[Crise de l'eau 2/5] Inovaya  : l'atypique Monsieur Propre des eaux industrielles

 |   |  711  mots
(Crédits : DR)
À l’heure où la ressource en eau devient de plus en rare, et qu’il devient urgent de l’économiser, La Tribune vous propose chaque semaine durant l’été le portrait d’une startup qui fait de cette contrainte une opportunité de développement. Second épisode avec la jeune pousse lyonnaise Inovaya, fondée par un doctorant roumain d'origine syrienne, qui a mis au point un procédé innovant de traitement des eaux usées industrielles.

Jeune pousse lyonnaise fondée en 2017, Inovaya, qui conçoit des solutions de traitement des eaux usées à destination des industriels, a une histoire déjà riche et peu commune.

Son fondateur, Khaled Al Mezayen, un docteur en pharmacie d'origine Syrienne a d'abord créé, en 2013, une première entreprise qui développait un système de filtration d'eau en Roumanie, son pays de naissance. " Le procédé fonctionnait bien ", rapporte Khaled Al Mezayen. Mais des désaccords stratégiques le pousse à partir et fonder une nouvelle société, Inovaya, qu'il décide, cette fois, d'implanter en France, pays qu'il a découvert lors de son doctorat puis de son mastère en management des industries de santé à Toulouse.

"J'ai réalisé un benchmark des différentes villes françaises, et Lyon s'est imposé. Je ne connaissais pas la ville, mais l'accompagnement de l'Aderly pour la recherche de locaux et les premiers recrutements ont fait la différence", note le dirigeant.

Il s'installe donc dans le 3e arrondissement de Lyon pour développer une entreprise destinée, à la base, à déployer un système de traitement et de production d'eau portable innovant et peu coûteux pour faciliter et sécuriser l'approvisionnement en eau de régions difficiles d'accès en guerre.

Un système de filtration qui permet d'éliminer les polluants de l'eau sans utiliser de produits chimiques, capable de fournir 20 litres d'eau par jour à 1 000 personnes. La startup, qui a déjà délivré plus de 45 millions de litres d'eau potable, a notamment travaillé avec des ONG au Laos, en RDC ou aux Philippines.

"Ne pas avoir accès à l'eau potable est l'une des principales causes de mortalité infantile dans le monde. Nous étions souvent amenés à traiter des problématiques d'eau pollué par de l'arsenic, des métaux lourds ou des nitrates issue d'industries. J'ai donc décidé de traiter le problème à la source, en proposant un service aux industriels pour éviter ces rejets", explique Khaled Al Mezayen.

"Aller plus loin que la norme française"

Une version industrielle du système d'Inovaya, matérialisée par une succession de bonbonnes et de filtres qui jouent le rôle d'aimants à pollution. Et, si le dirigeant entend installer son système de traitement des eaux industrielles usagées dans des zones difficiles, il trouve un écho plutôt inattendu auprès d'industriels locaux.

Encore en phase de lancement, la startup équipe déjà six sites - tous en région Auvergne-Rhône-Alpes - aux activités diverses (cosmétique, injection plastique, fabrique de cornichons...) et ne compte pas s'arrêter là.

"Je suis surpris par l'accueil des entreprises régionales qui sont emballées par l'idée de réduire leur impact environnemental. La réglementation française est une bonne base mais nous proposons d'aller plus loin que la norme légale en valorisant ou en réutilisant des eaux industrielles. Cette solution est d'autant plus intéressante que les industriels doivent payer pour traiter leurs eaux usées en externe."

Pour faire le lien entre ses activités humanitaires et industrielles, Inovaya propose une sorte de "troc humanitaire" à ses clients français : une technologie à prix raisonnable en échange du versement d'une partie de leur budget RSE à des associations engagées dans l'accès à l'eau potable dans des pays en voie de développement.

Une levée de fonds en vue

En forte croissance ces derniers mois, la startup de six collaborateurs prépare une première levée de fonds d'environ 1,5 million d'euros pour accélérer son développement sur ses deux branches d'activité.

"Nous devrions être une douzaine de salariés d'ici à la fin de l'année", avance Khaled Al Mezayen.

Et le dirigeant-doctorant n'a pas perdu son âme de chercheur. Inovaya a engagé un partenariat avec la startup lyonnais Olisens et l'institut de recherche IRSTEA pour démarrer un programme afin de développer une technologie de filtration 2.0 qui permet de mesurer en tant réel les polluants qu'il y a dans l'eau.

"Cela permettrait de déterminer quel filtre solliciter en fonction des polluants, déclencher des rétrolavages au bon moment."

Une innovation qui sera aussi bien applicable pour l'accès à l'eau potable que pour l'amélioration du traitement des eaux industrielles.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :