Le serpent de mer

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(Crédits : Acteurs de l'Economie)
Qu'est-ce que la culture générale ? « Un mythe pédagogique absolu », assure Olivier Faron, directeur de l'Ecole normale supérieure Sciences Humaines de Lyon.

Assurément un serpent de mer, au contenu protéiforme, surtout aux contours en plein bouleversement. « Il n'existe pas de vade mecum, de manuel de culture générale », poursuit le normalien. De l'enquête qu'il a coproduite au printemps 2006 avec les trois écoles de commerce (ESSEC, Audencia, Inseec) sur le thème « Culture générale et management », l'Institut de l'Entreprise extrait un « socle de connaissances », issues des humanités et qui, historiquement, fertilisent lettres, philosophie, et histoire, empruntant de manière sous-jacente aussi bien l'histoire des religions, la sociologie, que la littérature ou les arts. A cette diversité des « contenus », les six chefs d'entreprise interrogés (Henri de Castries, Bertrand Collomb, Denis Kessler, Michel Pébereau, Louis Schweitzer et Yazid Sabeg, aux commandes respectivement d'AXA, de Lafarge, de la Scor, de BNP Paribas, de Renault, et de C&S Communication et Systèmes) ont corrélé celle des « aptitudes », scindée en deux familles : l'intelligence des situations, qui permet de mettre les évènements en perspective dans le temps et dans l'espace, et l'intelligence des personnes, grâce à laquelle ces dernières peuvent dialoguer avec des interlocuteurs aux référents - nationalité, milieu, formation… - hétérogènes. « Dans l'idéal, la culture générale permet de discuter n'importe quel sujet avec n'importe qui », résume le directeur industriel d'Actaris, Hervé Brochette. Et les vertus sont pléthore : abnégation, rigueur, curiosité intellectuelle, capacités de synthétiser et d'ordonner ; ouverture d'esprit, facultés de s'adapter et de se mettre en danger, autonomie dans l'accès à l'information, sûreté de jugement… « La culture générale est au service de la culture générale, assure Paul-André Faure, directeur et fondateur du cabinet de recrutement et d'accompagnement Innoé. Elle forme le ciment, l'agrégat, « grâce auxquels on fait tourner la balle, on élève le niveau général, on favorise l'inclusion des participants ». Et pour un environnement professionnel caractérisé pur l'uniformité des compétences techniques, elle constitue un levier de singularisation. « Le dépositaire fait rapidement la différence : vite il est invité à s'entretenir avec des interlocuteurs de haut niveau, vite il se rend intéressant. Et donc aussi vite il progresse, poursuit le consultant. Cet élément différenciant l'est aussi dans le cadre de la trajectoire professionnelle. Il constitue une matière « cruciale », qui fonde le socle « granitique » grâce auquel le titulaire va durer dans la vie professionnelle et va contrer les effets d'une inévitable obsolescence des savoirs, de l'irréfragable érosion d'une partie des compétences ». Désormais, c'est moins à la densité même des connaissances qu'aux mécanismes qu'elle secrète que la définition de la « culture générale » est associée. Au point d'ailleurs que l'IEP Lyon a définitivement rangé dans ses tiroirs l'enseignement de la culture générale, jusqu'à récemment fondée sur les humanités et si emblématique de l'établissement. « Place désormais à l'apprentissage des moyens pour analyser, à celui des protocoles d'enquêtes, des clés de compréhension grâce auxquels l'étudiant va façonner sa mécanique intellectuelle réflexive et analytique, va développer des raisonnements qui lui permettent de se situer sur une échelle de valeurs éthiques et morales et va épanouir son esprit critique, de débat et de controverse. La culture générale, c'est regrouper les moyens d'interpréter le monde contemporain à partir d'une grille de connaissances multiples, d'un arsenal de questionnements », estime le directeur de l'établissement Gilles Pollet.

 

 

 

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