Patrick Martin : "Je veux remettre un patron à la tête du Medef"

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L'actuel et ancien [de 2007 à 2011] président du Medef Auvergne-Rhône-Alpes, âgé de 57 ans, veut mettre fin aux flottements inhérents à la présidence Gattaz et restaurer un leadership durement éprouvé.
L'actuel et ancien [de 2007 à 2011] président du Medef Auvergne-Rhône-Alpes, âgé de 57 ans, veut mettre fin aux "flottements" inhérents à la présidence Gattaz et restaurer un leadership "durement éprouvé". (Crédits : Laurent Cerino/ADE)
Auto-proclamé porte-parole des "petits et des sans-grade", le président du Medef Auvergne Rhône-Alpes et président de l’ETI Martin Belaysoud Expansion, qui brigue la présidence du syndicat patronal, fait de sa faible influence au sein de la gouvernance l’un des axes cardinaux de sa candidature : démonter le système pour revitaliser la réputation et le "leadership" de l’organisation.

"Oxygéner le Medef ". Voilà à quoi Patrick Martin veut s'employer s'il est élu. Oxygéner, mais aussi, en filigrane, extraire l'organisation des vicissitudes qui à ses yeux depuis plusieurs années altèrent sa crédibilité et sa réputation. Citons pêle-mêle un assujettissement au "tout dialogue social", des turpitudes internes et des pratiques opaques dont la fameuse réunion du 11 décembre scellant la mise à l'écart de Jean-Dominique Senard fut une "énième" démonstration, une dichotomie industrie services toujours vivace et "insupportable", l'incapacité "de la tête" de s'imposer et de "trancher", déléguant aux permanents des responsabilités inappropriées...

Bref, le président de Martin Belaysoud Expansion veut mettre fin aux "flottements" inhérents à la présidence Gattaz - auquel il reconnaît toutefois la malchance d'avoir dû composer avec un environnement politique "longtemps hostile aux entreprises » - et restaurer un leadership "durement éprouvé".

"Partout chez les adhérents, notamment au sein des territoires, le même diagnostic m'est rapporté, assure-t-il. Le Medef ne peut plus être, aux yeux de ses interlocuteurs institutionnels, syndicaux, politiques, et surtout de ses membres, le 'parrain' d'un système aujourd'hui dépassé. Son image, sa cohésion et son champ de décision comme d'influence doivent être revitalisés."

Patrick Martin

Son ETI, clé de sa légitimité

L'actuel et ancien [de 2007 à 2011] président du Medef Auvergne-Rhône-Alpes, âgé de 57 ans, a longuement mûri son projet de candidature, qui a éclos au printemps 2017. Fruit d'une "frustration partagée avec des homologues territoriaux", elle a pris place au moment où son groupe connaît une organisation managériale et des performances inédites.

Lire aussi : Patrick Martin (Medef Auvergne Rhône-Alpes) : "J'ai été élu sur mon discours industriel"

En 2018, une fois Anjac CSI intégralement absorbé, le groupe bressan de négoce et de distribution "B to B" dans l'industrie et le bâtiment devrait atteindre 710 millions d'euros de recettes et "tripler ses résultats". En trente ans, la société familiale aura vu son chiffre d'affaires multiplié par 13 et les effectifs décuplés. Et c'est en premier lieu sur le succès de cette ETI [entreprise de taille intermédiaire, Ndlr] désormais déployée sur l'ensemble du territoire national que l'ex-président du Medef de l'Ain fonde "la légitimité" de sa candidature.

Interprofessionnalité et oecuménisme

Le patron-d'entreprise-qui-veut-remettre-un-patron-aux-commandes-du-Medef égraine d'autres arguments : sa "sensibilité pour l'engagement collectif", un ego "largement contenu, comme le démontrent par le passé mes distances d'avec les opportunités de carrière institutionnelle", un "sens de l'ouverture et du pragmatisme qui régénérera le Medef" et un tempérament entier et déterminé qu'il veut exprimer pour désarmer les séides et profiteurs "du conservatisme et du système". Mais peut-on bien "désembourgeoiser" et même dépecer un système dont on est soi-même issu ? "J'y crois", affirme-t-il malicieusement en référence à la trajectoire d'Emmanuel Macron.

