Industrie : L’usine de bouteilles d’oxygène Luxfer peut-elle renaître ?

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(Crédits : DR)
Au regard de la crise sanitaire qui touche la France, l'usine de production de bouteilles d'oxygène Luxfer, dans le Puy-de-Dôme, pourrait voir sa fermeture définitive remise en cause. Ex salariés, élus et partenaires sociaux demandent à l'Etat de maintenir sur le territoire cette activité stratégique pour la santé et la sécurité en ayant recours, notamment, à la nationalisation.

Après avoir investi plusieurs millions d'euros dans une usine "d'avant-garde" en 2015, et malgré un bénéfice net de 1,1 million d'euros pour un chiffre d'affaires de plus de 22 millions d'euros en 2018, le fabricant de réservoirs haute-pression, de bouteilles d'oxygène médical et des appareils respiratoires isolants pour les pompiers Luxfer Gas Cylinders a pris la décision de fermer son site de Gersat, dans le Puy-de-Dôme. Une usine qu'il avait racheté en 2001 à Pechiney et qui avait été fondée en 1939 pour répondre à l'effort de guerre - déjà.

La direction britannique de ce géant mondial de l'oxygène a fait le choix de sacrifier Gerzat et de concentrer sa production sur ses usines de Nottingham (Angleterre) et de Riverside (Etats-Unis). Les derniers des 136 salariés de l'entreprise Luxfer sont licenciés depuis le 13 février 2020, après la validation par le ministère du Travail des licenciements des salariés protégés.

"L'usine est rentable : elle est la seule à fabriquer du très haut de gamme, des bouteilles très légères. C'est d'ailleurs pour cette raison que le groupe ferme. Ils ont le monopole de cette production. En fermant Gerzat, ils prennent le marché à la gorge et peuvent augmenter le prix des produits plus bas de gamme," estime Axel Peronczyk, délégué syndical de Luxfer.

"C'est une industrie lourde et nous représentons plus de 80 ans de savoir faire. Si nous abandonnons cet outil de production, il n'en sera pas reconstruit d'autre en Europe," poursuit-il.

Malgré la mise en place d'un comité de suivi rassemblant les représentants des salariés de Luxfer et de l'entreprise, des élus des collectivités concernées (commune de Gerzat, Métropole, Département, Région), les parlementaires et les services de l'État, les recherches d'un repreneur industriel avancent peu, y compris en mobilisant les services de l'opérateur national Business France. Jusqu'à ces derniers jours où la crise sanitaire ravive la question de la souveraineté industrielle de la France.

Des élus mobilisés

Après la vidéo virale de Florent Naranjo, conseiller municipal FI à Clermont-Ferrand et la prise de position du député communiste André Chassaigne, Olivier Bianchi, président de Clermont Métropole, Jean Albisetti, maire de Gerzat et la députée Christine Pires Beaune ont eux aussi signé un appel au ministre de l'économie Bruno Le Maire pour demander la nationalisation dans les plus brefs délais de Luxfer  à Gerzat (Puy-de-Dôme).

Des initiatives qui font suite aux contacts téléphoniques des délégués syndicaux avec les services de Bercy dès le début de la crise Covid19.

"Nous avons demandé quel était l'état du stock de bouteilles d'oxygène et s'il permettait de faire face à la pandémie. Mais personne n'était en mesure de nous apporter une réponse," explique Axel Peronczyk.

Depuis le dossier bouge, comme l'affirme la députée de la deuxième circonscription du Puy-de-Dôme sur son compte Twitter.

Un appel également relayé par Laurent Wauquiez, le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes.

"J'ai reçu les salariés de Luxfer et interpellé Bruno Lemaire à ce sujet. On va voir comment on peut aider. Cela pose la question de la disparition des industries dans les territoires, c'est une folie de les laisser partir", indique Laurent Wauquiez, qui souligne travailler en parallèle à la création d'une filière d'appareils respiratoire dans la région.

Vers une nationalisation ?

Alors que l'éventualité de recourir aux nationalisations d'entreprise pour conserver l'appareil productif français a été soulevée par le président de la République, les salariés de Luxfer Gerzat veulent saisir cette opportunité.

"Luxfer Gerzat est la dernière usine de France et même d'Europe, à fabriquer des réservoirs et des bouteilles d'oxygène médical de ce type. L'arrêt de l'activité est très récent. Nous pouvons relancer les lignes de production en quelques jours", estime Axel Peronczyk.

Le délégué syndical a lancé une pétition en ligne pour demander "la nationalisation définitive de Luxfer Gerzat et éviter le démantèlement de l'outil industriel". Elle a déjà enregistré près de 19 000 signatures.

