Apifilm, l’emballage alimentaire à base de cire d'abeille

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D'après l'estimation de Delphine Seve, deux lots d'Apifilm permettraient de répondre aux besoins des ménages sur une période d'un an, et d'économiser ainsi 6 à 8 rouleaux de film alimentaire traditionnel.
D'après l'estimation de Delphine Seve, deux lots d'Apifilm permettraient de répondre aux besoins des ménages sur une période d'un an, et d'économiser ainsi 6 à 8 rouleaux de film alimentaire traditionnel. (Crédits : DR)
Développé en Isère par Delphine Seve, l’emballage innovant Apifilm vise à remplacer les films aluminium et plastique en vue de proposer une alternative écologique et durable. Le produit a remporté le grand prix SIRHA Innovation 2019 (mention Green), ainsi que, plus récemment, la catégorie "Premier pas vert" des trophées Engie/Paris Match.

De la cire d'abeille, du pin, et un peu de coton. C'est la recette du nouvel emballage alimentaire Apifilm, proposé par l'atelier Miel de Delphine Seve. Basé à Saint-Just-de-Claix (38), à la frontière de la Drôme, ce petit atelier a entamé un virage vers les produits "zéro déchet" depuis un peu plus d'un an. Une occasion la fondatrice de l'atelier de mettre à profit ses connaissances d'ingénieur agronome, grâce à un prêt d'honneur du réseau France Active.

"Je suis partie avec l'envie de créer ma propre entreprise à base des produits de la ruche et l'idée m'est venue lorsque j'ai découvert des produits similaires dans le milieu anglo-saxon. Ce type de produit existait notamment déjà depuis une dizaine d'années au Canada, mais il a mis du temps à arriver jusqu'à chez nous !".

Son concept ? Rend le tissu enduit étanche et malléable. Le tout avec une solution réutilisable jusqu'à une année.

"Il s'agit d'ingrédients aptes au contact alimentaire, sans danger pour la santé ni pour l'environnement, qui peuvent ensuite être lavés et réutilisés", souligne-t-elle.

Une solution zéro déchet

Sensibilisée à l'enjeu de la réduction des déchets, elle s'est donc attelée dans son atelier à trouver une recette pouvant utiliser la cire d'abeille.

"J'ai démarré avec les installations de mon père, qui possédait une quarantaine de ruches, en vue de réaliser de la transformation. Mais rapidement, j'ai vu qu'il faudrait que je sorte de mon laboratoire pour trouver des machines de plus grande longueur. Je me suis associée à une PME qui possède la seule machine en France capable de faire de l'enduction de cire sur du tissu (Indutex), située en région parisienne".

La résine et la cire sont ainsi achetées sur des exploitations françaises, tandis que le coton provient d'un fournisseur indien, certifié bio, pour un tarif qui demeure toutefois supérieur aux films plastiques et aluminium.

"Notre kit, qui comprend trois tissus de taille différentes S, M, L, est commercialisé dans les magasins pour un prix de 14 à 16,90 euros. Mais ces produits sont réutilisables durant près d'une année", rappelle Delphine Seve.

Selon son calcul, deux lots d'Apifilm permettraient ainsi de répondre aux besoins des ménages sur une période d'un an, et d'économiser ainsi 6 à 8 rouleaux de film alimentaire traditionnel.

Avec un objectif : remplacer, à terme, l'aluminium et les films plastiques partout où l'on utilise ces deux produits.

A quelques exceptions près :

"Le produit n'est pas utilisable à chaud, car il pourrait fondre. On conseille également d'éviter les matières sensibles comme la viande ou le poisson cru, qui ont des jus qui seraient ensuite difficiles à nettoyer ou susceptibles de développer une flore bactérienne", ajoute la fondatrice.

Une étape de croissance à franchir

Delphine Seve a déjà entamé la commercialisation de son produit dans les boutiques en vrac et les magasins bio à l'échelle de l'Hexagone. Et dénombre déjà près de 130 points de vente, pour 3 000 à 4 000 lots vendus chaque mois, tout en espérant encore augmenter ce chiffre.

"Je n'ai pas encore d'idée sur la manière dont vont réagir les consommateurs, mais le potentiel est énorme car une grosse partie de la population souhaite faire des efforts en faveur de l'environnement", illustre-t-elle.

Un an après le lancement l'Apifilm, son atelier est déjà rentable avec ses 3 salariés à plein temps et un chiffre d'affaires attendu de 150 000 euros en 2019.

"Nous devons encore passer une étape de production à plus grande échelle, afin de rendre notre produit plus accessible", souligne Delphine Seve, qui glisse que sa production est réalisée pour l'instant sur l'équivalent d'une journée tous les quatre mois chez son fournisseur, Indutex (Picardie).

Avec, pourquoi pas, l'idée également d'élargir ensuite sa gamme vers d'autres types de cires, tout en conservant des visées écologiques.

"Nous pourrions nous tourner vers la résine de palme, mais cela n'a pas de sens au vu des modes d'exploitation actuels. Je regarde cependant du côté de la filière soja bio et certifiée sans OGM, qui est en train de se monter en France, en vue de proposer une production locale qui permettrait de valoriser également les huiles, qui étaient jusqu'ici considérées comme un sous-produit du soja".

Le marché mondial de l'emballage était estimé à 975 milliards de dollars en 2018 (contre 799 en 2012), avec, sans surprise, le plastique en première position (40%), selon des données publiées par le Centre Technique des Industries Mécaniques (Cetim).

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