Coworking, proworking : des alternatives pour loger ses équipes

 |   |  1332  mots
Wojo compte plusieurs espaces de coworking en France, dont 2 à Lyon.
Wojo compte plusieurs espaces de coworking en France, dont 2 à Lyon. (Crédits : DR)
Le coworking est-il devenu "la" solution pour trouver ses bureaux demain ? A l’heure où les prix de l’immobilier grimpent au sein des grandes métropoles, petites et grandes entreprises ont tendance à rechercher de nouvelles alternatives pour loger leurs équipes. Coworking, sous-location de bureaux, ou encore pro-working : la mutualisation des espaces de travail ainsi que l’accès à un panel de services rendent ces modèles attractifs, et inspirent de plus en plus les salariés.

Sous-louer un poste de travail, ou même un plateau de bureaux. Qu'il s'agisse de grands groupes, de PME ou de TPE, les entreprises ont désormais tendance à opter pour des formules de coworking ou de sous-location de bureaux lorsqu'elles doivent planifier la mobilité de leurs salariés. Romain Rostagnat, à la tête de la plateforme lyonnaise d'avantages à destination des salariés Club Employés, s'est lancé dans le partage de bureaux dès la création de sa société, il y a deux ans.

"Cela permet d'avoir de la flexibilité au démarrage, puisque l'on n'a pas à gérer de bail au quotidien, et d'être flexible ensuite quand on se développe", indique Romain Rostagnat.

Résultat : Club Employés a ainsi pu changer trois fois de locaux, à mesure que ses équipes sont passées de 2 à 25 salariés, tout en calculant son budget au plus serré, avec un prix fixé par poste de travail.

"Le coworking a commencé par se déployer en région parisienne, où les prix étaient très tendus, avec de petites entreprises qui avaient un fort besoin de flexibilité pour suivre leur croissance", se souvient Cécile Peghaire, responsable de la communication du groupe Bureaux à Partager (BAP).

Alors qu'à Paris, on ne compte plus les initiatives impulsées par de grands noms du secteur (WeWork, Kwerk, La Ruche, etc.), le marché s'avère aussi très dynamique en Auvergne-Rhône-Alpes, à commencer par Lyon, qui offre près d'une cinquantaine de lieux de coworking, mais aussi des centres urbains tels que Grenoble, Saint-Etienne, ou Clermont-Ferrand.

L'offre, très large, va des cafés-coworking aux espaces de grande taille (MorningCoworking, Wojo, etc), en passant par les centres d'affaires comme Regus, qui tentent de saisir la vague en lançant une franchise dédiée. Sans oublier les formules proposées par des incubateurs, pépinières, fablabs et autres tiers-lieux.

Des salariés qui franchissent le pas

La startup Wojo, une joint-venture entre Accor et Bouygues Immobilier, s'apprête quant à elle à mettre en place une nouvelle formule, proposant un large choix d'espaces de travail urbains labellisés (gares, hôtels partenaires, etc), contre un abonnement mensuel pour les entreprises. Son Ceo, Stéphane Bensimon rappelle que, bien que le marché du coworking ne représente encore que 1% de l'ensemble de l'immobilier de bureau en m2, sa croissance s'est multipliée par dix au cours des quatre dernières années pour atteindre 600 espaces à l'échelle de l'Hexagone.

"Lorsqu'un marché grossit aussi vite, la concurrence est agressive pour trouver de nouveaux immeubles".

Avec huit espaces à Paris et deux à Lyon, Wojo a déjà quatre nouveaux sites en projet, dont un à Barcelone. Des lieux qui tendent désormais à accueillir, en plus des freelances, une proportion non négligeable de salariés.

"Des entreprises arrivent chez nous pour héberger quelques salariés, et finissent même parfois par y installer leur siège. Elles se rendent vite compte des charges supplémentaires que représenteraient la gestion du ménage, des consommables, de la réparation de l'imprimante qui ne marche pas", observe Mathieu Genty, cofondateur de Cowork in Grenoble, dont la clientèle est composée pour moitié de salariés.

