Serge Ferrari tisse sa toile durablement

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(Crédits : Acteurs de l'Economie)
Inventeur de la technologie “Précontraint”, leader de la filière des matériaux composites souples, le groupe nord Isérois a multiplié sa taille par dix entre 1992 et 2012. Concentré sur trois segments de marché, porteur d’innovations saluées notamment par les plus grands architectes de la planète, Serge Ferrari entame une nouvelle phase de croissance.

Les classifications des secteurs économiques ont la vie dure. Ainsi, Serge Ferrari reste une entreprise estampillée textiles techniques. Pourtant le textile, fut-il technique, a depuis bien longtemps presque totalement déserté les grands ateliers de la Tour du Pin. "Nous transformons chaque année 25 000 tonnes de matières premières dont un tiers de plastique PET et deux tiers de résines vinyliques, silicones fluorés et acryliques", égraine Sébastien Ferrari, président du groupe isérois capable de produire aussi bien les énormes toiles en composite servant de murs et/ou de toiture aux plus vastes édifices sportifs de la planète que les fines membranes de protection solaire ornant les yachts. Un savoir faire directement issu du virage en direction des matériaux composite pris par Serge Ferrari, père de Sébastien et Romain aujourd'hui aux manettes, dès la création de l'entreprise en 1974. "Mon père a débuté en allant sur le marché de l'architecture, notamment la couverture des stades à partir du Précontraint®, une technologie qu'il a mise au point et qui assure la stabilité dimensionnelle, la planéité et la pérennité des membranes composites. De là, l'entreprise a pris son envol au début des années 80 en se spécialisant dans des niches", retrace Sébastien Ferrari.

 

Les deux cocktails innovation et international

Exigeants, ces marchés de niche se décomposent aujourd'hui sur trois grands secteurs.
L'architecture, car en marge des couvertures d'édifices sportifs, le groupe est aussi présent sur la fabrication de matériaux permettant de réaliser des façades ventilées, des protections solaires, des plafonds acoustiques entre autres. Deuxième débouché, l'industrie est un secteur qui représente 32 % de l'activité de Ferrari, fournisseur entre autres du groupe GL
Events qui met en oeuvre ses membranes dans la fabrication de structures mobiles
événementielles. Le secteur de la bioénergie est aussi friand des membranes composites de Serge Ferrari qui deviennent des couvertures d'équipements destinés au traitement des eaux usées ou à la fabrication de bio gaz. Sans compter les fabricants de cloisons d'ateliers de confinement et bien d'autres. Enfin, plus de 30 % du chiffre d'affaires est réalisé auprès des fabricants d'outdoor et dans le design, notamment auprès des acteurs du yachting et du
mobilier d'extérieur. Autant de marchés demandant une capacité d'innovation sans limite et un développement commercial à l'échelle mondiale. "Pour chacune de ces niches, nous avons une offre très large afin de pouvoir répondre aux besoins de nos clients. C'est pourquoi, nous devons avoir une présence mondiale, sinon nous ne pourrions pas vivre. Cela étant, la stratégie est gagnant/gagnant. Nos clients sont certains d'avoir la réponse à leurs attentes et nous, nous réalisons des marges nous permettant de continuer à innover", résume le président de Serge Ferrari qui consacre chaque année entre 3 à 5% de son chiffre d'affaires à la R&D. De quoi conserver une longueur d'avance sur la concurrence, et entretenir une réputation sans faille aux quatre coins du monde. Depuis plus de 20 ans, le
groupe de la Tour du Pin est ainsi présent sur tous les grands rendez-vous sportifs. Des Jeux olympiques aux Coupes du monde et Euro de football en passant par les Jeux Pan Américains et les Grands Prix de Formule1, nombreux ont été les stades et autres infrastructures à avoir été équipés par le groupe. "Ces grands événements représentent une part presque négligeable de notre chiffre d'affaires, mais ils sont primordiaux car ils nous permettent de travailler avec des architectes de renom, d'enrichir nos savoir-faire et ensuite de valoriser ces expériences sur des marchés plus classiques, commente Romain Ferrari, directeur général de l'entreprise. Ce sont chaque fois des défis, car les projets sont toujours uniques et les niveaux d'exigence très élevés". En marge des équipements dédiés au sport, les membranes de Serge Ferrari équipent également bien d'autres édifices, tels que les
Archives nationales de Pierrefitte-sur-Seine, les grandes serres du jardin botanique de Singapour ou encore le centre thermal de Belzig en Allemagne et le siège social de Novartis à Bâle.

 

Tout intégrer pour mieux maîtriser

Pour relever ces défis, les deux frères ont fait le pari de l'intégration verticale. Les micros câbles PET servant en quelque sorte de trame aux membranes sont produits en Suisse à Lucerne, dans une unité à l'origine détenue à parité avec Rhodia et dont Serge Ferrari a pris le contrôle total il y a quelques années. Chaque produit est ainsi conçu et fabriqué de A à Z au sein du groupe, qui compte quatre sites industriels en Europe (La Tour du Pin ; Lucerne et
Zurich). Pour être certain de disposer de technologies uniques, le groupe isérois a même intégré son fabricant de machines. "Pour innover, nous avons besoin de machines très spécifiques, donc nous les développons en interne chez CI2M, notre filiale qui travaille
également pour d'autres clients, mais uniquement actifs dans d'autres secteurs d'activité que le nôtre", précise Sébastien Ferrari. Et pour ne vraiment rien laisser au hasard, les collaborateurs sont formés en interne à la maitrise des process maison. Process
qui pour la plupart ne sont pas brevetés, histoire de garder la main sur les technologies
hautement innovantes que Sébastien Ferrari qualifie de "nerf de la guerre". "Nous sommes obnubilés par la croissance durable de notre entreprise. Peu importe la taille qu'elle aura à l'avenir, nous voulons l'inscrire dans un développement rentable sur le long terme", martèle-t-il. Passage obligé et délibérément choisi pour maintenir ce cap: rester concentré sur trois marchés. "Nous nous interdisons de sortir des trois divisions sur lesquelles nous travaillons
pour ne pas perdre notre capacité d'innovation et notre faculté de différenciation vis-à-vis de la concurrence".

 

Membranes 100 % recyclables

Si Sébastien et Romain Ferrari revendiquent une vision très claire du développement de leur business, ils avouent en revanche avoir longtemps "mal dormi en cherchant comment résoudre le problème du devenir des matériaux". Encore une préoccupation de durabilité que les dirigeants de Serge Ferrari ont résolu, au début des années 2000, en inventant une technologie en mesure de dissocier les matières du composite afin de recréer des matières premières simples. Mis au point avec Solvay, le procédé Texiloop permet de recycler les membranes qui deviennent des fibres polyester et des granulés PVC. Des matières premières
de qualité comparable à celles d'origine. Dans l'usine italienne de Vinyloop à Ferrare, le groupe recycle de plus en plus de membranes en fin de vie grâce à un réseau de collecte de ses propres toiles, mais aussi de celles d'autres acteurs. "Nous consacrons chaque année environ 1% de nos revenus aux sujets environnementaux qui font partie de l'ADN de l'entreprise. Le recyclage prend une place importante. Nos matériaux ont aussi un rapport poids/performance très intéressant, permettant de construire des structures très légères, donc facilement transportables et surtout peu consommatrices de ressources", explique Sébastien Ferrari. Précurseur puisque le procédé Texiloop a vu le jour il y a plus de 10 ans, l'ancrage environnemental est également de plus en plus porteur d'affaires. "Pour les JO de
Londres, le maître d'ouvrage a mis l'accent sur la protection de l'environnement et sur la
réversibilité des structures. Certaines ont été démontées, d'autres réduites. Nous n'aurions
certainement pas remporté ce marché si nous n'avions pas su assurer ce service, grâce au
recyclage de nos membranes", assure le président.

 

Cap sur une croissance soutenue

Cet ancrage environnemental conjugué à une stratégie résolument axée sur l'innovation a permis aux dirigeants de Serge Ferrari de multiplier la taille de l'entreprise par 10 sur la dernière décennie. Une satisfaction, mais surement pas un aboutissement. "Depuis 2007, la crise nous a permis de marquer un palier de croissance. Ces dernières années, nous avons amélioré notre performance interne, notre rentabilité et désendetté la société. Nous sommes prêts pour repartir sur une croissance soutenue", annonce Sébastien Ferrari qui se dit ouvert
à toute forme de croissance et à toute technique de financement de ce développement.
L'entrée au capital à hauteur de 2% de CMCIC Capital Finance (ex-Banque de Vizille), il y a quatre ans, confirme la stratégie à venir, sans pour autant la figer. De même si jusque là les dirigeants ont privilégié la croissance organique - rachetant toutefois une unité de production à Zurich et le procédé Batyline de Taraflex Gerflor, référence en matière de textiles pour mobilier associant légèreté, design et résistance - ils ne s'interdisent pas la croissance externe. Même si Sébastien Ferrari s'empresse de préciser que son entreprise planche en interne actuellement sur de nouvelles applications en cours de développement, "dont une vingtaine sous forme de contrats de confidentialité avec des clients". En ligne de mire, des débouchés encore insoupçonnés. Et une certitude : ceux-ci ne seront exploités que s'ils sont
porteurs de croissance durable et de marchés de niche dans l'une des trois divisions du groupe. 

 

 

 

 

 

 

 

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