Claire Waysand (Engie) - RE2020 : "Le tout électrique n'est pas la seule solution"

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GRAND ENTRETIEN. Elle fait partie des voix qui s’élèvent depuis quelques jours pour dénoncer les effets de la nouvelle réglementation environnementale RE2020 (longtemps appelée RT2020). La directrice générale par intérim du groupe Engie, Claire Waysand, se confie en exclusivité à La Tribune à propos de ces nouvelles annonces, qui prévoient notamment la disparition des installations gaz au sein des constructions neuves dès l'été 2021… Un choix dénoncé par l’énergéticien français, qui misait justement sur le développement des biogaz et de l’hydrogène vert, à travers plusieurs projets situés au coeur des territoires, pour s'engager sur la voie d'une production 100% renouvelable à horizon 2050.

LA TRIBUNE AUVERGNE RHONE-ALPES - Il y a quelques jours, la ministre de la transition écologique Barbara Pompili a dressé les grandes lignes du projet très attendu de réglementation environnementale RE 2020, qui devrait donc se traduire par la disparition des installations de chauffage au gaz, au sein des constructions neuves, à compter de l'été 2021. Le timing est très serré : que traduit, selon vous, ce virage au « tout électrique » de la part du gouvernement ?

CLAIRE WAYSAND - La première chose que nous souhaitons souligner est qu'Engie s'engage pleinement pour les objectifs de transition énergétique, puisque notre groupe de 170.000 collaborateurs a réduit son empreinte carbone par deux depuis 2015 et porte l'ambition de réaliser la même chose d'ici 2030. C'est une réalité quotidienne, ainsi qu'un marqueur fort pour notre groupe. Car aujourd'hui, un énergéticien qui ne s'inscrirait pas dans la transition énergétique ne s'inscrirait pas dans un modèle soutenable.

Cela étant posé, pour réussir la transition énergétique, il faut se laisser une palette d'options suffisamment larges. Le tout électrique dans le domaine du bâtiment n'est pas la seule solution, en particulier car le gaz, qui sera progressivement verdi, est une solution plus économe pour les ménages, et plus globalement pour les collectivités. D'autres solutions existent aussi, comme les réseaux de chaleurs et les pompes à chaleur hybrides.

Ceux-ci permettent également d'éviter les phénomènes de « pointes énergétiques », qui conduisent, lors des pics hivernaux, à faire appel à une électricité non-décarbonée, où il nous faut alors importer de l'énergie, provenant notamment des centrales à charbon, situées en Allemagne.

Au contraire, aller vers le « tout électrique » présente le risque d'augmenter la taille de ces pointes, et à devoir recourir in fine à des énergies électriques non-décarbonées. Il existe donc un intérêt à conserver une vision plus ouverte en la matière, tout en conservant cet objectif de transition énergétique.

Cette décision du gouvernement français constitue-t-elle pour vous une surprise ? Y voyez-vous plus largement une réaffirmation de la place du nucléaire en France, alors que le gouvernement doit se prononcer sur la création de nouveaux parcs en 2021 ?

Nous souhaitons que ce projet qui est encore au stade préliminaire, avec un texte qui vient d'être soumis à la consultation, puisse évoluer. C'est en effet une surprise que ce document soit autant axé sur le volet électrique car il existe, en matière environnementale, d'autres solutions performantes, qui permettent elles aussi de réduire les émissions de gaz à effet de serre associées au bâtiment.

Car lorsque l'on parle du gaz, on pense à une énergie encore massivement issue des énergies fossiles à l'heure actuelle, mais il ne faut pas oublier que ce gaz est de plus en plus vert et produit localement au sein des territoires. C'est par exemple le cas au sein de la région Auvergne Rhône-Alpes, où il existe déjà une douzaine d'unités de production de biométhane fournissant du gaz entièrement vert, et qui se substituent au méthane.

Nous demeurons donc convaincus que le...

