Auvergne Rhône-Alpes présente son plan pour la filière équine

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(Crédits : PSV J.Morel)
La région Auvergne Rhône-Alpes a officialisé ce dimanche, à l'occasion du salon Equita Lyon, un grand plan de 7,4 millions d'euros sur trois ans pour soutenir la filière équine. Elle se pose comme la deuxième région de France dans son domaine.

Elle pèse près de 1,2 milliards d'euros (dont 470 millions d'euros hors pari sportifs), avec près de 6 400 entreprises régionales et 14 000 emplois. La filière équine Rhône-Alpes n'a pas grand chose à envier à son homologue, la Normandie, qui la coiffe de peu au poteau de l'économie équine. Et pourtant, cette filière, peu connue mais aussi très diverse, de par la nature des activités qui y sont pratiquées (équitation de loisir, élevage, tourisme équestre, mais aussi courses hippiques, etc) s'est hissée au sein de l'agenda de la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Alors que son président Laurent Wauquiez n'a pas hésité à se présenter lui-même comme un ancien cavalier à l'occasion du salon Equita Lyon ce dimanche à Eurexpo, ce plan serait né d'une volonté d'accompagner une filière particulièrement touchée par plusieurs facteurs concomitants. A commencer par des structures équestres soumises à d'importants investissements afin de se diversifier et d'assurer le bien-être de leurs animaux, mais aussi à des pressions financières depuis l'abolition du taux réduit de TVA depuis 2014.

Plan Ambition Cheval

Sans oublier que cette aide était également conçue pour combler "un trou dans la raquette", en matière de support aux différentes filières économiques régionales :

"La filière cheval n'était jusqu'ici pas aidée, notamment si l'on parle des centres équestres qui sont incorporés sous statut privé, alors que l'on sait par ailleurs faire des aides aux acteurs associatifs. C'était la même chose pour le monde des courses, qui n'avaient jusqu'ici pas d'aide spécifique, en dehors des soutiens de certaines communes", expose la conseillère régionale au sport en Auvergne en charge de ce plan, Caroline Guelon-Bevillard.

"Besoin d'une bouffée d'air"

Un constat qu'abondent les représentants de la filière présents sur place, dont Régis Bouchet, président du Conseil de la filière cheval Auvergne-Rhône-Alpes :

"Il existait en effet des besoins liés aux difficultés rencontrées par les établissements, car la question de la TVA ainsi que l'aménagement des rythmes scolaires (appliquée également à compter de 2014, NDLR) nous ont enlevé une partie importante de la clientèle du mercredi". Et de concéder : "Il y avait besoin d'une bouffée d'air".

Parmi les mesures annoncées, ce dernier cite "l'aide de 5000 euros qui sera proposé à tous les projets relevant du bien-être des équidés", ainsi qu'une enveloppe destinée à favoriser l'accessibilité des structures aux personnes handicapées.

"Tous les clubs pourront aussi prétendre à recevoir une aide de 1000 euros à travers ce plan. Cela permettra notamment aux structures de sortir de leur quotidien et de développer de nouvelles pratiques, comme le tir à l'arc à cheval ou le travail aux longues rênes, à travers l'achat de matériel", confie Régis Bouchet.

Un plan qui pourrait également favoriser le déploiement des innovations conçues par les startups, dans un monde équestre où l'adoption demeure cependant moins rapide qu'au sein d'autres secteurs :

"On voit apparaître de nouvelles technologies comme des systèmes d'analyse thermique, qui permettent désormais de voir par exemple quels sont les zones de chaleur sur le cheval afin d'aider à déterminer l'origine d'une boiterie. Ce type d'innovations peut apporter un gain pour la filière dans son ensemble mais demeurent encore peu adoptées", illustre le président du Conseil régional de la filière équine.

Plan 2

A deux pas de lui, Pierre Pré, formateur pour l'Académie professionnelle d'équitation western (Apew), une discipline en plein essor sur le plan national et régional, y voit aussi un double intérêt :

"La filière est en plein développement. C'est un coup de pouce qui va nous aider. Je suis l'un des premiers concernés car je suis en train de créer un gîte équestre".

Autre exemple, il cite l'ouverture récente d'un nouveau diplôme d'état, de niveau supérieur au brevet d'état Jeunesse & Sports, où une aide serait la bienvenue :

"Nos candidats n'arrivent pas toujours à trouver des financements pour se former alors que 80% de nos promotions sont en emploi par la suite".

7,4 millions d'euros à répartir

Décomposé en plusieurs volets, ce plan Ambition Cheval, voté en mars dernier par l'assemblée plénière, tentera de répondre aux attentes des professionnels du secteur en attribuant notamment une aide de 1,4 millions d'euros au monde de l'élevage, en vue d'améliorer notamment la compétitivité des exploitations agricoles à travers des aides à l'investissement ainsi qu'un soutien à la valorisation des produits d'élevage, mais aussi avec la création d'un pôle d'analyse régionale visant à produire des indicateurs plus précis sur la filière.

Mais le gros de ce financement (6 millions d'euros) sera consacré à un large panel d'activités hors élevage, regroupant à la fois des aides pour l'achat du matériel au sein des centres équestres, l'aménagement des hippodromes, l'amélioration de l'accueil des chevaux dans le domaine du tourisme équestre, ou encore une aide à l'innovation et aux projets de recherche jusqu'ici non éligibles à d'autres subventions régionales.

"Il ne s'agit pas que d'argent, mais aussi d'une reconnaissance de la filière", a rappelé Jean-Pierre Taite, vice-président de la région délégué à l'Agriculture, lui aussi présent lors de cette signature.

Et Laurent Wauquiez de préciser :

"Lorsqu'on englobe également le soutien aux lycées agricoles, ainsi qu'aux concours d'équitation qui font partie de notre politique en lien avec les manifestations sportives, ce sont au total près de 10 millions d'euros qui sont sur la table pour accompagner la filière équine".

Une tendance de fond

Une enveloppe ambitieuse alors même qu'un plan du même type avait été lancé par la Normandie - première région équine à l'échelle de l'Hexagone - en 2017, à hauteur de 6,6 millions d'euros afin de renforcer le positionnement de leader de son propre écosystème local, de développer le volet formation et recherche, mais aussi de lui ouvrir des débouchés à l'international.

L'initiative avait également suivie par la région Hauts-de-France, qui vient d'annoncer le vote, en septembre 2019, d'un plan similaire de 5 millions d'euros sur trois ans, visant à dynamiser l'élevage de chevaux et à développer l'emploi. Avec, comme argument avancé par sa vice-présidente en charge de l'agriculture locale, Marie Sophie Lesne, une image évocatrice, qui pourrait bien résumer la situation à l'échelon national : "La filière équine souffre d'une image élitiste, et c'est pourtant un monde en souffrance".

Auvergne-Rhône-Alpes a quant à elle affiché son ambition de déployer son plan Ambition Cheval rapidement, avec des dossiers de financements qui se verront "simplifiés" et "accessibles dès à présent" par plusieurs portes d'entrées, que sont la Chambre d'Agriculture, la Région et les instances régionales de la filière. L'animation de ce plan sera confiée à la conseillère régionale au sport en Auvergne, Caroline Guelon-Bevillard.

Si Laurent Wauquiez table sur une première phase de deux ans, en vue d'avoir de premiers retours sur le dispositif, celui-ci ne cache pas sa volonté de renouveler ensuite cette aide à destination de la filière. Avec un objectif :

"Participer à la création de 5 000 à 10 000 nouveaux emplois d'ici 5 ans, et de devenir la première région de tourisme équestre", affirme Laurent Wauquiez.

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