"Marcher pour entreprendre", dans les pas des patrons

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Un des groupes de marcheurs jeunes et patrons durant la marche. Crédit : DR
Un des groupes de marcheurs jeunes et patrons durant la marche. Crédit : DR (Crédits : DR)
Du 13 au 16 juin, 10 chefs d'entreprise et 10 jeunes en insertion sont partis randonner ensemble dans le massif du Chablais, en Haute Savoie. C'était une première en France. Mardi les participants de l'opération « Marcher pour entreprendre » ont dressé un premier bilan.

La démarche n'avait encore jamais été tentée. Durant trois jours du 13 au 16 juin dernier,10 chefs d'entreprise et 10 jeunes en insertion sont partis pour une randonnée ensemble dans le massif du Chablais en Haute-Savoie. Tel était le concept de l'opération « Marcher pour entreprendre ». Mardi, les différents partenaires ont dressé un premier bilan plutôt positif.

Une logique pédagogique

Initiée dans une programme de prévention de la délinquance, cette marche a été pensée conjointement par le MedefLyon-Rhône, la préfecture du Rhône et la direction territoriale de la protection de la jeunesse. L'objectif étant de rapprocher des univers totalement antagonistes.Tous âgés de moins de 20 ans, ces jeunes ont eu affaire à la justice, mais étaient motivés pour rebondir comme le précise Hakim Tidouch, conseiller technique de la protection judiciaire de la jeunesse :

« Il n'y a pas eu de sélection en fonction des infractions commises. C'est le positionnement sur des formations, sur un projet professionnel qui a été déterminant.Cela s'inscrit dans une logique pédagogique. Dans l'idée, c'est toujours plus facile de créer des conditions d'échanges quand on marche. Mais pour des jeunes comme eux, un chef d'entreprise, c'est intouchable. Ce sont deux mondes qui ne se fréquentent pas, donc c'était une occasion à saisir ».

Apprendre à se connaître

Encadrés par des accompagnateurs en montagne et des éducateurs, jeunes et entrepreneurs ont cheminé sur les sentiers, bivouaqués ensemble, partagés les repas. Avec trois groupes de marcheurs au départ, au fil des pas des affinités sont apparues et des binômes se sont constitués. Les barrières sont alors tombées. « On est parti 10 jeunes et 10 patrons et on est arrivé à 20. Ce n'est pas souvent qu'on a l'occasion de croiser des patrons. Au début, j'ai eu peur que le contact ne se fasse pas naturellement. J'avais une image sérieuse de gens avec qui on ne peut pas vraiment rigoler.»confie Gérald*. « Pour moi, l'image d'un patron, c'était d'abord quelqu'un avec beaucoup d'argent et qui n'est pas vraiment intéressé par les gens » poursuit Kevin*.

Du côté des chefs d'entreprise volontaires, certains avaient également des idées reçues qui ont été battues en brèche : « Je ne vais pas le cacher, j'avais quelques a priori, mais qu'ils ont su lever. J'ai passé un super moment. Il a fallu les suivre, quand on fait 3 fois 20km ce n'est pas simple » rigole Yoann Alarçon, dirigeant de Potager City.

Des liens qui perdurent

Le but principal de « Marcher pour entreprendre » n'était pas de trouver un emploi à ces jeunes, mais les entrepreneurs vont maintenir le lien créé pendant la randonnée. « Je vais m'occuper de deux jeunes. Avec l'un deux, on a retravaillé son CV. On a fait des entretiens à blanc avec mon regard de recruteur. »préciseYoann Alarçon. Gauthier Caussignau, directeur de Geolid, va lui aider Louis, qui est intéressé par le secteur commercial : « Il viendra chez nous suivre un de nos commerciaux, discuter avec lui pour voir si cette voie peut lui convenir ». Quant à Gérald, électricien de formation, il souhaite monter une entreprise de domotique et a discuté de son idée durant ces trois jours.

La marche a également mis en lumière des problématiques spécifiques comme le souligne Jean-Louis Joly, directeur général du Medef Lyon-Rhône :

« Ces jeunes qui veulent suivre des formations qualifiantes, s'ils ont moins de 18 ans ne peuvent pas trouver un stage. La réglementation fait courir un trop gros risque aux entreprises. Il faudrait réfléchir à des assouplissements .» 

Cette opération pourrait être reconduite, vu l'engouement des différents partenaires. « Il y a un bel espoir, sur les liens créés on pourrait bâtir de nombreuses choses », insiste Philip Allancle, préfet délégué à l'égalité des chances. « Ce serait dommage que cela retombe » estime de son coté Hakim Tidouch. Reste que cette expérience a déjà contribué à faire tomber des murs, d'un coté comme de l'autre. « Mais il faut donner de soi pour changer le point de vue de quelqu'un » conclut Gérald.

*les prénoms ont été modifiés

 

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