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Commentaires
a écrit le 09/12/2020 à 22:38 :
Ben on en fait quoi des chaudières à cogénération.
T'as du gaz, tu te chauffes et les pertes de chaleur entrainent un moteur stirling (ou équivalent) qui éclaire ta maison et fait tourner tout tes petits appareils de la maison gràce à son alternateur, tu peux même mettre erdf à la porte.
plus de cables sales dans le chemin ni de poteaux et évidement zéro linky!
Réponse de le 10/12/2020 à 7:51 :
Cette techno n'est plus distribuée en France.
Réponse de le 15/12/2020 à 11:40 :
@dudu,
c'est vrai cette technologie a été interdite étrangement par l'europe, une histoire de fumées et il y a une nouvelle norme sortie en 2020, mais les fabriquants ne se bousculent pas, une autre option que le moteur stirling est la pile à combustible qui reste envisagée.
a écrit le 09/12/2020 à 22:13 :
L'absurdinite touche tout le monde.. Allons-y pour les centrales à gaz et les éoliennes aux taux de charge de 15%?
a écrit le 09/12/2020 à 18:00 :
Si toutes les constructions neuves ont une qualité d'isolation majeure, leur consommation d'énergie sera réduite, voire négligeable. Mais en creux cette décision décarbonée vertueuse (0g CO2) c'est peut-être un argument pour valider la construction d'EPR en quantité, il en faudra de l'électricité, également pour électrolyser l'eau en hydrogène pour les voitures, camions, autres !
Quand on a construit les nombreux réacteurs y a 40 ans il a fallu trouver comment consommer toute cette énergie surabondante, dans le chauffage électrique par grille-pain mural, qui chauffe le plafond.
a écrit le 09/12/2020 à 17:21 :
le tout électrique est un gouffre financier
Réponse de le 09/12/2020 à 18:06 :
c'est sûr. J'ai aucune idée de combien me consommerait une pompe à chaleur à la place de ma chaudière gaz (6000kWh/an, 85m² mitoyen) mais le courant c'est pas donné (déjà 160-180W pour l'électronique et faire circuler l'eau, 1/3 de ma consommation annuelle).
Il parait que si tout le monde remplaçait fuel et gaz par des pompes à chaleur, dans les campagnes le réseau électrique ne supporterait pas, pas prévu pour autant de courant, ça permettrait de le remplacer et enterrer (€€€€) ?
a écrit le 09/12/2020 à 15:17 :
Supprimer le gaz de ville dans les constructions neuves. Cela n'aura strictement aucun effet sur l'utilisation du gaz, car 50 % des maisons individuelles en France, n'ont pas le gaz de ville, mais des bouteilles.
a écrit le 09/12/2020 à 14:50 :
Pannes de réseau, pointes hivernales, nouvelles technologies, notamment conversion d'hydrogène en méthane (Power to gas)... L'erreur la plus courante en matière d'énergie, c'est de tout miser sur une seule technologie... Le maillage étroit du réseau de gaz est une richesse immense, payée par les générations précédentes. Va-t-on vraiment le jeter aux orties au profit d'un réseau électrique sujet à des pannes extrêmes (certaines pannes électriques portent sur un pays entier... Ce texte n'est pas acceptable
a écrit le 09/12/2020 à 13:39 :
En Alsace il y a déjà 6% d'hydrogène dans le gaz avec pour objectif de monter à 30%
Et comme en Auvergne Rhone Alpes , il y aura du bio-méthane.
donc interdire le chauffage au gaz est pour le moins ne rien connaitre à la technologie actuelle.
IL y a bien longtemps qu'il n'y a plus de scientifique dans les personnels politiques
de même que cette même région auvergne rhone alpes a déjà 1000 véhicules électrique à hydrogène (énergie du futur sans batteries polluantes, donc sans pollution)
a écrit le 09/12/2020 à 10:11 :
Toujours a la recherche de dédommagement pour quelque chose qui était sur le papier! Quand Engie arrêtera de nous "harceler" pour que l'on change nos contrats?
a écrit le 09/12/2020 à 10:00 :
Donner a des politiques la responsabilité d'imaginer ce que sera l'énergie de demain,
c'est la même chose que de demander à un aveugle de conduire votre voiture.
Réponse de le 09/12/2020 à 18:02 :
je crois que la vignette du véhicule est demi-prix quand le propriétaire (pas conducteur) est mal-voyant voire aveugle.

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