Ses adversaires déclarés (voir encadré) ou en préparation supposée de candidature ? Ce "Senard-compatible" affirme n'en craindre aucun. Ses appuis ? En premier lieu les présidents de Medef territoriaux (Paca, Île-de-France, Bretagne, Normandie, Corse, Grand Est). Son "public" ? "Ceux qui veulent échapper aux compromissions et au diktat de certaines fédérations toutes puissantes, c'est-à-dire les "petits et sans-grade", ainsi considérés par l'establishment et que je suis fier de représenter". Son leitmotiv : une culture de l'interprofessionnalité et de l'oecuménisme qu'il oppose aux logiques, "sectorielles et partisanes", auxquelles peuvent se soumettre naturellement les candidats issus des branches.

Patrick Martin

Le mois de mars, "zone de risque"

Une grande partie de son avenir se jouera en mars. À ce moment en effet seront constituées les nouvelles compositions du conseil exécutif d'une part, d'autre part de l'assemblée générale, deux instances au sein desquelles ses appuis et son influence sont aujourd'hui et devraient être demain significativement limités. Or, traditionnellement, les préconisations du conseil exécutif après audition des candidats conditionnent fortement voire dictent l'issue de l'élection.

Cette objective "zone de risque", ce fin tacticien ne l'élude pas, mais se refuse pour autant à la considérer comme rédhibitoire. "Faire la démonstration que l'on est étranger aux "petits arrangements" de l'appareil peut se révéler une force, plaide-t-il. Tout est ouvert". Verdict en mai.

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Patrick Martin, ses dates clefs :

  • 3 mars 1960 Naissance de Patrick Martin.
  • 1981 Diplômé de Sciences Po Paris.
  • 1983 Diplômé de l'Essec.
  • 1984-1987 Exerce au Crédit national (désormais intégré à Natixis).
  • 1987 Rejoint le groupe familial Martin Belaysoud Expansion.
  • 2007-2011 Président du Medef Rhône-Alpes.
  • 2015 Acquisition d'Anjac CSI.
  • 21 juin 2016 Président du Medef Auvergne-Rhône-Alpes.
  • 5 décembre 2017 Candidat à la présidence du Medef.

Encadré Medef

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Commentaires
a écrit le 23/01/2018 à 23:17 :
Remettre un patron à la tête du MEDEF ? Donc avant c'était de l'imposture ?
a écrit le 23/01/2018 à 15:52 :
"Oxygéner le Medef ".

Le Medef est-il vraiment représentatif des entreprises françaises? Difficile de le dire puisque le syndicat n'était pas concerné par la loi de 2008 (n° 2008-789 du 20 août 2008), qui prévoyait "une réforme de la représentativité syndicale, pour renforcer la légitimité des acteurs de la négociation en fondant celle-ci sur des critères rénovés, appréciés de façon périodique et incontestable, et reposant notamment sur la prise en compte de l'audience électorale". Les syndicats de salariés y avaient été, eux, soumis.Le Medef n'a donc pas à apporter de justification légale en termes de représentativité de son syndicat.Selon un rapport d'octobre 2011 du think tank Fondation Concorde, classé très à droite, le taux moyen d’adhésion à une organisation syndicale (Medef, CGPME, UPA) ne dépasse par les 8% (page 7 du rapport).
a écrit le 23/01/2018 à 11:39 :
LE MEDEF est devenu en effet un énième lobby économique des possédants comme il en existe des centaines, le concept ne peut qu'en être totalement dénaturé car insipide en perspective et l'objectif de départ oublié en effet.

Puis c'est vrai que ce serait bien qu'il y ai enfin des vrais patrons à la tête de ce syndicat et non des guignols médiatiques. ârce que Gattaz, à part son sourire ironique dont on est plus que repus, il a pas grand chose d'autre.

C'est un lobby qui se suffit seulement par sa seule puissance financière or l'argent n'est pas connu pour sa capacité d'analyse.

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