyse.

"Seulement la moitié de la production des pièces étaient destinées à ce marché et la question de la reconversion de l'entreprise avait déjà été posée plusieurs années auparavant et laissée sans réponse par la direction", déplore Jean-Bernard Etchemendy, délégué syndical CGT pour les trois sites.

Car d'après les salariés, les pièces en métal fritté fabriquées serviraient non seulement dans la conception de pièces pour les moteurs diesel, mais aussi sur le marché en plein essor des véhicules électriques. D'autres débouchés seraient même envisageables dans des secteurs convexes.

Et Jean-Bernard Etchemendy, d'ajouter : "Notre outil de travail n'était pas dédié au diesel : des projets de réorientations avaient été avancés depuis 2016, mais sans être étudiés par la direction".

"Nous réalisions historiquement de l'alliage fritté, un procédé utilisé par plusieurs industries comme l'électroménager, l'automobile, ou encore le sport, qui permet d'usiner des pièces complexes sans copeaux et avec un meilleur coût de revient", ajoute Sébastien Acebedo.

Contacté, aucun représentant de la direction n'a donné suite à nos demandes. Dans une vidéo promotionnelle réalisée l'an dernier par l'entreprise en partenariat avec l'UIMM Loire et le Cetim, son directeur général Jean-Yves Gannard affirmait son ambition de "devenir un sous-traitant majeur de la fabrication additive métal et de pouvoir offrir à l'ensemble de nos clients toutes les possibilités de cette nouvelle technologie".

La mort d'une filière française ?

Dernier fabricant français et même unique fournisseur de certaines pièces pour le compte de certains constructeurs automobiles, Sintertech aurait donc des cartes à jouer pour sa survie. La société comptait ainsi, au sein de son portefeuille, des constructeurs (Renaut, Volvo, PSA, etc) ou encore des sous-traitants tels que Sogefi, Electricfil, etc, pour lesquelles elle produisait jusqu'à récemment encore des pièces destinées aux boites de vitesses ou aux boites de transmission.

Mais la mise en redressement puis en liquidation judiciaire aurait fragilisé ce portefeuille, notamment lors de la procédure dans laquelle une offre de reprise, finalement non-retenue par le tribunal, était arrivé aux oreilles de ses principaux clients, craignant eux-mêmes de devoir affronter des problèmes d'approvisionnement.

"Une entreprise qui se plaçait comme un repreneur potentiel a pris contact avec certains clients en leur posant un ultimatum alors que rien n'avait signé : cela a accéléré notre chute", indique une source proche des salariés.

Un appel aux pouvoirs publics

Alors que le tribunal a acté la continuation de l'activité jusqu'à la fin d'année, les syndicats se sont à nouveau mobilisés en lançant un appel aux pouvoirs publics ainsi qu'aux investisseurs.

Dans un courrier officialisé récemment, la CGT a notamment interpellé les constructeurs et équipementiers, mais aussi le Ministère de l'Industrie, ainsi que les deux Régions et les députés concernés en vue de "construire une solution pérenne", qui lui semble toujours "à portée de main", tout en demandant la tenue d'une table-ronde pour sortir de cette situation de crise.

Une réunion est programmée ce vendredi 15 novembre après-midi à Paris avec des représentants du Comité interministériel de restructuration industrielle (CIRI), une entité, qui a pour mission d'aider les entreprises en difficulté à élaborer des solutions permettant d'assurer leur pérennité.

"Nous nous sommes adressés un peu partout mais nous avons eu peu de retours jusqu'à présentMais si nous avons décidé de poursuivre deux mois et demi de plus, c'est avant tout pour envisager autre chose que la liquidation. C'est le sens même de ce qu'a laissé entendre le tribunal aux différentes parties-prenantes : ne peut-on pas envisager une autre solution ?", déplore Jean-Bernard Etchemendy.

Avec, comme le rappellent les syndicats, une urgence à trouver une issue, avant que leurs donneurs d'ordre ne retrouvent de nouvelles sources d'approvisionnement en dehors de l'Hexagone.

"Dans un tel contexte, le silence devient assourdissant", glisse Jean-Bernard Etchemendy.

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Commentaires
a écrit le 16/11/2019 à 7:37 :
faudra apprendre aux syndicats a compter!
un marche electrique qui represente 0.1% de la production et qui est en plein essor, ca peut monter a 0.2%
un marche du diesel qui ne represente que 50% et qui perd 30%, ca fait -17%
et une entreprise a faible rentabilite qui perd 17% de ses ventes, elle depose le bilan
qu'on confisque les chateaux de la cgt pour recapitaliser cette boite, ils vont vite apprendre le calcul
( oui je sais, le gvt hollande a interdit de savoir calculer, ca stigmatise ceux qui n'en n'ont pas la chance de savoir eux.... mais gageons que les syndicalistes sont un peu plus ages)
Réponse de le 16/11/2019 à 13:42 :
@churchill
Quelle mauvaise foi à toujours incriminer les syndicats !
Je me demande qui du RN, de l'UPR, de Poutine...Trump vous finance.
Autant de radicalité est suspecte.
Où alors aigri ?

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