Covid-19 : En Auvergne-Rhône-Alpes, un collectif lance la production de masques réutilisables 100 fois

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(Crédits : DR)
Un nouveau type de masque, réutilisable jusqu’à 100 fois, vient d’être développé, après plusieurs semaines de recherche, par des industriels et chercheurs de la région Auvergne-Rhône-Alpes, réunis au sein d’un collectif VOC-COV. Une pré-série de 5 000 unités vient d’être lancée avec l’objectif d’atteindre le million de masques produits courant mai.

La Tribune l'évoquait il y a quelques semaines, c'est désormais chose faite. Le collectif grenoblois VOC-COV (Volonté d'Organiser Contre le COVid-19), monté par plusieurs industriels et chercheurs du bassin grenoblois pour unir leurs forces dans la lutte contre le Covid19, a annoncé avoir finalisé le développement et lancé la production d'une première série de 5 000 nouveaux masques réutilisables.

Lire aussi : Covid-19 : A Grenoble, chercheurs et industriels s'unissent pour monter une filière de production éphémère

Ces masques, de type FM (Face Mask) P1 ou P2, comprennent à la fois une face souple, muni d'élastiques pour leur maintien, ainsi qu'un filtre amovible, lui-même réutilisable jusqu'à 20 fois avant de pouvoir être lavé.

"Le principal matériau de la jupe est composé de d'élastomère thermoplastique souple (TPE) de grade pharmaceutique, c'est-à-dire compatible avec le contact peau", précise à la Tribune le CEA Tech à Grenoble.

Recouvrant la bouche, le nez et le menton, ce nouveau prototype "Ocov", qui s'appuie sur un design déposé par le CEA, affiche un taux de fuite requis par la norme FM, qui est lui-même 5 fois inférieur à la norme FF (<2% pour FM et <8% pour les filtres FF).

Quant au protocole de lavage recommandé, il comprendrait "un lavage des filtres en machine à 60°C, avec un séchage tambour, ainsi qu'une désinfection du masque à l'eau de Javel (0,5°Cl) ou à l'eau savonneuse", précise le CEA.

S'il ne constitue pas encore une alternative définitive aux protection FFP2 utilisées par les professionnels de la santé, il représente de sérieuses avancées en matière de développement durable pour un masque réutilisable et pérenne, puisqu'il ne se périme plus. D'autant que sa production régionale - par exemple, la partie plastique est assurées par trois acteurs de la plasturgie régionale, dont le géant ARaymond à Grenoble et le textile à Lyon - limite l'impact carbone de la production.

Néanmoins, des discussions seraient encore en cours avec les autorités de santé afin de savoir quels seraient les professionnels pouvant utiliser ces nouveaux masques, jusqu'au sein du milieu de la santé : des structures comme le CHU Grenoble-Alpes, l'ARS d'Auvergne Rhône-Alpes ainsi que l'Ordre des médecins ayant été associés à ce projet dès la phase amont.

Un développement accéléré en trois semaines

Développé sous l'impulsion du collectif grenoblois VOC-COV, ce nouveau prototype a notamment vu le jour "en seulement trois semaines" grâce à la collaboration des équipes du CEA Grenoble associées à l'industriel Michelin, dont le siège est basé à Clermont-Ferrand.

"Chez Michelin on est toujours très positif. L'entreprise est assez solide et notre idée, c'est de faire face. En ce moment on innove dans des tas de domaines pour aider la société, le milieu hospitalier. En même temps, d'un point de vue économique, il faut sortir du confinement le plus rapidement possible. Nous commençons à le faire. Progressivement l'économie va se remettre en état," a précisé Florent Menegaux, président du groupe chez nos confrères de RTL.

La phase d'industrialisation, de conformité et de commercialisation est quant à elle confiée à la PME lyonnaise spécialisée dans les équipements de protection individuelle biologique et chimique, Ouvry. L'entreprise d'une centaine de salariés (chiffre d'affaires compris entre 10 et 20 millions d'euros selon son dirigeant) intervient depuis quinze ans sur le marché de la défense, de la sécurité civile et de l'intervention d'urgence.

"Nous apportons notre expertise à cette initiative. Nous lançons en moyenne six nouveaux produits par an, nous avons l'habitude de la mise sur le marché. Par ailleurs, nous apportons au projet la brique technologique textile, notre spécialité", explique Ludovic Ouvry, le fondateur et dirigeant de la PME éponyme.

Depuis le début de la crise, la PME s'est lancée dans la production de masques textiles pour ses clients, sur la base de nombreux rapports d'essais dont elle dispose. Elle en a déjà produit 50 000 et devrait atteindre les 100 000 exemplaires d'ici à la fin du mois d'avril. Avec ce nouveau masque, sa "contribution et sa mobilisation prennent une autre dimension". D'autant que la PME pourrait capitaliser sur cette expérience pour produire, après la crise, un masque modulaire qui s'adapterait à différents usages.

1 million d'unités par semaine

Si les premières pièces sont attendues dès la semaine prochaine, les partenaires se fixent comme objectif une production d'1 million d'unités par semaine d'ici la fin mai, pour grimper à 5 millions à la fin juin.

D'après les calculs du collectif, l'atteinte de ce chiffre à la fin juin permettrait de d'obtenir "l'équivalent de 500 millions de masques jetables actuels", chaque masque étant livré avec cinq filtres, offrant une capacité totale de 100 réutilisations.

Avec un tarif grand public annoncé à 28 euros - même si pour le moment la commercialisation auprès du grand public n'est pas prioritaire -, le coût de revient de ce masque serait ainsi de 28 centimes par utilisation estime l'industriel. Sachant que sur de plus grandes quantités (destinées aux grands comptes, institutionnels, etc), "nous aurons un autre référentiel de prix. Nous réservons en effet aujourd'hui nos masques pour les commandes du secteur public (santé, sapeurs-pompiers..), du secteur de la défense, et pour les sociétés vitales pour la continuité d'activité en France", ajoute le CEA.

Bien que des certifications soient encore en cours, ses instigateurs penchent sur le fait que ce type de masque puisse être également un outil supplémentaire en vue du déconfinement à venir. Près de 130 000 réservations auraient déjà été réalisées. Pour l'heure, Michelin a d'ores et déjà annoncé qu'il offrirait une partie des masques commandés aux Agences régionales de santé.

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Commentaires
a écrit le 09/04/2020 à 9:16 :
Bravo les initiatives du privé montre une fois de plus une belle réactivité par rapport à la sphère bureaucratique
Réponse de le 13/04/2020 à 16:23 :
Le CEA est un vieil organisme public. De rien, au revoir.
Réponse de le 25/04/2020 à 20:50 :
Medecin généraliste 0685190346 vichy bonjour combien de masques mini pour commander? Merci m Cardinaud
a écrit le 08/04/2020 à 19:10 :
A ce prix là c'est pour certains pro et je doute que le poids permette le port quotidien pendant des heures.

A voir... pour le moment c'est le concours Lépine du masque
Réponse de le 08/04/2020 à 20:00 :
"et je doute que le poids" il est de combien ? 10g, 100g, 1kg ? Caoutchouc léger, peut-être.
Sinon y a le masque à gaz à cartouches sélectives.
On peut imaginer que ça s'ajoute à tout ce qui existe, un masque pour chaque type de besoin/contexte. Pour aller faire des courses, pour aller au bal, au musée, etc (couleurs, formes). :-)
@suivre.
a écrit le 08/04/2020 à 18:46 :
Du béton ! comme tout ce que Michelin fait, en plus associé avec le CEA....Bravo !
Réponse de le 09/04/2020 à 1:29 :
Du béton ? Sinon nous avons aussi le scaphandre rigide, qui fait blouse et qui est réutilisable quasiment autant de fois qu'on veut...

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