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Commentaires
a écrit le 05/04/2020 à 13:29 :
Bravo à vous, tenez bon, belle idée d'informer par France 2 au journal de 13H. mon mari et moi vous soutenons. Allez de l'avant!
Bien à vous
Laurence et Jean RIBELLES
a écrit le 04/04/2020 à 10:30 :
bonjour, il vient d’être annoncé qu'il n'y aura pas de nationalisation de cette société.
est il possible de lancer un financement participatif pour créer une scop ?
on ne peut plus compter sur les politiques liberaux ils ont un logiciel périmé ,robotisé.
cordialement
Meyer
a écrit le 29/03/2020 à 11:37 :
Il est inconcevable de laisser disparaître cette entreprise, qui plus est rentable.
Pour repartir sur de nouvelles bases, je propose un nouveau nom à cette entreprise du genre "OXYMED" beaucoup plus parlant, moderne et positif.
Ancien cadre supérieur de l'industrie et du commerce, je me révolte du manque de réactivité de nos entrepreneurs face à de telle situations désolantes.
a écrit le 29/03/2020 à 11:36 :
Il est inconcevable de laisser disparaître cette entreprise, qui plus est rentable.
Pour repartir sur de nouvelles bases, je propose un nouveau nom à cette entreprise du genre "OXYMED" beaucoup plus parlant, moderne et positif.
Ancien cadre supérieur de l'industrie et du commerce, je me révolte du manque de réactivité de nos entrepreneurs face à de telle situations désolantes.
a écrit le 29/03/2020 à 1:57 :
Bonjour à tous,
Pourquoi attendre le soutien du Ministre de l'économie ? Et pourquoi pas celui du Président tant qu'on y est !? Leur logiciel est celui de la mondialisation, de la production à bas coût à l'étranger, pour maximiser les profits pour les actionnaires. C'est un point de vue qui se défend mais qui ne doit pas s'imposer à nous. On connait tous les limites de ce système qui profite à quelques uns et fait du tort à la majorité. Nous n'avons pas besoin du Ministre de l'économie, ni du Président de la République pour sauver cette entrprise. Pouvez-vous créer une coopérative ou une entreprise solidaire avec un financement participatif. Je suis prêt moi-même à mettre 10000 (dix-mille) euros dans l'aventure sans demander de dividende (juste pouvoir revendre mes parts en cas de besoin urgent). Il faut jusque que les acheteurs des hôpitaux et des services de soins s'engagent à acheter français avant tout (je suis d'origine étrangère et j'aime la France) et ne pas faire jouer la (fausse) concurrence européenne. J'ai un enfant qui a besoin d'une greffe coeur-poumon, impossible de trouver des masques médicaux depuis 2 mois. J'utilise des masques FFP1 de bricolage pour sortir ! C'est fini, je n'attends plus rien de ce gouvernement, ni des autres. Je prends les choses en main avec toutes les personnes de bonne volonté. Je ne sais pas faire des appels aux dons sur les plateformes de financement, ni faire des montages juridiques de coopératives industrielles. Mais, je pense qu'il y a des personnes qui doivent savoir faire cela. Prenez-vous en main bon sang. Le seul talent des politiques (sauf ceux qui sont sur le terrain) est d'arriver à nous faire croire que nous avons besoin d'eux. C'est l'inverse en vérité.
Je suis ingénieur. Je reste à votre disposition pour vous aider à monter ce dossier si besoin.
Bien cordialement.
a écrit le 28/03/2020 à 10:28 :
Bonjour,
Étant moi-même dans une forge Ardennaise en liquidation il y a un an et demi, je soutiens fermement la remise en route de toutes sociétés pouvant recréer de l'emploi et du tissus économique.
Il faut à tout pris faire bouger nos élus, et leurs prouver que c'est le meilleur moyen pour eux de se faire réélire...
a écrit le 28/03/2020 à 8:45 :
sursaut nécessaire ?
on veut , je veux y croire !
cette usine doit vivre en France
a écrit le 28/03/2020 à 0:41 :
la nationalisation est peut être une réponse rapide.. Il existe des possibilités d'investissement multiples et variées au regard de ce qui se passe dans certaines start up. l'important est que le capital soit majoritairement local (français) ainsi que le centre de décision. Le mal provient souvent que nous avons affaire a des managers mercenaires non a des patrons investisseurs.
a écrit le 27/03/2020 à 8:53 :
Si il est bien un moment où nous devons réagir et garder les productions françaises en fonctionnement c’est maintenant.
Merci à nos dirigeants de faire le nécessaire afin de ne pas laisser encore un peu de notre savoir être et savoir fait se désagréger à petit feu . Gardons nos emplois . N’est ce pas madame là ministre du travail
a écrit le 27/03/2020 à 7:59 :
Une belle leçon de correction pour les dirigeants d'entreprises françaises qui delocalisaient pour toujours rechercher le profit !
a écrit le 26/03/2020 à 11:25 :
les politiques aurais du y penser avant
au nom de l argent la france se laisse deshabiller sans reflechir
que cette situation permette de reflechir et que les gouvernants français
redressent la barre avant de penser a leurs privileges

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