La raison d'être : une opportunité pour l'entreprise

 |   |  600  mots
Didier Prince-Agbodjan et Joël Tronchon ont débattu autour de la question de la raison d'être des entreprises sur le campus de l'Ucly.
Didier Prince-Agbodjan et Joël Tronchon ont débattu autour de la question de la raison d'être des entreprises sur le campus de l'Ucly. (Crédits : Emmanuel Foudrot/LT)
L'entrée en vigueur de la loi Pacte donne la possibilité aux entreprises d'inscrire une "raison d'être" dans leurs statuts. De nombreux grands groupes comme Carrefour, Atos, Véolia ou Danone se sont empressés de s'en emparer. Mais comment se définit une raison d'être ? Quel projet contient-elle ? Au-delà de la communication, est-ce un levier stratégique ? Ces questions ont été soulevées lors de la rencontre "Idées & Management : la raison d'être un simple slogan ?" organisée ce lundi 17 février, par La Tribune, en partenariat avec la faculté de philosophie de l'UCLy et l'Esdes.

Pour Didier Prince-Agbodjan, docteur en droit, ethnologue, enseignant chercheur en droit international à l'UCLY

"La raison d'être permet à l'entreprise de définir son identité. On propose aux entreprises d'adopter une identité hybride, entre son activité et la prise en compte de son impact social et environnemental."

Avec Joël Tronchon, directeur Développement Durable du Groupe Seb, il était l'invité du premier débat du cycle "Idées & Management : la raison d'être un simple slogan ?" organisé ce lundi 17 février, par La Tribune, l'UCLy et l'Esdes.

Mais quelle différence entre son rôle et la raison d'être ?

"La mise en place de la RSE se fait à travers des démarches de développement durable. À travers la loi pacte et la possibilité d'inscrire une "raison d'être" à ses statuts, il y a une volonté de transformer les entreprises", analyse Didier Prince-Agbodjan.

Didier Prince-Agbodjan

Didier Prince-Agbodjan (Crédit Emmanuel Foudrot/LT)

Concrètement, les entreprises peuvent ajouter à leurs statuts des objectifs sociaux et environnementaux. Un comité de suivi doit être mis en place pour évaluer la mise en oeuvre de ses objectifs et un contrôle est également assuré par un organisme tiers.

Une opportunité pour l'entreprise

Mais la raison d'être est opposable. Souvent, la société civile reproche aux entreprises d'utiliser la raison d'être comme un slogan de communication.

"Les valeurs portées par notre groupe ne sont pas des arguments marketing. Elles permettent de nous distinguer par rapport à nos concurrents. Nous sommes en train d'élaborer notre raison d'être. On s'est associé avec nos salariés et un panel d'ONG parties prenantes de notre écosystème, afin d'écouter leurs critiques constructives. Notre raison d'être doit prendre en compte notre histoire, nos marques et leurs identités fortes, mais également être pensée pour un groupe mondial et convenir à nos actionnaires familiaux", se défend Joël Tronchon.

Joel Tronchon

Joel Tronchon (crédit Emmanuel Foudrot / LT)

Pourtant, les deux protagonistes estiment que la raison d'être est une opportunité pour les entreprises.

"L'élaboration de la raison d'être d'une entreprise est l'occasion de proposer une nouvelle voie de recherche de profit en prenant en compte les enjeux sociaux et environnementaux. Les ministres parlaient de participation des entreprises à l'intérêt général ou aux enjeux communs de la société" explique Didier Prince-Agbodjan.

"Certaines entreprises viennent nous voir en nous disant "on aime cette valeur et on aimerait que vous entriez dans notre capital". De nombreux actionnaires ont intérêt à avoir une raison d'être et à la faire appliquer dans l'entreprise, elle a une valeur quasi-monnayable. En plus, le fait de l'intégrer dans les statuts permet que même après un rachat potentiel ces valeurs perdurent. Elles sont également des arguments de poids pour nos salariés, 65 à 80% des salariés placent le besoin de sens comme l'une de leur préoccupation principale au moment de postuler," abonde Joël Tronchon.

Accessible à tous

Didier Prince-Agbodjan rappelle qu'il n'y a pas d'obligation légale à adopter une raison d'être.

"L'objectif, c'est d'avoir un horizon, la raison d'être permet de créer un espace éthique, et de concilier l'intérêt économique et la prise en compte des besoins sociaux. C'est une évolution volontaire de l'entreprise qui permet de concilier les actes de gestions et la raison d'être".

Joël Tronchon incite toutes les entreprises à se lancer dans l'aventure et à réfléchir à leur raison d'être.

"J'encourage les entreprises quelles que soient leurs tailles à y aller. Cela peut avoir un impact positif sur leur attractivité et sur leur réputation."

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 20/02/2020 à 17:51 :
Attention : comme cela a été précisé par Didier Prince-Agbodjian, il n'y a obligation d'un comité de suivi et de validation externe que pour les entreprises à mission.

La raison d'etre ne donne lieu à aucun contrôle formel.

Ce qui n'empêchera pas bien sûr les différentes parties prenantes de l'entreprise de vérifier sa mise en oeuvre.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :