Comment Salomon profite du rachat d’Amer Sports

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Lauréat du Prix Spécial du Jury Ecosport, le Annecy Design Center (ADC) de Salomon constitue la première plateforme de développement du groupe Amer Sports.
Lauréat du Prix Spécial du Jury Ecosport, le Annecy Design Center (ADC) de Salomon constitue la première plateforme de développement du groupe Amer Sports. (Crédits : DR)
Le fabricant de matériel Salomon a reçu récemment le Prix Spécial du Jury Ecosport pour la gestion durable de son design center à Annecy, siège historique du groupe. Propriété du groupe Amer Sport depuis sa cession par Adidas en 2005, Salomon vient de passer lui aussi entre les mains d’un nouveau consortium Mascot Bidco Oy, mené par le chinois Anta Sports, pour la coquette somme de 4,6 milliards d’euros.

Filiale du groupe finlandais Amer Sports, Salomon est installé depuis sa création en 1947 au coeur des Alpes françaises. Son siège, le Annecy Design Center (ADC), héberge non seulement les bureaux de Salomon, mais aussi celui de l'équipementier des cycles Mavic, et représente plus largement la première plateforme de développement du groupe Amer Sports, avec près de 1 000 salariés.

C'est ce bâtiment de 33 000 m2 qui vient de recevoir le Prix Spécial du Jury Ecosportde l'Union sport & cycle, en partenariat avec l'Eurosima et l'Outdoor Sport Valley, pour sa volonté de se conformer à une série de normes (Iso 14 001 et 50 001).

"Nous avions mis en place une politique qui a débouché sur une série d'actions comme la transformation de l'ensemble de notre système de chauffage et de gestion des déchets du site. Nous sommes également associés à un programme conduit par l'ONU, faisant partie de l'accord de Paris, et qui vise une réduction drastique des émissions de carbone d'ici 2030", confirme Jean-Marc Pambet, dirigeant de Salomon.

Avec un chiffre d'affaires de 831 millions d'euros enregistré en 2018, Salomon veut inscrire sa croissance dans une perspective durable, et plus largement, dans son environnement proche. Après s'être fait connaître sur le matériel de sports d'hiver, la marque s'est progressivement diversifiée pour développer une gamme plus large de textile et chaussures outdoor.

"Le matériel de sport d'hiver (ski alpin, de fond et snowboard) est toujours l'ADN de la marque. Il pèse près de 30% du CA. Le reste de l'activité est composée des activités textiles et chaussures de sport, qui ont grandi depuis la diversification amorcée il y a 25 ans", poursuit Jean-Marc Pambet.

Avec deux ambitions : défendre, d'un côté, sa position de leader mondial sur le marché des sports d'hiver, et de l'autre, le développement de son pôle chaussures et textiles de sport multi-saisons.

"En l'espace de 10 ans, nous avons quasiment doublé notre chiffre d'affaires, en passant de 400 millions d'euros à près de 830 millions", souligne Jean-Marc Pambet.

Un coup d'accélérateur

Une stratégie qui pourrait encore connaître un gros coup d'accélérateur grâce à une nouvelle qui a surpris l'ensemble du marché, il y a tout juste quelques semaines.

"Notre propriétaire, Amer Sports, groupe côté sur la place financière d'Helsinki, a reçu une offre publique d'achat en 2018 de la part d'un consortium chinois et canadien, alors même que le groupe n'était pas à vendre", contextualise Jean-Marc Pambet.

Ce consortium, Mascot Bidco Oy, se compose ainsi de quatre partenaires : la marque de sports chinoise Anta (qui détient 60%), ainsi que le fonds d'investissement asiatique FountainVest Partners, le groupe technologique chinois Tencent, ainsi que le fond canadien personnel de Chip Wilson, le créateur de la marque Lululemon.

"Ce n'est pas uniquement la marque Salomon, mais bien l'ensemble du groupe Amer Sports (qui comporte 13 marques, parmi lesquelles : Atomic, Arc'teryx, Armada, Peak Performance, Mavic, Suunto, Wilson, Precor et Salomon) qui a été racheté", rappelle Jean-Marc Pambet.

Alors qu'Amer Sports représente ainsi 2,7 milliards d'euros de chiffre d'affaires annuel et près de 9 500 salariés, cette nouvelle constitue ainsi la transaction la plus importante du secteur, depuis la reprise, en juin 2017, de la société Logicor Europe par China Investment pour une enveloppe de 14 milliards de dollars. Le groupe devrait cependant conserver son nom, et poursuivre sa route aux côtés de son équipe de direction actuelle.

« Pas de révolution attendue »

En effectuant un rachat à un prix élevé, le consortium Mascot s'est ainsi assuré un levier d'internationalisation majeur pour les années à venir.

"Anta est une marque de sport athlétique, concurrent direct de Nike ou Adidas ; c'est l'un des acteurs les plus dynamiques sur le marché chinois", rapporte Jean-Marc Pambet.

Ce dernier se montre confiant pour la suite, en indiquant que cette transaction ne doit pas bousculer l'activité du groupe.

"Il n'y a pas de révolution attendue dans la stratégie d'Amer Sports. Nous allons simplement accélérer nos axes de développements dans le milieu du textile et de la chaussure de sport, grâce aux marques Salomon, Arteryx et Wilson notamment".

Une opération qui s'inscrit également dans un événement majeur pour l'industrie, que sont les Jeux Olympiques de Pékin, prévus pour 2022, et dont Anta Sports est l'un des partenaires officiels.

"Nous comptons bien contribuer au développement du marché des sports d'hiver en Chine qui devrait attirer, d'ici les 5 à 10 prochaines années, de nouveaux pratiquants dans les activités de sports d'hiver", souligne Jean-Marc Pambet.

Un dynamisme qui permet au groupe Amer Sports, dont la direction et le management resteront inchangés, d'espérer des perspectives de manière plus large sur le marché mondial "puisqu'une grande partie des pratiquants chinois voyageront aussi pour découvrir d'autres massifs à l'échelle du globe".

"L'économie chinoise est en plein développement vers l'international, puisque l'on constate que des investisseurs prennent des positions un peu partout en dehors de leurs frontières et ce, dans différents domaines", ajoute-il.

Pour autant, Jean-Marc Pambet rappelle qu'il est beaucoup trop tôt pour réaliser des annonces sur les investissements à venir. Mais une chose est sûre :

"Nous visons toujours, à l'échelle de Salomon, un prochain objectif, qui est de dépasser le milliard d'euros de chiffre d'affaires".

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