"A l'image du sport, il faut savoir s'arrêter au bon moment et préparer la suite" (Jean-Marc Pambet, Salomon)

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C'est avec le sourire que Jean-Marc Pambet aborde une nouvelle étape de sa vie professionnelle, non sans émotion face au bilan de son aventure Salomon.
C'est avec le sourire que Jean-Marc Pambet aborde une nouvelle étape de sa vie professionnelle, non sans émotion face au bilan de son aventure "Salomon". (Crédits : DR)
Après 34 années passées au sein de la Marque Salomon, l’actuel président de Salomon, Jean-Marc Pambet, évoque pour La Tribune sa volonté de transmettre les clés de l’entreprise au 1er janvier prochain à son successeur, Michael White, actuel Chief Commercial Officer d’Amer Sports. Il revient, non sans émotion, sur le développement de la société, à l’origine familiale, qui a gravi des échelons pour devenir désormais une marque globale.

La Tribune : Vous venez d'annoncer votre départ de la marque Salomon, au sein de laquelle vous avez passe une grande partie de votre carrière. Dans quel contexte ce départ s'inscrit-il ?

Jean-Marc Pambet : Salomon est la plus grosse marque du groupe Amer Sports, qui a elle-même été rachetée il y a six mois par un consortium sino-canadien. Elle représente près de 850 millions d'euros du chiffre d'affaires, sur 2,7 milliards d'euros pour le groupe. L'ensemble du groupe Amer Sports a été racheté en avril dernier par un consortium mené par le chinois Anta, une entreprise familiale qui s'apprête elle-même à devenir un leader devant des sociétés comme Nike ou Adidas en Chine. C'est dans le cadre de cette acquisition que nous avons mené un travail sur la constitution d'un nouveau plan de route pour Salomon à l'horizon 2025, avec un développement attendu sur le marché des chaussures et du textile mais aussi des sports d'hiver, notamment en Chine. La piste est donc damée pour les mois à venir, avec une phase d'accélération à venir. Je suis très heureux et serein de passer le relais maintenant, car je suis certain que Salomon est sur de bons rails."

Si jusqu'ici le calendrier de la marque semblait indissociable de celui de son président, vous évoquiez pour la première fois vous-même votre nouvel horizon...

"Les nouveaux propriétaires du groupe ont souhaité monter une équipe qui portera ce projet jusqu'en 2025. Ayant moi-même eu 60 ans cette été, j'avais plutôt planifié mon propre horizon au sein de l'entreprise jusqu'en 2021, afin de pouvoir m'engager sur d'autres projets ensuite, combinant du sport, des voyages, mais aussi des activités en lien avec des associations et ONG. A l'image du sport, il faut savoir s'arrêter au bon moment et préparer la suite. Des discussions intelligentes et respectueuses se sont donc mises en place avec l'équipe de direction en vue de me trouver un successeur. Je partirai ainsi au 1er janvier, après 34 ans de Salomon et en fait en tout juste mes 10 années de présidence. C'est une fierté d'avoir été le plus long président de la marque après Georges Salomon, et d'avoir également été le dernier à collaborer avec lui physiquement. S'ouvre désormais une nouvelle page de l'histoire de la marque."

Vous parlez d'une succession « bien organisée » et aviez déjà salué le travail de votre successeur, qui possède selon vous « toute les connaissances et l'expérience » nécessaires ?

"Mon successeur Mickaël White est en effet présent depuis 15 ans au sein du groupe Amer Sports, et collabore au comité exécutif depuis 11 ans. C'est un anglais qui a vécu près de 20 ans en France et qui avait eu avant cela une carrière au sein de la mode, du textile et de la gestion de marque, qui sont des compétences importantes pour Salomon. Cette décision est issue d'un choix du conseil d'administration, mais avec lequel je travaille en collaboration. Nous avons gagné, avec nos partenaires chinois, une grande confiance : si j'avais pensé qu'il s'agissait d'un mauvais choix pour l'entreprise, je leur aurais dit. J'ai contribué à ce nouveau plan stratégique 2025 comme s'il c'était le mien. Cette transition va ainsi contribuer à renforcer encore la puissance de la marque Salomon."

Quel bilan dressez-vous de l'évolution de Salomon depuis votre arrivée ?

"J'ai vécu un certain nombre de transitions, d'abord de la famille Salomon en 1985 à la vente à Adidas en 1998, puis à l'arrivée du groupe Amer sports en 2005. Avec, au cours de ces périodes, des étapes importantes, telle que la décision de Georges Salomon en 1990, de prendre un directeur général et un président à sa place afin de prendre du recul, ou encore que la famille se retire de l'entreprise en 1998 afin d'assurer son futur, et il avait raison. Aujourd'hui, Salomon est une marque de sport d'hiver qui a réussi sa transformation stratégique en devenant également une marque de chaussures de sport et de textile, qui représente aujourd'hui 70 % de son chiffre d'affaires. Et l'on n'en a pas encore fini puisque l'objectif est de continuer à développer cet univers."

Le passage à des actionnaires de plus grande taille était-il selon vous une condition nécessaire pour réussir ce passage à l'échelle ?

"Il est certain que nous ne l'aurions jamais fait si l'actionnariat était resté purement familial. Mais tout cela découlait d'une vision de Georges Salomon qui, dès les années 90, allez fait le pari de lancer la chaussure pour entrer sur le marché du textile et des « soft goods », qui a pu se concrétiser 10 ans après avec l'arrivée d'Adidas. Nous avons connu un parcours capitalistique très réussi, et nous en sommes aujourd'hui à une nouvelle étape : même si notre actionnaire reste Amer Sports, l'arrivée d'acteurs chinois au sein de son capital va nous aider. Il existe parfois une lecture négative lors de tels changements, mais pour moi, cette démarche -que je vis déjà depuis six mois- est très positive pour la marque et va nous donner des clés pour adresser le marché chinois.

Contrairement à d'autres entreprises de Haute-Savoie qui ont pu être rachetées par des investisseurs ayant ensuite voulu positionner des équipes asiatiques, le management d'Amer Sports et de Salomon reste en l'état, mais avec un plan stratégique et une vision clairement définie que nous avions bien travaillé en amont."

De même, le rôle du siège de la marque, situé à Annecy, est-il lui aussi confirmé ?

"Il existe toujours la volonté de faire demeurer « le camp de base » à Annecy, même si, en parallèle, des ancrages régionaux pourront également se développer ailleurs, comme le fait de positionner des ressources en design demain aussi bien à Paris, qu'à Los Angeles, et potentiellement Tokyo. Mais le site d'Annecy va bien entendu demeurer et se développer. Car si l'entreprise venait un jour se délocaliser, on en perdrait l'histoire de la marque, qui demeure implantée au sein de l'une des plus grandes "Mecques" du marché outdoor, qu'est le bassin d'Annecy."

 Quelles vont être les grandes étapes de la transition à venir ?

"J'ai d'abord tenu à annoncer la nouvelle à l'ensemble de nos équipes, à travers un speech que j'ai fait le 5 novembre dernier. Michael est quant à lui venu mardi dernier sur le site pour les rencontrer, et prendra ensuite officiellement la direction le 1er janvier prochain. Cela fait déjà trois, quatre mois que nous travaillons ensemble et il ne sert à rien de réaliser des transitions très longues car on ne peut pas être deux dans le même fauteuil. Je serai toujours disponible et pas très loin si cela est nécessaire, mais Michael est déjà patron de l'organisation des ventes et connait bien ses sujets. Il déménagera d'ici la fin d'année de Paris pour être basé Annecy."

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