Le gouvernement soutient la filière photovoltaïque : à quel prix ?

 |   |  1182  mots
(Crédits : DR)
Le marché photovoltaïque sur bâtiment vit une petite révolution. En moins d'un an, le prix moyen du mégawattheure issu des appels d'offres du gouvernement a chuté de 20,3 %. Si cette politique vise à consolider la filière et à lui permettre de gagner en compétitivité, le risque d'une guerre des prix n'est pas à exclure. Décryptage.

Le marché de l'énergie solaire se consolide peu à peu en France. En accord avec les objectifs de la loi pour la transition énergétique, à savoir porter la part des énergies renouvelables à 32 % de la consommation finale brute d'énergie en 2030, le gouvernement développe un plan de soutien aux acteurs de la filière photovoltaïque à travers des appels à projets. A chaque échéance, le prix au mégawattheure (MWh) diminue, une logique de réduction des coûts encouragée par la volonté politique de rendre la filière compétitive.

Le 8 janvier 2018, Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire, a dévoilé le nom des 283 lauréats retenus dans le cadre de la troisième période d'appels à projets sur bâtiment, pour un volume total de 159 MW. Dans la liste figurent 47 projets implantés en Auvergne-Rhône-Alpes, ce qui place la région en 3e position du classement national derrière l'Occitane et PACA.

Economies d'échelle et structuration de la filière

Dans les faits, ces appels à projets reposent sur un "deal" entre le ministère et les porteurs de projets, qui s'accordent sur un prix à la revente de l'électricité fixe pendant 20 ans. Les projets sont donc sélectionnés par le ministère selon plusieurs critères :  empreinte carbone, et particulièrement sur le tarif proposé au MWh. L'objectif est ainsi de diminuer le prix à chaque nouvelle échéance. Ainsi, entre le premier appel à projets (dont les lauréats ont été désignés le 27 avril 2017) et le troisième appel à projets (désignés le 8 janvier 2018), le prix moyen proposé est passé de 106,7 euros / MWh à 85 euros / MWh. Soit une baisse de 20,3 % en à peine 9 mois. Mais à quelle logique répond cette tendance baissière des prix sur le marché de l'énergie solaire ?

A l'instar de tout autre marché, cette tendance s'explique par l'augmentation des volumes de production et par des économies d'échelle. C'est en ce sens que Nicolas Hulot a affirmé sa volonté de "changer d'échelle" dans la transition énergétique. En marge du One Planet Summit, le ministre a en outre annoncé un quasi-doublement des appels d'offres sur le solaire. L'écologiste veut porter le volume annuel d'appels à projets de 1,45 gigawatt à 2,45 GW.

Par ailleurs, la filière industrielle se structure. Les fabricants de panneaux améliorent leurs processus et réduisent ainsi leurs coûts de production. Dans le même temps la compétitivité et l'efficacité des panneaux solaires s'améliorent corrélativement aux innovations. A ce propos un premier concours d'innovation dédié à des projets innovants portés par des PME sera lancé par l'Ademe au cours du premier trimestre 2018. Dans le même temps, les industriels s'organisent, à l'image du partenariat massif signé entre Photowatt (filiale de EDF EN), Solar Inc et ECM Greentech, qui prévoit un investissement de 30 millions d'euros (voir encadré ci-dessous).

Un soutien de l'Etat encore indispensable

A juger les ambitions affichées par la France en matière d'énergie solaire, il est grand temps de passer à la vitesse supérieure. Selon les dernières données disponibles, la puissance photovoltaïque installée au 30 septembre 2017 était de 7,7 GW, pour un objectif compris entre 18,2 et 20,2 GW en 2023.

"La France a voté en décembre dernier une loi mettant fin à la recherche et à l'exploitation des hydrocarbures sur tout notre territoire. En parallèle, notre pays doit monter en puissance sur le développement des énergies renouvelables pour répondre aux objectifs fixés dans le Plan climat" a rappelé Nicolas Hulot.

Parc solaire

Lire aussi : Transition énergétique : un enjeu majeur pour les acteurs historiques

Un rattrapage à marche forcée qui pourrait bénéficier à la filière tricolore. En 2018, l'intervention du ministère reste donc indispensable au développement du photovoltaïque. Les appels d'offres garantissent aux entreprises des rendements stables sur le long terme. "Le soutien de l'Etat est incitatif, puisque nous allons amortir l'investissement sur 10 à 12 ans et en profiter jusqu'au renouvellement des panneaux solaires dont la durée de vie ne cesse d'augmenter. Elle est aujourd'hui de 25 à 30 ans", témoigne Nicolas Kraak à la tête de SMHAR, l'une des sociétés de la région retenue dans le cadre du dernier appel à projets. La SMHAR projette l'installation de panneaux photovoltaïques sur ombrières à parking, avec à la clé 46 000 euros de revenus annuel pour un prix fixé à 92 euros / MWh. Nicolas Kraak voit la diminution des prix d'un très bon œil, puisqu'elle est synonyme de gain de compétitivité de la filière.

