Forum Lyon City Life : Quelles mobilités pour une ville humaine ?

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(Crédits : Amédézal photographe)
Repenser le partage de l'espace public avec l'apparition de nouveaux modes de mobilité, réinventer l'accès aux métropoles pour tendre vers le "zéro carbone", offrir des alternatives à la voiture individuelle pour les habitants des zones péri-urbaines ou rurales… Autant d'enjeux de mobilité dans la ville de demain abordés lors du Forum Lyon City Life, organisé par La Tribune, qui s'est tenu lundi 25 novembre à la Métropole de Lyon. Avec, tout au long de la matinée, des propositions concrètes pour relever le défi d'une ville humaine.

Le casse-tête de la gestion des flottes de trottinettes en libre-service sur les trottoirs en est le dernier exemple : l'essor de nouveaux modes de transports s'accompagne d'une redéfinition du partage de l'espace public. L'équation est double : favoriser les mobilités dites "douces" au détriment de la voiture individuelle, tout en garantissant une bonne cohabitation entre toutes les solutions de mobilité.

Pour répondre à ce défi de la ville de demain, Pierre Hémon, le vice-président de la Métropole de Lyon en charge de la mobilité, appelle à un changement de paradigme.

"Nous devons passer d'un code de la route à un code de la rue pour faire cohabiter l'ensemble des modes de transports... à l'exception de l'autosolisme. Quand on parle de code de la route, on pense d'abord voiture. Mais les voitures sont minoritaires dans l'espace public, ce sont les piétons qui sont majoritaires", rapporte-t-il.

L'objectif affiché : lutter contre l'utilisation de la voiture individuelle avec simplement un conducteur à bord pour des trajets intra-métropole.

Lutter contre l'autosolisme

Et, dans cette optique, Pierre Hémon ne se déclare pas anti-trottinette, même si une forme d'anarchie règne, avec des trottinettes trop souvent abandonnées au beau milieu des trottoirs.

" Les services de trottinettes électriques sont un véritable phénomène de société, on ne peut pas simplement dire « je n'en veux pas » mais réfléchir à une régulation. Il faut donc lui trouver une place pour sanctuariser les trottoirs. Cela impose d'augmenter son espace dédié dans l'espace public. Car, sur une place de stationnement de voiture, il est possible d'installer une quinzaine de trottinettes. Et, au quotidien, je vois plus de voiture qui dérangent que de trottinettes, même si elles n'ont rien à faire sur les trottoirs ", indique Pierre Hémon.

Lyon City Life 2019

Pierre Hémon et Antoine Bluy

Responsable lyonnais de l'opérateur de trottinettes électriques en libre-service Lime, Antoine Bluy appelle également à ce que les trottinettes trouvent enfin leur place dans l'espace public. Il se félicite ainsi de la nouvelle législation en vigueur depuis fin octobre.

"Il était nécessaire de réguler car l'usage de la trottinette électrique se développe fortement. C'est un moyen de transport vert et durable qui permet de lutter contre l'autosolisme. Lyon est une métropole leader au niveau français voire européen en terme de modes doux. Nous devons maintenant réfléchir à comment aller encore plus loin et répondre à la question fondamentale de la multimodalité. Les services de trottinettes électrique est une des solutions en combinaison avec les transports en commun", déclare Antoine Bluy.

Le numérique pour réduire la fracture territoriale

En prolongement du partage de l'espace public entre toutes les solutions de mobilité, l'autre enjeu central de la mobilité en zone péri-urbaine et de l'accessibilité des cœurs de Métropole a également été au centre de cette matinée d'échanges.

Avec un constat implacable : pour de nombreux habitants des zones péri-urbaines ou rurales, éloignés de la ville par la pression immobilière, la voiture reste le seul moyen de locomotion possible.

Dans ce contexte, comment tendre vers l'objectif "zéro carbone" pour répondre à l'enjeu climatique sans fracturer encore d'avantage les territoires ? "Le numérique peut faire tomber barrière urbain/interurbain", répond Laurence Médioni, la directrice communication & RSE d'Ubitransport, une société de solutions numériques de gestion en temps réel des réseaux de transports publics.

"En zone urbaine, nous cherchons à agréger différentes formes de mobilités alors qu'en zone péri-urbaine ou rurale, il faut parfois simplement améliorer les transports existants. Pour cela, nous déployons des solutions de transports en commun à la demande en fonction des besoins des usagers pour éviter de faire circuler des bus qui peuvent être très peu remplis en bout de ligne. Il est possible de rendre efficients les transports en commun dans les zones rurales", avance-t-elle.

Directeur Mobilités - Smart Cities chez Orange, Sébastien Capelle abonde :

"Les outils numériques permettent de planifier plus finement les usages en terme de mobilités. La question est de savoir ce que l'on offre ensuite comme service aux clients. Pour une mobilité ultra-simplifiée, nous travaillons sur le concept de MaaS - Mobility as a service - qui permet à travers une application mobile de connecter l'ensemble des supports de mobilités (transport en commun, vélo en libre-service, co-voiturage, taxi...) d'un territoire avec interface unique qui permet de faire le meilleur choix d'itinéraire et de moyens de transports."

Partager les infrastructures existantes

Autre expérimentation en cours de déploiement dans la smart city : la création de voies de circulation réservées au covoiturage et aux véhicules à faibles émissions.

"L'idée n'est pas de construire de nouvelles infrastructures pour accéder aux villes, mais de partager les infrastructures existantes pour améliorer la fluidité. Pour cela, il faut créer des zones réservées comme c'est le cas à l'entrée de la ville de Grenoble avec une voie de bus et bientôt une voie de covoiturage", témoigne Ghislaine Baillemont, la directrice innovation construction et développement du Groupe APRR.

Lyon City Life 2019

 Sébastien Capelle, Laurence Médioni et Ghislaine Baillemont

Et de reprendre :

"L'autoroute ne doit plus être une verrue dans le paysage. Nous devons intégrer les réseaux de transports à la ville. Pour cela, nous créons des murs acoustiques végétalisés pour réduire le bruit engendré par le trafic routier en ville", poursuit-elle.

Autant de moyens de répondre aux attentes des habitants des métropoles qui aspirent à plus de fluidité et d'apaisement dans leurs déplacements.

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