Réalité virtuelle : Le Nautilus embarque les joueurs à Grenoble

 |   |  1022  mots
Le Nautilus propose plusieurs types d'expériences en réalité virtuelle alliant casques, lunettes, mais aussi simulateurs.
Le Nautilus propose plusieurs types d'expériences en réalité virtuelle alliant casques, lunettes, mais aussi simulateurs. (Crédits : DR)
Sous-marin imaginé par Jules Verne dans son roman Vingt mille lieues sous les mers, le Nautilus est désormais synonyme, à Grenoble, de l’une des premières salles dédiées à la réalité virtuelle (VR). Un marché des jeux en immersion en plein boom à l’échelle de l’Hexagone.

"Tout est parti d'une idée à Noël, qui était de m'équiper avec du matériel de réalité virtuelle. Mais c'est en creusant un peu la question que je me suis rendu compte qu'il n'existait pas d'espace de ce type sur Grenoble", se souvient Julien Billoudet.

Cet ingénieur grenoblois (Dolphin intégration et Mentor Graphics), passionné de jeux vidéos, décide alors de lancer sa société en s'entourant de trois amis, qui deviendront actionnaires du projet avec lui. Après quelques mois passés à la recherche d'un local puis à réaliser des travaux, le Nautilus a ouvert ses portes en mars 2019, en plein centre-ville de Grenoble, à deux pas de la Place Notre-Dame. Un emplacement qui se voulait stratégique pour capter une clientèle jeune et active, adepte ou non des jeux vidéos.

"Si nous nous adressons bien entendu à un public de joueurs, tout l'enjeu était aussi d'aller chercher des gens qui ne jouent pas habituellement, mais qui peuvent être séduits par la réalité virtuelle".

Conduire un bolide, voler au-dessus de paysages empruntés à Google Earth ou encore ressentir les sensations d'un grand 8 comme si on y était : rien n'est impossible avec la réalité virtuelle. Il suffit en effet, pour le joueur d'enfiler son casque et ses lunettes, pour être transporté dans un autre univers, seul ou à plusieurs, pouvant être associés à des simulateurs, stations vibrantes ou autres hypersuits (un simulateur mêlant VR et exosquelette).

"Beaucoup de personnes qui franchissent la porte viennent en groupe et peuvent ainsi jouer ensemble sur un même jeu", indique Julien Billoudet.

Une autre façon de jouer

Soutenu par un prêt d'honneur de GAIA ainsi que par le programme d'accompagnement "Je crée dans ma région", Julien Billoudet et ses trois associés ont réuni 300 000€ sur la table afin de lancer leur projet. Dont 150 000€ d'investissement purement matériel, dédiés à l'achat de lunettes, casques, écrans, tapis, et simulateurs. Car le matériel dernier cri demeure coûteux, et peut monter jusqu'à 1 800 euros pour un casque, en fonction du modèle retenu.

Pour monter rapidement en puissance et rentabiliser son investissement, Julien Billoudet a fait le choix d'embaucher deux salariés à temps plein dès son ouverture, en vue de couvrir une large plage horaire d'ouverture (de 17h à 23h du mercredi au vendredi, et dès 11h le week-end). Avec, à la clé, la location d'un bail commercial de 210 m2, réparti sur trois étages.

Son modèle économique ? Proposer à la fois des expériences à la carte (soit environ 15€ pour une session de 15 à 30 minutes), ou des abonnements de 35€ proposant 3 sessions de jeux, ainsi qu'un tarif dégressif sur les sessions suivantes.

"Une formule découverte allant de 25 à 40 euros permet aussi aux gens de découvrir différentes expériences durant 45 minutes à 1 heure", fait valoir Julien Billoudet.

Le tout, en misant sur une grande diversité dans les expériences offertes : simulateur de conduite, ballade avec Google Earth, jeux de tirs, de raquettes, de zombies, de bateaux pirates ou d'énigmes... "La réalité virtuelle représente vraiment une autre façon de jouer", résume Julien Billoudet, qui cite en exemple un jeu de Grand 8 allié à un tapis vibrant, permettant de décupler les sensations.

Ces nouveaux types d'expériences se placent ainsi au croisement entre plusieurs segments des loisirs, que sont l'industrie du cinéma, des jeux vidéos, et même des escapes games. "On s'adresse à tous publics, à partir de 13 ans. L'avantage étant que même des personnes en situation de handicap peuvent venir essayer".

Le Nautilus mise également sur un autre segment de clientèle : le marché des entreprises.

" Une première soirée avec une entreprise qui souhaitait inviter ses salariés et ses partenaires nous a permis d'accueillir une cinquantaine de personnes, et je suis en contact avec un coach pour voir comment développer des activités tournées autour des équipes ", glisse Julien Billoudet.

Une concurrence diversifiée

Le marché des jeux en immersion commence lui-même à attirer les entrepreneurs friands de nouveauté : alors que l'Hexagone ne comptait qu'une petite dizaine de structures spécialisées dans la réalité virtuelle l'an dernier, elles seraient déjà près d'une cinquantaine un an plus tard, d'après Julien Billoudet, qui a réalisé sa propre étude de marché.

Un think-thank européen spécialisé dans l'économie numérique, Idate, évoquait même il y a quelques mois le chiffre "d'une centaine de parcs VR actuellement en projet". Et ce n'est rien comparé à la scène mondiale, où l'on dénombrerait déjà plus de 8 000 salles proposant des aventures en réalité virtuelle, dont 5 000 rien qu'en Chine.

A Grenoble, il existe à ce jour une poignée d'acteurs, tels que Virtual place, aVRena, ou Virtual Evasion à Seyssins, qui propose également d'autres activités, comme des box karaoké ou du lancer de haches...

"Nous avons cependant peu de concurrents qui adressent ce marché de la même manière que nous, qui avions choisi de nous concentrer sur le modèle des salles d'arcades proposant un large choix de jeux, avec beaucoup d'expériences différentes", résume Julien Billoudet.

D'autres offres, telles que les escapes games ou lasers games, constituent elles aussi une forme de concurrence au marché naissant de la réalité virtuelle :

"Ce peut-être une forme de concurrence indirecte quand les gens ont 30€ à dépenser. Mais ce ne le sera plus lorsque la réalité virtuelle aura atteint un autre stade de maturité et sera connue en tant que telle", estime-t-il.

S'il n'existe encore aucune fédération ou regroupement des acteurs de ce secteur, Julien Billoudet ambitionne justement de monter des discussions avec ses homologues à l'échelle nationale en vue de proposer des tournois entre les salles, en se basant sur le modèle du e-sport, qui se développe désormais lui aussi avec la réalité virtuelle.

Il n'exclut pas d'ailleurs d'exporter son concept multi-jeux dans d'autres villes, dès qu'il aura capitalisé sur l'expérience grenobloise. Avec un objectif, en premier lieu, pour le Nautilus : atteindre, à terme, un chiffre d'affaires de 300 000€.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :