"La transformation numérique ne doit pas s'opérer sans les hommes" (Thierry Uring, Udimec)

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(Crédits : DR)
En amont de l’assemblée générale, qui s'est tenue ce mardi 25 juin à Grenoble, Thierry Uring, président de l'Udimec, une émanation en Isère et dans les Hautes-Alpes de l'UIMM qui regroupe les entreprises technologiques et industrielles du bassin isérois, revient sur les défis que tente de relever l’organisation patronale. Avec, parmi eux, l’essor et surtout l’adoption de la robotique.

L'Udimec regroupe près de 500 entreprises technologiques et industrielles, qui emploient près de 50 000 salariés en Isère et dans les Hautes-Alpes : quels sont les principaux défis actuels votre secteur ?

L'un d'eux, le besoin de recrutement, est déjà connu de tous. Il passe notamment par la valorisation de l'industrie, et le fait de montrer quelles seront les innovations de demain.

L'autre enjeu, c'est le besoin d'accompagnement à la transformation numérique que présentent un certain nombre d'entreprises. Car même si un bout de chemin a déjà été fait, il faut encore poursuivre pour convaincre toutes les entreprises de sauter le pas.

La transformation numérique ne doit pas uniquement être perçue comme un objet technique et technologique. Elle change aussi les logiques de management.

En quoi cette transformation numérique peut-elle changer les logiques managériales justement ?

Ce sera justement l'objet d'une conférence (de l'intelligence artificielle à l'intelligence du management) qui aura lieu lors de notre AG, et qui sera animée par un sociologue des organisations, afin de voir en quoi ces transformations numériques peuvent avoir un impact sur l'organisation humaine.

Les résistances sont encore grandes aujourd'hui, car la transformation numérique était jusqu'ici souvent perçue comme faisant perdre des emplois.

Or, celle-ci peut aussi être synonyme d'opportunités pour réaliser des évolutions en matière d'organisation, où l'on confère justement plus de responsabilités ou d'autonomie aux équipes. Elle ne doit pas s'opérer sans les hommes...

A-t-on un état des lieux précis de la manière dont le digital est justement adopté au sein de l'industrie ?

Nous n'avons pas encore de chiffres, mais nous allons justement présenter un nouvel outil qui a été développé en partenariat avec une société de génie industriel afin d'évaluer le niveau d'implication des entreprises concernant les outils 4.0 et que les joueurs puissent se benchmarker.

A partir de ce diagnostic, qui sera réalisé pour chacune des entreprises sur différents points liés à la transformation numérique, l'Udimec proposera ensuite un projet d'accompagnement à chacun de ses membres, de manière individuelle ou en groupe, pour déterminer où ils en sont et où ils souhaitent se rendre.

Tous les secteurs sont-ils concernés de la même façon par ces défis numériques ?

Oui, pour nous cela ne se discute pas. Quel que soit le secteur, cette transformation est nécessaire car cela va favoriser la compétitivité entre les entreprises, tout en renforçant la sécurité. Car il ne faut pas oublier que dans certains domaines comme les transports, et notamment la conduite des métros, l'humain ne serait pas capable de gérer seul un tarif dense, avec une rame toute les minutes et demie en heure de pointe. Et demain, cela passera aussi par des maintenances de plus en plus connectées, afin de suivre les machines, mais aussi la manière dont on les utilise et dont on les maintient.

Le financement de ce passage au 4.0 au sein des usines est-il un enjeu ?

Bien entendu, ces transformations sont coûteuses car il faut non seulement acheter des robots et des machines, mais aussi réaliser des investissements plus immatériels, en matière de travail de conception.

C'est pour cela que l'Udimec a développé, il y a 30 ans, son propre outil Somudimec, qui apporte du financement à travers des prêts participatifs à des projets innovants qui nécessitent des investissements immatériels, et qui fait également office de garantie.

Nous avons déjà investi plus de 100 millions d'euros par an, dans une douzaine de projets amenés par des entreprises. Nous disposons aussi d'un fonds de capital de risque, Rhône Dauphiné Développement, lorsqu'il s'agit d'être présent lors d'une augmentation de capital.

Au niveau local, les fonds d'investissements traditionnels jouent-ils le jeu ?

Si la France est bien dotée en fonds d'amorçage pour les startups, il est aussi important de favoriser, pas uniquement les créations, mais aussi les projets de transformation et d'investissement, afin que même les entreprises traditionnelles puissent accélérer leurs innovations.

Une entreprise est comme une fusée : il est plus facile de développer une structure existante que de repartir de zéro.

Les partenaires sont désormais conscients qu'on ne peut plus y aller seul, c'est pourquoi un certain nombre de cofinancements se mettent en place.

Vous aviez également annoncé en 2018 la création d'une plateforme de formation collaborative à Moirans : de quelle manière s'insère-t-elle dans la stratégie de l'Udimec ?

Nous avons effectivement lancé l'an dernier une antenne de formation dotée d'une plateforme collaborative de l'industrie 4.0 (investissement : 2 millions d'euros NDRL) qui contribue à démystifier les inquiétudes autour de la transformation et la robotisation des entreprises, et qui démontre notamment toutes les opportunités offertes par la numérisation en matière de production intelligente, de maintenance prédictive, de suivi et robotisation...

Cette plateforme est ouverte à tous, à la fois au grand public et aux salariés, et nous nous en servons pour mener également des formations. Nous avons déjà accueilli plusieurs milliers de jeunes pour des visites, ainsi que des centaines de salariés.

Avez-vous d'autres projets pour capitaliser sur cette plateforme ?

Nous sommes en train de développer deux modules de qualification spécifiques sur les sujets de l'industrie 4.0, en sécurisation des systèmes et en automatisation, car même s'il existe de la formation à long terme, il est aussi nécessaire d'avoir des formations qualifiantes de 6 à 12 mois, voire même des dispositifs de valorisation sur quelques jours.

Nous travaillons également à impliquer les personnes déjà spécialisées sur ces questions au sein des entreprises, afin qu'elles puissent intervenir et partager leurs savoirs de manière collaborative.

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