Wormsensing : la technologie qui permet de rendre les matériaux tactiles

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(Crédits : DR)
Démocratiser la fonction tactile, en rendant un grand nombre de matières intelligentes : tel est le pari de la jeune pousse iséroise Wormsensing. Cette spin-off du CEA Leti a déjà développé des partenariats avec des industriels du secteur de l’automobile, et devrait compléter d’ici l’automne sa première levée de fonds de 2 millions d’euros, avec l’objectif de mettre en place une première ligne pilote à compter de 2021.

Créée officiellement il y a tout juste quelques semaines, la jeune pousse iséroise Wormsensing, fondée par deux anciens de l'INPG de Grenoble, pourrait déjà à passer à l'étape supérieure. Leur technologie, qui mêle le domaine de l'électronique souple à la microélectronique, se prépare à être embarquée dans de premiers objets sur les marchés de l'automobile, mais aussi des maisons connectées, ou encore des équipements médicaux.

Avec, au menu, un capteur de vibrations embarqué au sein d'un patch collant.

"Ce patch peut rendre n'importe quel matériau intelligent en s'apposant à l'arrière d'une surface, mais également offrir une meilleure robustesse et sensibilité au toucher", explique Jean-Sébastien Moulet, fondateur de Wormsensing.

Car contrairement aux capteurs traditionnels embarqués à l'arrière du verre d'un écran, cette technologie repose sur un système de détection des vibrations, capable de fonctionner même en conditions extrêmes, c'est-à-dire lorsqu'un utilisateur porte des gants, ou encore sur une surface soumise à des différences de température ou d'humidité, des dépôts de poussière, etc.

Ses capteurs, allant jusqu'à 10 cm de diamètre, seraient même reliables entre eux, de manière à en élargir la surface de détection.

"En les reliant à un système de navigation, ils deviennent ainsi capables de reconnaître trois gestes principaux, que sont le slide, l'appui court ou prolongé, déclinables ensuite en plusieurs versions, comme le double ou triple clic. Nous travaillons déjà à l'ajout de nouvelles fonctionnalités, comme le zoom ou les mouvements de rotation, afin d'étoffer notre gamme de gestes", illustre Jean-Sébastien Moulet.

Une ligne pilote pour 2021

Grâce à des brevets développés au sein du CEA Leti (et dont elle possède l'exclusivité), la startup a déjà tissé des partenariats avec des industriels. Le plasturgiste Novares a par exemple embarqué deux prototypes de ses capteurs sur les poignées de sa Nova Car#2, en vue de faciliter l'accès au véhicule sans clé, en utilisant la technologie tactile.

Mais afin de passer à la vitesse supérieure, et d'être en mesure de fournir des pièces en plus grande série, Wormsensing devrait clôturer, d'ici le milieu de l'année, sa première levée de fonds de 2 millions d'euros. Avec un objectif : financer la création de sa première ligne de production, qui sera basée à Grenoble, dans les locaux du CEA.

Le fondateur envisage une feuille de route en deux temps, avec une mise en marché de ses capteurs prévue courant 2023 pour le domaine de l'automobile. Les choses pourraient même aller plus vite sur le segment de la maison connectée, où de premiers produits embarquant sa technologie pourraient voir le jour dès 2021.

Alors que la société compte assurer la production de ses capteurs elle-même, elle travaillera en collaboration avec ses partenaires pour le développement des systèmes de navigation softwares associés.

"La fonction tactile seule ne sert pas grand-chose, car il existe toujours un besoin, pour l'utilisateur, de recevoir un feedback d'une manière ou d'une autre de la tâche qu'il vient de réaliser. Cela peut se faire à travers une interface telle que l'ordinateur de bord d'une voiture ou bien un système d'information central", traduit Jean-Sébastien Moulet.

Un secteur très concurrentiel, mais...

Alors que le domaine des écrans tactiles reste un marché particulièrement concurrentiel et en pleine expansion, le cofondateur de Wormsensing estime avoir une carte à jouer sur ce marché, où près de 99% des produits seraient encore, d'après lui, réalisés à base de technologie dite « capacitive », embarquée derrière un écran. Et d'ajouter :

"Nous sommes aujourd'hui les seuls à proposer une solution qui s'adapte à n'importe quel matériau, et qui n'a pas besoin d'être installé derrière un écran pour fonctionner".

Face à des fabricants qui souhaitent améliorer l'expérience de leurs utilisateurs en travaillant sur le design et la fiabilité de leurs produits, le tactile serait donc encore susceptible de prendre des parts de marché. Et ce, dans plusieurs champs : automobile, maison connectée, électroménager, appareils médicaux, industrie...

"Chaque domaine a ses raisons propres pour expliquer sa volonté de faire disparaître les boutons mécaniques. Dans le secteur médical par exemple, ces boutons sont synonymes de risques bactériens forts et de difficultés rencontrées lors du nettoyage, tandis que dans l'industrie, on retrouve également le besoin d'interagir avec des robots ou des équipements dans un contexte de poussière et de port d'équipements de sécurité, comme des gants".

Si Jean-Sébastien Moulet précise qu'il reste difficile d'avoir des chiffres sur l'ensemble des marchés qui pourraient être concernés par sa technologie, il estime que le marché des systèmes d'accès extérieur aux véhicules représenterait déjà, à lui seul, une enveloppe de plusieurs milliards d'euros à l'échelle mondiale.

Bien que la société ne communique, pour l'instant, aucune prévision concernant son chiffre d'affaires, elle nourrit déjà une ambition : "Devenir, d'ici 5 à 10 ans, le leader des solutions d'accès extérieur sur le marché de l'automobile".

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