Beelse à la rescousse des hôpitaux pour lancer du cloud manufacturing

 |   |  965  mots
(Crédits : DR)
Une startup du Village by CA, Beelse, a développé une plateforme cloud (BCM) qui, une fois connectée à un réseau de partenaires issus de la fabrication addictive, vise à réorienter la production de l’industrie manufacturière vers la production 4.0 de pièces détachées dans des délais courts et à proximité du besoin. Une technologie qu’elle souhaite mettre au service du milieu hospitalier, à travers un appel lancé par les pôles de compétitivité et la région Auvergne-Rhône Alpes.

Né sur le campus de Savoie Technolac il y a quatre ans, le projet de Beelse pouvait sembler précurseur, à la lumière de ce qui se joue aujourd'hui sur le terrain de la production hexagonale concernant le matériel pour le secteur de la santé. Car avec ses deux associés, son cofondateur Yannick Marion envisageait déjà de "redistribuer les cartes de la production manufacturière, jusqu'ici plutôt concentrée en Chine, en cohérence avec les enjeux sociaux, économiques et environnementaux actuels".

Avec un objectif : aider l'industrie à produire rapidement, à proximité et à la demande, des pièces détachées en métal ou plastique afin d'éviter les mécanismes de sur ou sous-production ainsi que les coûts d'entreposage, appliqués aux commandes de grande série.

"Jusqu'ici, les questions d'approvisionnement de pièces détachées supposaient d'avoir des entrepôts à perte de vue ainsi que des stocks qui s'abimaient, ou bien d'importants délais d'approvisionnements des stocks", indique Yannick Marion.

Pour y remédier, Beelse a misé sur une démarche de cloud manufacturing, visant à combiner la fabrication addictive à une digitalisation des stocks de pièces. Elle propose notamment, depuis début janvier, une plateforme software en mode Saas (Beelse Cloud Manufacturing, BCM), permettant à la fois de conserver l'ADN d'un pièce afin d'assurer la répétabilité de sa production à tout moment, mais aussi de référencer et passer commande auprès d'un vivier de fournisseurs français et mondiaux, disposant de capacités d'impression 3D industrielles.

On compterait ainsi une dizaine de partenaires référencés qui possèdent des équipements pouvant aller jusqu'à produire plusieurs millions de pièces par an, rien qu'à l'échelle de l'Hexagone.

Engagée dans la lutte contre le Covid-19

Si à l'origine, Beelse avait plutôt l'ambition de s'adresser aux fabricants de machines spéciales ainsi qu'au monde du retail - qui se prépare déjà à afficher, d'ici l'an prochain, l'indice de réparabilité de ses produits -, elle a quelque peu bousculé ses plans avec l'arrivée du Covid19.

Alors qu'elle comptait déjà parmi ses premiers clients une trentaine de sociétés, organismes et ETI françaises, dont le Cern, la SNCF, ou encore le groupe Araymond, qui a basculé sur l'outil BCM afin de répondre à des enjeux de gestion de ses pièces de maintenance, Beelse fait désormais aussi partie des start-ups mobilisées dans la lutte contre le Covid19.

Recensée auprès des pôles Minalogic et de la Région Auvergne Rhône-Alpes, elle s'est proposée de mettre en réseau gracieusement les autorités de santé, et notamment les hôpitaux, avec des fournisseurs présentant des capacités de fabrication additive industrielle, présents au sein de l'Hexagone.

Le tout, à travers sa plateforme en mode Saas, qui peut se déployer directement en ligne, sur le modèle d'une marketplace comme Amazon, et où les hôpitaux pourraient ainsi sélectionner de manière transparente les modèles ainsi que les capacités de production où ils souhaitent passer commande. Avec deux besoins déjà identifiés : la fabrication de visières anti-projection, dont des plans libres de droits sont déjà disponibles, ainsi que de valves ou composants essentiels aux respirateurs.

"Nous nous sommes faits connaître auprès des collectivités locales et autorités de santé, qui étaient jusqu'ici dans une phase de recensement des besoins, et nous attendons désormais qu'elles reviennent vers nous avec leurs plans d'actions pour lancer des productions, probablement d'ici la fin de la semaine", résume Yannick Marion.

Parmi les travaux en cours, restait notamment à développer un processus de certification des pièces susceptibles d'être fabriquées, à partir de plans déjà établis, mais aussi d'identifier les partenaires susceptibles de réaliser ensuite l'assemblage de produits comme les visières, au plus près des hôpitaux.

Vers une accélération de l'impression 3D

Un contexte qui pourrait selon lui accélérer également le virage vers la fabrication additive, bien souvent jusqu'ici soumis à des questionnements autour du volume produit.

"Lorsqu'on parle de fabrication additive, on pense souvent à la petite imprimante 3D que l'on a dans un coin de son garage. Or, il existe des imprimantes disposant de véritables capacités industrielles qui commencent à venir concurrence d'autres technologies", atteste Yannick Marion.

Il en veut pour exemple le cas de la marque Chanel, qui a choisi de produire plusieurs millions de brosses à maquillage (mascara) chaque année, grâce à l'impression 3D, afin d'optimiser leur design.

"La fabrication additive doit aussi être une opportunité de repenser le design des produits en s'affranchissant des contraintes traditionnelles, de la même manière qu'il ne sert à rien d'acheter un Thermomix pour réaliser uniquement de la soupe...".

A tel point que celui-ci estime que la révolution 3D pourrait même faire basculer le monde de la fabrication de pièces en métal, d'ici 3 à 5 ans, vers la fabrication additive, susceptible d'apporter selon lui de l'agilité dans le design des pièces, ainsi que des volumes de production, au plus près des besoins.

"Cela demande encore quelques améliorations spécifiques en matière de productivité par pièce à partir d'un certain volume, mais nous n'en sommes pas loin. Cette industrie fait baisser les coûts à mesure qu'elle bâtit de l'expérience sur le design de ses pièces et que e gros acteurs investissent dans des moyens de production", résume le cofondateur de Beelse.

La société, qui compte actuellement une quinzaine de salariés répartis entre ses deux bureaux de Grenoble et Savoie-Technolac, envisage une accélération commerciale courant 2020, pour un chiffre d'affaires de plusieurs millions d'euros à moyen terme.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :