La filière brassicole se structure en Rhône-Alpes

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(Crédits : Reuters)
La région Rhône-Alpes est celle de France où l’on compte le plus grand nombre de brasseurs. Un phénomène qui s’est confirmé au fil des années, avec une montée en gamme et une filière qui commence à se structurer, malgré une grande diversité.

Ce dimanche avait lieu la fête de la bière à Tarare (Rhône). Loin de celle de Munich, elle rassemblait une trentaine de brasseurs indépendants. Avec plus 90 brasseries artisanales, Rhône-Alpes est la région de France qui compte le plus d'implantations brassicoles, devant le Nord ou l'Alsace. Surfant sur la vague du slowfood, de la consommation locavore, le nombre de brasseurs n'a cessé de croître ces quinze dernières années. À quelques entreprises historiques, s'ajoute régulièrement depuis une dizaine d'années une multitude de petits brasseurs indépendants. « Ça nous surprend toujours. Jusqu'où cela va aller ? On ne sait pas. Le marché n'est sans doute pas extensible à l'infini, mais il n'y a pas encore de vraie compétition. Ce sont encore des marchés locaux » explique David Hubert, directeur du Ninkasi et président de l'association Biera, qui réunit une partie des brasseurs indépendants de la région.

Une filière très variée

En Rhône-Alpes, une trentaine de brasseries commercialisent plus de 75 % de leur volume de production dans un rayon de 50 kms autour de leur implantation. Le secteur représente 14 millions d'euros de chiffre d'affaires, pour un volume global de 60 000 hl et environ 160 emplois directs. La filière en Rhône-Alpes est très diverse. Bourganel (3000 hl), Ninkasi (4500 hl) ou la Brasserie du Mont-Blanc (5000 hl) font figure de poids lourds, car la plupart des brasseries ont des volumes très inférieurs. On trouve quelques PME, mais la majorité sont des entreprises à salarié unique, voire même quelques amateurs qui ont une autre activité professionnelle à côté.

Si en France les brasseries artisanales ne pèsent qu'un 1,5 % du marché, aux Etats-Unis cela dépasse les 15%. Il reste encore une marge de progression. Aujourd'hui, la filière se structure petit à petit, notamment autour de la matière première. « Nos actions se focalisent sur la création d'une filière houblon en Rhône-Alpes. C'est un axe de travail de l'association pour inciter des agriculteurs à planter du houblon et assurer un cycle court et une production locale » précise David Hubert. Pour le malt, une filière rhônalpine est encore lointaine, même si une malterie associative, « Malteurs Eco » a ouvert fin 2013, en Ardèche.

Dans les gammes, les recettes, les brasseurs de Rhône-Alpes innovent, des bières au génépi à celles vieillies en fût de Crozes-Hermitage. Depuis quelques années, la qualité a progressé et ils sont nombreux à miser sur des produits un peu plus haut de gamme. La bière Cévenale de la brasserie méridionale de l'Ardèche se retrouve ainsi sur une table étoilée des Vans.

Le blues du brasseur

Reste que la stratégie de développement d'un groupe comme Ninkasi, qui joue la carte de la grande distribution et l'implantation de ces restaurants ne sera évidemment pas la même que les micro-brasseurs du Diois ou de Haute-Savoie. Mais comme pour de nombreuses entreprises, atteindre la taille critique reste la véritable difficulté.

En plein Beaujolais, la brasserie Terre de Bière, à Limas, s'est construit son petit succès en quelques années, axé sur la qualité. Laurence Langloy a laissé son travail de puéricultrice pour épauler son mari, brasseur. « On a le potentiel pour aller plus loin. C'est la grande discussion du moment. C'est bien de grandir, mais se pose la question des investissements et d'embaucher. Pour le moment, ce n'est pas possible ni pour un commercial ni pour un technicien ».

« Souvent le brasseur démarre seul. Ça va un moment mais parfois, il peut craquer » reconnait David Hubert. Chaque année des brasseries cessent leur activité ou la mettent entre parenthèses. « Clairement, j'ai bien failli arrêter, il y a 5 ans », confie un brasseur de la Drôme. « Pour augmenter la production, il me fallait embaucher, mais avec les charges, c'était mission impossible. J'ai évoqué la question avec ma famille. Elle était prête à me voir un peu moins alors j'ai continué»

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