"Dans certains cas, ce sont même eux qui forcent un peu la main à leur employeur, en posant le coworking comme une condition à leur recrutement", poursuit Mathieu Genty.

En plus d'un environnement souvent jugé favorable au bien-être de leurs collaborateurs, un autre chiffre pourrait bien interpeller les employeurs. D'après une étude commandée l'an dernier par le loueur de bureaux Regus, le business du coworking pourraient générer 123 milliards d'euros de revenus potentiels d'ici 2030 en France, à travers des gains de productivité, une optimisation des coûts, ainsi que les recrutements de jeunes talents permis par ce mode de travail.

Du coworking au proworking

"Reste qu'à partir d'une certaine taille, les sociétés ont souvent envie de se sentir chez elles", nuance Cécile Peghaire.

Un constat qu'ont bien compris les acteurs du marché, qui proposent aussi des alternatives comme la sous-location de bureaux, ou encore le "pro-working", une nouvelle formule comprenant des espaces fermés plus confortables et personnalisables.

Après avoir lancé quatre espaces à Paris et Marseille, la jeune pousse Wellio, propriété de l'opérateur immobilier Covivio, devrait bientôt débarquer à Bordeaux, Milan puis Lyon (en 2021), en ciblant en particulier les grands comptes.

"Le mot coworking est un terme fourre-tout qui peut faire peur aux entreprises puisqu'il est souvent assimilé à un open-space bruyant", résume sa directrice, Céline Leonardi.

La jeune pousse propose donc des services et des espaces partagés comme des salles de réunion ainsi que des bureaux fermés.

"Nous offrons un lieu dans laquelle les marques peuvent développer leur propre culture, tout en partageant des espaces de convivialité". Un pari qui lui a permis d'attirer 70% de grands comptes au sein de sa clientèle.

En allant de pair avec la gestion "flex-office" en vogue au sein des grands groupes, ces pratiques ont pour effet de réduire le nombre de salariés présents en continu au bureau. Quant à penser qu'elles pourraient même avoir un effet durable sur le marché de l'immobilier de bureaux, il n'y a parfois qu'un pas...

"Cela permet déjà d'imaginer d'autres modèles que les baux commerciaux traditionnels en 3,6,9 ans", croît Cécile Peghaire.

Le tout, en transformant le visage des villes : "Nos espaces se situent à proximité des hubs de transports et des quartiers d'affaires qui se développent, ce qui nous permet d'attirer des entreprises dans ces nouveaux lieux", souligne Céline Leonardi.

Chez Wojo, Stéphane Bensimon fait le pari que cette offre n'est pas un effet de mode.

"On voit bien que les entreprises qui ont vécu dans ces espaces reviennent rarement sur des baux traditionnels, car il leur manque ensuite quelque chose", conclut-il.

Quid du lien émotionnel avec le bureau ?

Alors que la relation à l'entreprise dans sa globalité n'a de cesse d'être questionnée avec l'arrivée des nouvelles générations, l'essor des tiers-lieux et espaces de coworking peut-il avoir un impact sur le lien émotionnel qui se tisse entre un salarié et une entreprise, voire, plus largement, sur la souffrance au bureau ?

Pour Cécile Peghaire, responsable de la communication du groupe Bureaux à Partager (BAP), nul doute que "ces modes de travail ont un impact sur le lien avec l'entreprise, car ils instaurent des valeurs de confiance et d'objectifs à atteindre, plutôt qu'un management présentiel".

Pour pallier à l'éloignement, cette dernière observe que les managers ont ainsi tendance à mettre sur pied des événements afin de rassembler leurs équipes et de conserver le sentiment d'appartenance.

