Thierry Mandon : "Mon projet pour la Cité du design"

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(Crédits : Pierre Grasset)
Thierry Mandon, ancien secrétaire d’Etat à l’Enseignement supérieur sous le mandat de François Hollande (2015-2017), est aux manettes de la Cité du design de Saint-Etienne depuis le 3 septembre. Il nous livre en exclusivité ses premiers axes de travail. Parmi ses priorités : la création d’une filiale commerciale de transfert et l’aménagement d’un espace de 150 m² dédié à l’éducation au design.

Acteurs de l'économie-La Tribune. Vous avez pris la direction de la Cité du Design depuis un mois. Quel est votre premier diagnostic ?

Thierry Mandon. Je constate qu'il y a un écart assez considérable entre la situation concrète de la Cité et les attentes qu'elle génère. Je m'explique : la Cité a une image très forte, avec des moyens suffisamment importants apportés par la Région et la Métropole, elle dispose d'une aura internationale incontestable grâce notamment au label Ville Créative Unesco. Mais il faut encore faire monter ce projet pour le mettre au niveau des attentes des citoyens et des élus. Le projet est déjà remarquable, il doit encore être consolidé. Au niveau local comme au niveau national ou international.

Saint-Etienne, capitale française du design. Rêve ou réalité ? Ne se fait-elle pas rattraper par des villes comme Lille ?

Objectivement non. Saint-Etienne est le seul endroit en France où vous avez une école de design implantée dans un tel bassin de créativité (Mixeur, Usine Créative...), un écosystème économique local, des designers organisés etc. Il n'y a pas de concurrent aujourd'hui, hormis peut-être Paris. Et encore... ce n'est pas aussi bien organisé qu'ici.

Quelles sont les directions que vous envisagez de suivre pour porter plus haut la Cité du design ?

Je compte beaucoup sur l'ESADSE. Je ne comprends pas la dichotomie qui s'est installée entre la Cité du design et l'école supérieure d'Art et de Design de Saint-Etienne. Je crois que la colonne vertébrale de ce lieu est l'école. C'est elle qui porte le tout. Sans elle, il n'y aurait jamais eu de design à Saint-Etienne.

Elle doit à présent grandir. L'école accueille déjà 350 étudiants, elle doit arriver à 450 sous trois ans. L'objectif est d'augmenter en capacité mais aussi en puissance de feu de recherche et en diplomation internationale (en master, licence et demain en doctorat). Ma première priorité est donc de la remettre au centre du dispositif.

Quels sont vos autres axes d'actions ?

La Cité du design trouve une de ses raisons d'être dans la diffusion des savoirs et savoir-faire. Via la Biennale du design, des expositions, des publications... Il faudra faire plus sur ces aspects-là. En parallèle, je veux créer un lieu permanent de pratiques du design, notamment à destination des écoles. Nous allons faire des travaux pour monter d'ici un an, un espace de 150 m² à la Platine. Ce serait prétentieux de parler de « mini Villette », mais c'est l'idée. Je souhaite qu'on l'ouvre au plus grand nombre. Cela permettra d'éduquer au design, de faire comprendre ce qu'est le design. Le conseil d'administration m'a donné son accord.

C'est inscrit dans ses fonctions principales, pourtant la Cité a encore du mal à travailler avec les entreprises. Qu'envisagez-vous sur ce plan ?

Nous devons mieux communiquer avec les entreprises et les administrations qui souhaiteraient utiliser les techniques du design et qui auraient besoin d'être accompagnées. La Cité travaille déjà sur ce point mais pas suffisamment. C'est pourtant primordial. Je vais donc créer un outil qui permettra d'actionner ce levier plus facilement. Une filiale commerciale de l'EPCC va être créée. Elle sera dédiée au transfert de savoir-faire en direction des entreprises et des administrations.

Quels objectifs de chiffre d'affaires ?

C'est trop tôt pour le dire.

Vous risquez d'entrer en concurrence avec l'écosystème des designers de la région...

Non, l'objectif n'est pas d'assécher le marché. Au contraire, nous voulons le développer et associer étroitement Designers +. Cette association jouera un rôle important dans la nouvelle structure. Si c'est possible juridiquement, j'aimerais qu'elle en soit actionnaire. Les designers locaux seront ainsi les prestataires de cet outil. Nous allons nous pencher sur ce sujet très rapidement.

Pour résumer, la Cité dont je rêve pour demain, avec l'appui du conseil d'administration et du président Gaël Perdriau : Cité du design/Ecole, Cité du design/Diffusion et Cité du design/Transfert. Le chantier est énorme.

Les salariés de la Cité sont-ils prêts à cette évolution ? On sait que certains blocages internes ont empêché la Cité d'avancer jusqu'ici et auraient même provoqué le départ de Caroline Tisserand, nommée à la suite du départ de Ludovic Noël.

J'ai vu tous les salariés, je n'ai pas identifié de problème. La mutation qu'on propose nécessitera une attention particulière à la question des ressources humaines mais je suis très optimiste. Le projet doit être compris et partagé.

D'ici combien de temps pensez-vous stabiliser le modèle économique ?

Les subventions publiques représentent 74 % du budget, c'est considérable. Il faudrait réussir à dégager d'autres sources de recettes, notamment grâce à cette nouvelle filiale commerciale. En tout cas, dès cette année, il n'y aura pas de déficit. Saint-Etienne Métropole ne remettra pas au pot comme elle avait pu le faire dans le passé.

Où en est l'organisation de la Biennale ? A-t-elle pris du retard suite à votre recrutement tardif ?

Non, nous sommes dans les clous. Je veille à ce que le tryptique suivant soit respecté : un axe territorial pour montrer en quoi Saint-Etienne est un laboratoire d'expérimentation, un axe d'art et de design, et un axe entreprises.

Comment devient-on directeur de la Cité du design de Saint-Etienne quand on a été un élu politique national de premier plan ?

J'ai été séduit par le projet territorial lié à celui de la Cité. C'est passionnant d'être à Saint-Etienne. Je crois qu'elle peut être une des grandes villes culturelles françaises. J'ai envie d'être un maillon de l'histoire.

Vos exigences salariales étaient donc compatibles avec les moyens de la Cité ?

Je ne suis pas gourmand, ce sont les projets qui m'intéressent.

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Commentaires
a écrit le 13/10/2018 à 20:37 :
Enfin un vrai projet pour la cité du design. S’affranchir du financement de SEM ( 3/4 de 10 millions de budget ) en valorisant la notoriété de la marque via une filiale commerciale. Il fallait y penser. Enfin, donner à l’ESADSE la dimension internationale qu’elle mérite. Thierry Mandon n’a pas manqué son entrée.
a écrit le 10/10/2018 à 13:36 :
Il y a une solution juridique intéressante à explorer si la future filiale commerciale de la cité du design souhaite associer l'association des designers, ainsi que les autres parties prenantes (entreprises, collectivités...) au capital : c'est de choisir un statut SCIC (SARL, SA, SAS)...qui est un statut bien adapté pour des projets de développement économiques à finalité sociétale et territoriale...
+ d'infos sur http://www.les-scic.coop/sites/fr/les-scic/les-scic/qu-est-ce-qu-une-scic.html

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