Une nécessaire guerre des prix ?

Toutefois, "on peut dire que le solaire est une industrie qui se cherche encore. Les acteurs de la filière s'étripent pour s'y faire une place, c'est bien le signe que nous n'en sommes pas encore à la phase de maturité", observe Xavier Daval, dirigeant du cabinet lyonnais d'expertise KiloWattsol et président du SER-Soler, la branche solaire du Syndicat des énergies renouvelables. Il entend par là que les sociétés se livrent actuellement une guerre des prix pour remporter les appels à projets :

"La pression induite pousse certaines entreprises à faire des paris. Celles qui veulent à tout prix grossir vont parier sur le futur, c'est-à-dire sur le prix qu'elles pensent pouvoir pratiquer dans deux ans. Sans aller jusqu'à parler de dumping, on peut dire qu'il y a une véritable agressivité sur le marché du solaire."

Une agressivité qui serait néanmoins le lot de tout marché en phase de consolidation. Un paysage concurrentiel moins éclaté, des prix qui tendent vers leur valeur d'équilibre, le tout au sein d'une filière qui ne peut encore se passer du soutien de l'Etat, lui-même dans l'obligation de remplir des objectifs en matière d'énergies renouvelables.

Photowatt prépare son changement de modèle industriel


Dans la foulée du "plan solaire" de 30 GW dévoilé par EDF en fin d'année, Photowatt, filiale d'EDF Energies Nouvelles, spécialisée dans la fabrication de cellules et de modules photovoltaïques, a rendu public, le 10 janvier dernier, son projet de développement reposant sur un changement de modèle industriel.
Cette entreprise lourdement déficitaire depuis des années prépare la création d'une nouvelle entité avec deux partenaires. Il s'agit d'une part de Canadian Solar Inc (CSI), un des champions de la fabrication de panneaux et d'autre part ECM Greentech, fabricant grenoblois de fours ayant développé une technologie innovante de cristallisation du silicium avec l'Institut National de l'énergie solaire basé à Chambéry.
Baptisée "Photowatt Crystal Advanced", la nouvelle structure à trois (détenue à 60 % par EDF EN via Photowatt, 30 % par CSI et 10 % par ECM) sera dédiée à la fabrication de lingots de plaquettes de silicium (wafer), nouvelle génération. Une trentaine de millions devraient être investis sur le site de Photowatt à Bourgoin-Jallieu en Isère dont la capacité serait progressivement rehaussée à plus de 500 MW, soit dix fois plus qu'actuellement. Les wafers sont appelés à être notamment commercialisés sous forme de modules photovoltaïques pour répondre aux appels d'offres du gouvernement en revendiquant une faible empreinte carbone.

edf

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 23/01/2018 à 7:48 :
Quelqu'un peut-il expliquer l'intérêt pour la France de cette filière, qui produit de manière chère et intermittente aux moments où on n'en a pas besoin, une électricité dont le bilan carbone est à 10 à 200% plus mauvais que celui de l'électricité qu'on a déjà ?
Réponse de le 05/02/2018 à 15:12 :
Bonjour,

Il y a donc des moments de la journée où la France n'aurait pas besoin d'électricité ?

Il faut vite en parler à RTE qui a indiqué en 2017 un minimum de 41GW (heure) d'électricité entre 9h et 15h ...

Thierryg
a écrit le 22/01/2018 à 20:44 :
Avec des pics 20 GW l'été à 14h ( soit 50% de la conso actuelle), puis un retour à 0 la nuit jusqu'au matin, est-on sûr que les autres centrales, notamment nucléaires, vont pouvoir "suivre" ce gradient important en toute sécurité ? Comment est pensée cette intermittence ?
Réponse de le 05/02/2018 à 15:24 :
Des pics à 20GW l'été à 14h ? Alors que le parc PV n'est que de 7,7GW... (chiffres EDF de Janvier 2018)

Ca m'étonnerait fort que même l'été, le PV produise quasi trois fois sa capacité (d'autant que lorsqu'il fait chaud, la production a plutôt tendance à baisser)...

Selon RTE, chiffres 2017: le maximum de production du PV en 2017 a été de 5,36GW ... Vous avez raison sur l'heure par contre (pic finalement assez plat entre 11h et 16h...)

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :