"La France est en avance sur les questions d’éthiques" (Jean-François Delfraissy)

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(Crédits : Emmanuel Foudrot/LT)
Professeur d'immunologie clinique et de médecine interne à Paris-Saclay et président du Comité consultatif national d'éthique, Jean-François Delfraissy a été l’un des acteurs majeurs de la nouvelle loi de bioéthique votée par l’Assemblée nationale en octobre dernier. A l'occasion d'une conférence Seb Talks, organisée en partenariat avec La Tribune, il réaffirme l’importance d’une réflexion éthique dans la santé ainsi que dans le numérique, avec l’émergence du big data et de l’intelligence artificielle.

Génomique, cellules souches, nanotechnologies, mais aussi Intelligence artificielle ou big data... Notre société évolue comme jamais au cours des 200 dernières années. Toutes ces ruptures technologiques ouvrent un champ infini de possibilités, mais elles soulèvent également de nouveaux enjeux de société qui se répercutent jusque dans l'entreprise.

Dans ce contexte, il semble plus que nécessaire de mener une réflexion éthique afin de définir les gardes fous nécessaires à la recherche scientifique.

"Il faut se souvenir que la bioéthique est née dans la foulée du procès des médecins nazis, à Nuremberg, après la Seconde Guerre mondiale. De grands pontes de la médecine avaient conduit des recherches sur les Juifs et les Tziganes internés dans les camps de concentration. D'un point de vue scientifique, il n'en a découlé aucune découverte majeure", rappelle le professeur Jean François Delfraissy, président du Comité consultatif national d'éthique.

Définir un modèle de régulation pour la science

Depuis, les scientifiques et la société civile se posent régulièrement la question d'un modèle de régulation pour la recherche scientifique. En France cela prend la forme d'une loi de bioéthique révisée tous les 7 ans. Au niveau international, cela a notamment débouché sur un grand consensus autour de l'interdiction du clonage humain.

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Mais d'autres défis se posent à mesure que la recherche avance... ou que la société évolue !

"Dans la médecine, on constate un renouvellement des connaissances de 50 % tous les 5 ans", indique le professeur.

Les grands sujets du moment sont l'intelligence artificielle appliquée à la santé, la recherche sur des cellules souches, la démocratisation du séquençage ADN... Des sujets qui font plutôt consensus au niveau européen.

La France en avance sur les questions d'éthique

"Mais sur les questions de la GPA (gestation pour autrui, NDLR) ou de la fin de vie, certains pays voisins, comme la Suisse ou l'Espagne sont beaucoup plus libéraux, malgré des racines judéo-chrétiennes communes," poursuit Jean-François Delfraissy.

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Dans ce domaine, la France fait en tous cas figure de précurseur :

"Depuis les années 80, et le premier bébé conçu par fécondation in vitro, nous sommes en avance sur les questions d'éthiques".

Selon le médecin, certains pays comme le Japon, les États-Unis ou même la Chine regardent d'ailleurs de très près ce qui se fait en France, et notamment le fonctionnement de son Comité consultatif national d'éthique qui associe médecins, juristes, philosophe, économistes, chercheurs en sciences humaines et personnalités issues de la société civile.

Définir une éthique du numérique

D'autant que les sujets éthiques s'étendent désormais à la question du numérique, aujourd'hui inextricablement lié à nos vies. Les sujets brûlants de l'intelligence artificielle, de la robotique ou du big data appliqués aux champs de la défense, de la sécurité, de la mobilité ou du marketing ouvrent un nouveau champ de réflexion sur lequel il devient urgent que la société se positionne.

Un problème que le nouveau comité consultatif d'éthique dans le numérique, mis en place récemment, s'échinera à régler... pour éviter une dystopie façon Black Mirror.

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