La Métropole, territoire d’expérimentation sur l’insertion

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Christophe Lafoux et Vincent Beley
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Christophe Lafoux et Vincent Beley (Crédits : DR)
La Métropole de Lyon s’est dotée de nombreux dispositifs pour favoriser l’insertion des personnes éloignées de l’emploi. L’enjeu est de connecter les besoins des entreprises et les profils de demandeurs. Aujourd’hui, les premiers effets de cette politique se font sentir. Explications avec Vincent Beley, directeur de la Maison métropolitaine d’insertion pour l’emploi et Christophe Lafoux, directeur insertion et emploi à la Métropole de Lyon.

Quel constat pouvons-nous dresser de l'insertion sur le territoire de la Métropole ?

Vincent Beley : Globalement, nous sommes sur un territoire dynamique en termes de création d'emplois. Le taux de chômage est en nette baisse mais cela n'entraine pas automatiquement la baisse des difficultés pour les bénéficiaires du RSA, les personnes qui habitent dans les quartiers prioritaires, celles qui ont un très faible niveau de formation ou une mauvaise maîtrise de la langue ont encore du mal à trouver un travail. Auprès d'eux, nous avons à cœur d'être efficace pour faire bouger les choses.

Christophe Lafoux : Nous sommes clairement identifiés comme un territoire qui expérimente beaucoup de choses. Nous sommes même en pointe sur certains exemples comme le Plan Pauvreté. Concernant l'insertion, notre force est d'allier insertion et développement économique. Nous arrivons à nous réinventer et c'est souligné. Mais, en effet, le nombre de bénéficiaires du RSA se stabilise. Il ne décroît pas. Cela s'explique car la Métropole de Lyon est attractive. On doit donc gérer une population très variée et quand la population est en hausse, le nombre de personnes qui bénéficient du RSA ou de Pôle Emploi, a tendance à augmenter aussi.

Quels sont les différents dispositifs mis en place en faveur de l'insertion sur le territoire ?

CL : Nous avons défini une feuille de route, Le programme métropolitain d'insertion pour l'emploi, qui donne la vision, le plan d'action et fédère les intervenants institutionnels (Etat, Caf, Pôle Emploi) et les associations. La volonté est de reconnecter entreprise et insertion et faire en sorte que les dirigeants s'impliquent, prennent en compte les besoins des personnes éloignées de l'emploi. Cela se concrétise par le développement des clauses d'insertion dans la commande publique, le lancement de la Charte des 1000 et la création des chargés de liaison entreprise emploi (CLEE) qui aident concrètement les entreprises à développer des actions d'insertion.

Nous soutenons également les démarches innovantes portées par le tissu associatif. Nous savons qu'il est nécessaire d'avoir des structures d'accompagnement pour aider les personnes en insertion à retrouver des compétences, des savoirs faire, des savoirs être, en lien avec des métiers émergents ou des marchés porteurs.

Enfin, nous avons repensé et transformé l'accompagnement des personnes éloignées de l'emploi pour qu'elles soient plus vite et mieux accompagnées vers un retour à l'emploi.

Comment accélérer ce retour à l'activité ?

CL : La Métropole a lancé des appels à projet sur des métiers innovants d'accompagnement et nous avons mis en place des outils d'échanges et pratiques dédiés aux professionnels de l'insertion. Par exemple : un extranet et l'organisation d'une journée des professionnels de l'insertion tous les ans. Cela permet de croiser les regards, de voir les différentes pratiques, de rencontrer des acteurs économiques. Et de diffuser l'innovation des pratiques.

Quelle place a la MMI'e dans cette démarche ?

VB : Il y avait le besoin de créer un opérateur commun, de proximité, pour faire le lien avec les différents acteurs de l'insertion : la Métropole, les communes, les acteurs associatifs, le monde économique mais aussi l'État, la Région et la CAF. La MMI'e est l'outil opérationnel dédié à l'insertion.

Notre mission est triple : mobiliser les entreprises en direction de l'emploi et l'insertion via la Charte des 1000. Aujourd'hui, nous comptons 987 entreprises signataires, c'est très encourageant. Elles s'engagent à développer des actions concrètes en faveur de l'insertion. Nous travaillons sur les filières spécifiques : numérique, service à la personne, transition énergétique et industrie. Nous devons également faire en sorte que la communauté des acteurs de l'emploi de l'insertion soit mobilisée sur ces sujets. Enfin nous développons les clauses sociales dans les marchés publics. Cela permet à 2 000 grands lyonnais d'avoir un emploi chaque année.

Quelles sont les retombées ?

CL : Nous avons mené une évaluation avec un consultant extérieur. Le premier bilan montre que la mayonnaise prend. S'il faut retenir une chose c'est que le rapprochement et le lien entre les démarches d'insertion et les enjeux de l'entreprise se font. On a fait des questionnaires auprès de l'ensemble des acteurs (plus de 500). 79 % des entreprises estiment que les actions menées ont eu des effets sur leur collaboration avec les acteurs de l'insertion. Elles disent aussi que le CLEE facilite ce rapprochement avec le secteur de l'insertion (72 %). Ces deux univers ne se parlaient pas avant donc c'est une très bonne chose. En revanche, du côté des usagers, ils ne ressentent pas encore les efforts et le travail qui est fait autour d'eux. Ils expriment toujours des attentes fortes dans la façon de faire évoluer les modes d'accompagnement et le travail avec l'entreprise. Ils aimeraient que les entreprises recrutent plus les profils d'insertion et davantage de visibilité de ce qui est proposé.

VB : Au bout d'un an, nous allons remplir notre objectif de 1000 signataires pour la Charte des 1000. C'est un signe fort. Les entreprises s'impliquent. Notre rôle de guichet unique est identifié. Aujourd'hui, il faut aller plus loin avec une approche encore plus qualitative qui permette à chacun d'utiliser ce réseau.

Quelles sont les actions à venir ?

VB : Nous sommes à présent dans la conjonction des forces. Nous allons mobiliser, aux côtés de l'État, les entreprises autour des quartiers prioritaires. Ainsi, des stages de 3e seront proposés aux habitants des REP (réseau d'éducation prioritaire) et REP+. Le ministère du travail lance également un « Club Inclusion » sur le territoire et c'est la Maison Métropolitaine d'insertion pour l'emploi qui va le mettre en œuvre. Nous devrions ainsi avoir des moyens supplémentaires pour suivre les entreprises dans leur démarche d'insertion

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