Patrick Lévy (Comue Grenoble Alpes) : "Avec l'Idex, nous allons créer une nouvelle forme d'université"

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Patrick Lévy, président de la Comue université Grenoble Alpes.
Patrick Lévy, président de la Comue université Grenoble Alpes. (Crédits : Francois HENRY/UJF)
Fin du suspense : le jury de l’Idex (Initiative d'Excellence) a annoncé le 22 janvier la sélection du dossier grenoblois, au côté de celui de Nice. L’ambition est clairement affichée par le gouvernement : doter la France de cinq à dix initiatives d’excellence de rayonnement mondial. Patrick Lévy, président de la Communauté université Grenoble Alpes (Comue), revient sur les prochaines étapes qui devraient permettre au projet grenoblois de toucher 650 millions d'euros sur un fonds s’élevant au total à près de 7,7 milliards d'euros.

Acteurs de l'Économie-La Tribune : Avant cette labellisation, le dossier grenoblois* avait été présenté à deux reprises (2010 et 2011) au jury de l'Idex sans être retenu. Cette fois-ci, il a été sélectionné. Qu'est-ce qui a changé la donne ?

Patrick Lévy : Il s'agit de la deuxième vague du même appel à projets. C'est surtout l'effort d'union politique, institutionnel et stratégique qui a changé les choses, avec la volonté d'écrire un destin commun.

La fusion des universités Joseph Fourier (UJF), Pierre-Mendès-France (UPMF) et Stendhal au 1er janvier 2016 a bien entendu été déterminante. Mais je pense que nous avons aussi su convaincre que Grenoble avait un très bon dossier scientifique et une vision d'université mondiale.

Recalée, Lille a fait part de son mécontentement. Que pensez-vous des autres dossiers encore en lice dont le dossier de Lyon ?

La question est de savoir si, lors de la prochaine vague, il y aura une ou deux labellisations, portant ainsi le nombre total à onze ou douze.

Je soutiens la candidature de Lyon, car il existe une vraie maturité et complémentarité avec celle de Grenoble. L'une de ses forces majeures est le potentiel scientifique, avec des points forts sur la santé, la chimie, etc.

L'un des enjeux sera de déterminer le montant de l'enveloppe accordée par l'Etat ?

L'Idex est l'un des volets du programme Investissements d'avenir. À ce titre, nous avons demandé 650 millions d'euros de capital sur 10 ans, et l'un des enjeux sera de savoir comment le répartir.

Nous avons déjà décroché 300 millions d'euros qui doivent provenir du Labex, un autre volet du programme Investissements d'avenir, et nous aimerions que cela ne soit pas décompté du total. Mais c'est une négociation qui n'a pas encore eu lieu, avec à la fois le commissariat général à l'investissement, le ministère et l'ANR.

Que va permettre cette enveloppe ? Les universités vont-elles aussi participer ?

Il s'agit de l'argent du Grand emprunt, provenant des intérêts du capital classé et garanti par l'État. Mais pour un euro d'Idex reçu, il faut que les partenaires et les collectivités locales en mettent au moins quatre, ce qui signifie que ce projet va générer environ 100 millions d'euros par an. Bien entendu, les partenaires peuvent apporter à la fois du financement, mais aussi de la masse salariale, des compétences, etc.

Quatre piliers ("Planète et société durables", "Santé, bien-être et technologie", "Transformation numérique et innovation", "Organisations") ont été identifiés. Le président de la Métropole, Christophe Ferrari, a aussi parlé de smart grids et de medtechs...

Absolument, Grenoble a d'ailleurs été présélectionné pour le Smart Grid Campus, au même titre que Sophia Antipolis et les villes de Saclay et Lille. Cela s'inscrit de manière complémentaire avec les quatre piliers cités.

Lorsqu'on regarde les grandes forces de Grenoble, il y a les nano et les microtechnologies, les aspects logiciels et aussi l'énergie. L'autre élément que nous souhaitons développer sont les medtechs : nous possédons déjà à Grenoble une forte expérience dans le domaine de la santé, et un tissu industriel et scientifique fort avec la présence du CEA, de laboratoires de recherche...

À Paris, vous annonciez qu'un calendrier plus précis pour l'Idex serait connu d'ici à la fin juin...

Nous devrions en effet signer une convention avec l'ANR dans ce délai. Cela bouge un peu, car il y a quelques mécontentements, ce que je peux comprendre, mais nous devrions rester dans ces dates.

D'ici là, une négociation va s'engager sur les montants, ainsi que sur les paramètres d'évaluation. Car dans le projet Idex, un reporting annuel est prévu mais l'étape déterminante se trouve au bout de quatre ans : car c'est là que l'on devra justifier l'avancement du projet pour bénéficier de l'ensemble du capital sur 10 ans. Et sur ce volet, certaines choses restent à concevoir.

Vous avez déjà mené une fusion entre trois universités. Quelles sont les prochaines étapes à venir pour la Comue ?

D'ici à 2020, nous nous sommes engagés, à travers l'Idex, à trouver un mode de structuration qui associe universités, écoles et organisations, pour créer une nouvelle forme d'université. Aujourd'hui, il n'y a pas encore de solution réglementaire évidente.

Nous ne faisons pas la promotion d'une fusion unique, car en dehors de la marque UGA (Université de Grenoble Alpes), il peut être important de garder certaines marques, comme Sciences Po ou Grenoble INP. Il faut donc trouver un mode d'organisation qui le permette.

Ce modèle existe-il ailleurs, en France ou à l'étranger ?

C'est aussi une problématique qui existe sur le site de Saclay, par exemple... De ce point de vue, Grenoble trace une voie un peu originale, en utilisant deux leviers que sont la communauté (avec la Comue, NDLR) et la fusion (avec l'UGA, NDLR) pour inventer une nouvelle forme d'organisation.

Effectivement, on observe davantage ce modèle à l'étranger, où il existe de grandes universités et des instituts d'ingénieurs qui gardent leur personnalité morale et gèrent leur argent. C'est ce que nous souhaitons préfigurer. Mais je ne suis pas inquiet.

* Les porteurs du projet grenoblois : Le dossier a été soumis par la Comue, qui regroupe l'Université Grenoble Alpes (fusion de l'Université Joseph Fourier (UJF), l'Université Pierre-Mendès-France (UPMF) et de l'Université Stendhal), trois grandes écoles (Grenoble INP, Sciences Po Grenoble et l'École nationale supérieure d'Architecture de Grenoble (Ensag)), et un ensemble de partenaires comprenant des organismes de recherche comme le CNRS, le CEA, l'Inria, l'Inserm, l'Irstea et le CHU de Grenoble.

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