"Le système n’est pas favorable aux startups industrielles" (Eléonore Blondeau, CleanCup)

 |   |  674  mots
(Crédits : DR)
Malgré une vraie reconnaissance dans l’écosystème lyonnais, avec de nombreux prix et concours à son actif, celle qui était considérée comme une pépite locale, CleanCup, n’a pas réussi à passer la phase de la pré-industrialisation. Liquidée, elle a été reprise par le groupe Proplast. Sa fondatrice, Eléonore Blondeau, revient pour la Tribune sur ces derniers mois tourmentés.

Le regret est perceptible, l'émotion réelle, mais Eléonore Blondeau garde la tête haute.

"J'ai fait tout ce que j'ai pu mais je n'ai pas réussi à prendre une autre voie, fin octobre, que celle de la liquidation judiciaire. Cet échec me servira de leçon. S'il y a une prochaine fois, je ne referai pas les mêmes erreurs", lance-t-elle, comme un défi.

Des fonds d'investissement réticents

Diplômée de l' emlyon business school et formée à la comptabilité/gestion, elle avait fondé CleanCup fin 2015 avec un créneau : la fabrication de machines destinées à collecter, laver et redistribuer sur place des verres réutilisables dans les entreprises, campus et collectivités.

Après deux ans de R&D, financés notamment par les nombreux concours et subventions remportés, elle avait convaincu plusieurs grands comptes et avait installé en 2018 ses premières machines : Métropole de Lyon, SNCF, Air Liquide, Nestlé, Assystem... Début 2019, elle était entrée dans une nouvelle phase, celle de la pré-industrialisation. Une phase nécessitant une levée de fonds de 3 millions d'euros.

"J'ai d'abord cherché un professionnel pour m'aider dans cette démarche. Sans succès !", se souvient-elle.

Devant l'urgence, elle a donc décider de se lancer seule et a enchaîné les rendez-vous pendant trois mois avec des financiers et des fonds d'investissement à impact.

"Ils ont tous semblé intéressés au premier abord mais aucun n'a donné suite. Je ne représentais pas une startup digitale, cette levée de fonds n'était pas destinée à financer du marketing ou de la communication. Je ne correspondais pas aux critères des financiers en face de moi", souffle la jeune entrepreneure.

"Pour une levée de 3 millions dont la moitié en equity, ils réclamaient un chiffre d'affaires d'au moins 1 million d'euros. Et peu importait que nous ayons 5 à 10 appels entrants de clients potentiels chaque jour et déjà 500 000 euros de commandes fermes, peu importait que nous ayons des brevets et un savoir-faire unique au monde, personne n'a voulu prendre le risque", lâche-t-elle.

"Or, j'avais besoin de cet argent pour lancer la pré-industrialisation et honorer ces commandes... Deux fonds auraient pu se lancer mais ils exigeaient qu'un industriel participe aussi au tour de table. D'une part, ce n'était pas mon projet à l'époque et d'autre part, cela aurait êté beaucoup trop long, nous n'avions plus le temps".

Elle assène :

"La vague startups a été créée sur le digital. L'eco-système aussi. C'est en train de changer, avec une adaptation à l'industrie, mais ce problème de financement au moment de la pré-industrialisation impacte encore beaucoup de startups industrielles".

Des lacunes en finance

La fondatrice de CleanCup reconnait néanmoins ses points faibles.

"Je n'avais aucune expérience dans le domaine de la finance. Cela m'a desservi, c'est certain. Mon discours n'a pas réussi à donner confiance aux investisseurs. Face à des problèmes de trésorerie importants et au changement des conditions de paiement d'Imeca (l'entité innovation de Michelin accompagnant la startup), je n'ai pas pu faire autrement que de déposer le bilan le 8 août dernier".

CleanCup a finalement été liquidée fin octobre, et reprise par le groupe Proplast, via sa filiale stéphanoise GreenCup qu'il avait rachetée en 2017. Avec 650 salariés et un chiffre d'affaires de 165 millions d'euros, Proplast avait également acquis, sur le même secteur d'activité, Ecocup en 2018, Cup to drink et Green Gobelet. Il détient par ailleurs Nutripack et Mecapack sur les métiers du conditionnement.

Trois des six salariés de CleanCup n'ont pas souhaité suivre le mouvement. La capitaine du bateau, Eleonore Blondeau, poursuit, elle, l'aventure avec Proplast en tant business developer. Malgré les regrets, elle tire un bilan positif de l'aventure.

"J'ai grandi professionnellement et personnellement. J'avais créé CleanCup en mode projet, à la fin de mes études, car je ne savais pas exactement quel poste j'avais envie d'occuper. Maintenant je sais : le business development et tout ce qui touche à l'innovation à impact".

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :