Rating social : Le mirage ?

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Nicole Nottat fondatrice de l'agence de notation sociale Vigeo. ©Hamilton/Rea
Nicole Nottat fondatrice de l'agence de notation sociale Vigeo. ©Hamilton/Rea (Crédits : Hamilton/Rea)
Initié en 1995, le rating social - destiné à noter le comportement social, sociétal, environnemental des entreprise - connaît une grande popularité dans le sillage du « tout financier » éreinté de ces dernières années, d'une quête d'image chez les dirigeants, et de l'irruption médiatique de Nicole Notat. S'il peine à atteindre la maturité, ce marché émergent le doit moins aux oppositions exogènes qu'à ses propres errements. Antoine Zacharias, PDG, et deux autres dirigeants de Vinci, l'une des entreprises fondatrices de Vigéo, s'expliquent. Sont-ils convaincants ?

Copieusement relayé par les médias économiques au cours de l'hiver, l'âpre conflit qui a opposé Geneviève Ferone à Nicole Notat [Nicole Notat a décidé l'annulation - sans report - du rendez-vous établi dans le cadre du dossier, NDLR] aura eu le mérite d'exposer au grand jour l'activité encore confidentielle et balbutiante de la notation sociale (ou rating social). L'ancienne secrétaire générale de la CFDT avait scellé le ralliement de la Caisse d'Epargne et de la Caisse des dépôts et consignations, principaux actionnaires d'Arese, pour absorber l'agence de notation pionnière, la diluer dans la construction de sa propre structure Vigéo, et provoquer le départ de la fondatrice Geneviève Ferone. Une opération que nombre d'observateurs ont assimilée à un « putsch », déclarée « socialement peu responsable », et désignée coupable » d'avoir décapité de son expérience et de ses ressources humaines la seule structure d'envergure. « Un comble » pour une future société destinée à évaluer le comportement social, sociétal, et environnemental des entreprises... Reste que la cristallisation médiatique sur ces deux personnalités opportunément féminines aura eu pour effet d'obstruer le débat majeur : la crédibilité et l'avenir du rating social sont-ils usurpés ?
Première critique : les méthodes employées. Jugées peu transparentes, absconses, hétérogènes, elles ne satisfont guère les économistes qui stigmatisent la légèreté de l'investigation, l'étroitesse et la nébulosité des champs d'exploration. « Elles sont peu sérieuses » synthétise un universitaire que les relations professionnelles avec Vigéo contraignent à la confidentialité. Essentiellement fondées sur les déclarations des directions ou sur les informations publiques, parfois complétées d'interviews, « insuffisamment » calquées sur la réalité du terrain et rehaussées de quelques appréciations calées sur des normes internationales (OCDE, Banque mondiale...), ces méthodes apparaissent trop elliptiques et lapidaires pour opposer un jugement incontestable aux outils bien rôdés des entreprises. Les appréciations facturées aux agences de notation financière qui font le choix d'intégrer la donne sociale dans leur choix d'investissement sont-elles fiables ? « Il n'est pas crédible, comme Vigéo l'annonce, d'établir annuellement plus de 450 évaluations de qualité avec une équipe de quinze consultants dont on ignore par...

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