"Ces lieux semblent intéressants pour les possibilités qu'ils offrent de réenchanter le travail, de réinvestir autrement les notions de la communauté et du collectif, mais aussi de questionner les modes de fonctionnement", estime Hélène Picard, enseignante-chercheuse et membre de la Chaire Territoires en transition de Grenoble Ecole de Management.

Celle-ci rappelle que des recherches récentes démontrent que la présence de tiers-lieux permettrait ainsi de réintroduire une plus grande satisfaction et engagement des salariés au travail.

"Cela amène aussi à être vigilant sur les nouvelles frontières de l'organisation, et notamment sur le rapport au temps et à l'équilibre vie-travail, ainsi que sur les conséquences du management à distance, puisque l'on peut aussi observer des effets néfastes liés à l'absence d'un manager".

Si plusieurs grands groupes utilisent le coworking pour doper leur innovation en s'ouvrant vers l'extérieur, cela peut aussi avoir un effet sur la culture développée en interne, à certaines conditions.

"Les pratiques véhiculées au sein du coworking peuvent s'intégrer et même venir nourrir la culture d'entreprise, à condition que celle-ci intègre elle-même, dans ses valeurs, le bien-être des collaborateurs", nuance Stéphane Bensimon, président et Ceo de Wojo.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 24/01/2020 à 10:53 :
Votre article est très intéressant. En ma qualité de dirigeant d’une société en stratégie immobilière et d’ancien directeur immobilier d’un grand groupe français, je partage un certains nombre des points développés.
Néanmoins j’ai quelques remarques de fond.
Tout d’abord, le modèle économique aujourd’hui n’est pas rentable. Les entreprises clientes semblent y voir leur compte (quoique : voir ci dessous) mais le prix de l’immobilier ne fléchira sans doute pas pour autant. Aussi, le poids du prix au m2 devra être supporté par le Bailleur qui nécessairement le répercutera au Preneur. Une fois les locaux (ou les différents postes) pleins, le chiffre d’affaires atteint son seuil maximal.
La flexibilité, l’agilité d’une telle stratégie est tentante tant pour les salariés que pour l’entreprise qui y voit une manière , non seulement d’apporter un avantage en nature à ses salariés, mais également d’amélioration son recrutement. Attention néanmoins : la dé-socialisation des salariés, elle, va à l’encontre de l’agilité ! Les Visio-conférences ont atteint leur limite et beaucoup d’entreprises reviennent à des modes de rencontres plus classiques sauf si l’éloignement est trop important entre les salariés (moins de déplacement : moins de perte de temps et moins de frais). Cette dé-socialisation amène également à un phénomène d’éloignement du salarié à l’appartenance de son entreprise. Pourtant, la motivation est le facteur clé pour l’entreprise d’avoir la certitude que ses salariés sont pleinement productifs car ils aiment ce qu’ils font, mais aussi pour QUI ils le font.
Enfin,  « at last but not least », le ci-working risque fort de ne pas beaucoup réduire les m2 de l’entreprise. Le modèle de cette, pourtant, belle idée, devra aussi prendre en compte que les salariés à distance doivent aussi se rendre de temps en temps dans un bureau plus classique au sein même des locaux de l’entreprise, provoquant de ce fait... des frais de déplacement non prévus dans le modèle économique et un besoin d’espace pour les accueillir.
Ainsi, cette stratégie est séduisante au premier regard à n’en pas douter. Elle est également tout à fait applicable en prenant compte l’ensemble des paramètres, y compris ceux qui sont plus difficiles à appréhender. Cette idée n’est donc pas à appliquer sur un coup de tête : une véritable étude stratégique doit être réalisée selon la taille de l’entreprise, son schéma directeur, ses finances et ses richesses humaines (je n’ai personnellement pas le terme ressource pour les hommes et les femmes).
Je reste à votre disposition pour débattre du sujet.
A. GERNAIS
Altimède Stratégie
Www.altimede-strategie.fr

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :