Energie : un livre blanc pour l'hydroélectricité alpine

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(Crédits : Franck Oddoux)
L’association Hydro 21, qui regroupe l’ensemble des acteurs de la filière, annonce la sortie d’un livre blanc dont l'objectif est de dresser un état des lieux tout en esquissant grands enjeux à venir.

Hydro 21, associé à des experts et à l'Agence de développement économique en Auvergne-Rhône-Alpes, ont lancé, en marge de la quatrième édition des Rencontres Business Hydro qui se sont déroulées le 18 juin dernier au WTC de Grenoble, leur premier livre blanc de 60 pages.

Avec une ambition : mettre en lumière les trajectoires possibles pour la filière hydroélectrique au cours des prochaines années. Car face à la baisse de la production nucléaire, qui doit être compensée, d'après le projet de Programmation Pluriannuelle de l'énergie (PPE) détaillé par le gouvernement, par le développement des énergies éoliennes et solaires ainsi que le maintien de l'hydroélectricité, Hydro 21 formule une interrogation : "Comment, avec une proportion d'énergies intermittentes de l'ordre de 35 % au lieu de 5 % aujourd'hui, le système électrique va-t-il pouvoir s'organiser ?".

L'association, qui compte près de 90 adhérents sur le bassin d'Auvergne-Rhône-Alpes et de Provence-Alpes-Côte-dAzur, milite notamment pour une revalorisation de la place de l'hydro au sein du mix énergétique français, qui ferait encore face à des enjeux de notoriété d'après son président,

"Il s'agit de la première énergie renouvelable du mix électrique français, alors que l'on pense souvent au solaire ou à l'éolien. Nous souhaitions aussi de mettre en lumière un écosystème unique en Europe, puisque la région Auvergne Rhône-Alpes est la première région française en matière d'hydroélectricité", rappelle Roland Vidil, président d'Hydro 21.

En Auvergne-Rhône-Alpes, la filière emploie près de 20 000 personnes (emplois directs et induits) au sein de 230 entreprises, qu'il s'agisse de grands producteurs d'énergie, bureau d'études, PME PMI...

"Bien souvent, la part de chiffre d'affaires réalisé par l'activité hydroélectricité de ces entreprises oscille entre 5 à 10 % et 25 à 30%", reprend Roland Vidril, qui note ainsi la logique de diversification amorcée par ces fournisseurs au sein du tissu économique local.

L'image d'une technologie mature

A travers ce livre blanc, l'association Hydro 21 se voulait aussi force de propositions pour engager une réflexion sur la manière dont pourrait se positionner l'hydroélectricité du futur.

"L'hydroélectricité souffre de cette idée qu'elle est une technologie mature, et qu'elle n'aurait donc pas nécessairement besoin d'innovation", estime Roland Vidil.

Ce dernier cite pourtant en exemple l'essor de projets innovants, tels que celui de la société spécialisée dans les micro-centrales hydroélectriques, Erema, qui vient de remporter l'un des deux premiers Trophées de l'Innovation remis cette année par Business Hydro, aux côtés d'un étudiant en thèse chez le groupe d'ingénierie et de conseil Artelia, Eric Politano, qui a reçu quant à lui un second prix destiné aux étudiants pour sa mise à jour des bonnes pratiques dans le domaine de la conception des grands barrages.

Pas étonnant donc que l'une des sept propositions évoquées par ce livre blanc soit justement de "stimuler l'innovation dans les PME", de "multiplier les projets d'hybridation des énergies renouvelables" ou encore "d'investir massivement dans l'hydro et rémunérer ses nouveaux services à sa juste valeur".

"Nous pensons que l'hydroélectricité aura encore un rôle majeur à jouer demain car c'est une énergie à la fois pilotable, stockable et flexible, qui nous permettra de réaliser une transition énergétique", reprend Roland Vidil.

L'export et la "petite hydro" comme relais de croissance

Ce livre blanc constituait aussi une occasion de rappeler que l'ensemble de la filière demeure tiré par le développement des installations de petite taille, appelées "la petite hydro", ainsi que par les opportunités qui s'ouvrent à l'export.

Composée des installations produisant moins de 10 Mw, "la petite hydro" représenterait encore, d'après les données évoquées par le livre blanc, un potentiel de développement de 1,7 TWh à l'horizon 2030, alors même que 50% de la production française se situerait déjà dans les Alpes, notamment avec des installations de montagne.

Si celle que l'on surnomme ainsi représente toutefois une enveloppe globale qui demeure assez réduite de par la taille des installations visées, l'un des plus grands enjeux des acteurs de la filière se trouve désormais au niveau international, à travers les opportunités offertes au sein des pays émergeants.

"En Afrique, seul 7 % du potentiel hydro est exploité pour l'instant", rappelle ainsi Roland Vidil, qui note ainsi les possibilités offertes à la fois dans le domaine de "la petite et la grande hydro" à l'export.

La France, un marché de renouvellement

Tandis qu'en France, le marché, déjà bien équipé, est davantage tourné vers la rénovation de structures existantes.

 "Au niveau français, il existe surtout un enjeu important concernant la réhabilitation car un certain nombre d'ouvrages commencent à dater et ont besoin de se renouveler", atteste Roland Vidil.

Et à ce sujet, il existe une mesure qui continue de faire grand bruit sur l'échiquier national : le renouvellement des grandes concessions hydroélectriques ainsi que leur ouverture à la concurrence, voulue par l'Union Européenne depuis 2008, demeure un élément d'inquiétude pour les acteurs de la filière. Car même si la Loi de transition énergétique de 2015, déployée par le gouvernement français, aurait au moins permis "d'amortir les effets négatifs de la mise en concurrence des concessions hydroélectriques", comme le souligne un article réalisé par l'économiste du CNRS Dominique Finon au sein du livre blanc, "il est certain que tous les acteurs présents au Salon ont en tête cette question", glisse pour sa part Roland Vidil.

D'ici 2023, ce sont ainsi près de 150 concessions françaises, jusqu'ici attribuées à EDF (qui détient 80% des parts du marché) ou à Engie, qui arriveront à échéance, sur un total de 399. Et les acteurs s'inquiètent encore des conséquences d'une ouverture au secteur privé, sur un secteur de l'énergie reconnu d'intérêt public, ainsi que de sa cohérence et son efficacité territoriale, où les barrages étaient jusqu'ici regroupés sous l'égide d'un même gestionnaire pour suivre des logiques de bassins territoriaux.

Il rappelle notamment que l'ensemble des acteurs attendent encore "un calendrier clair", tout en réitérant le souhait que ce projet "ne devienne pas antinomique avec le développement du territoire".

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