"Nous appartenons à la terre, ne l’oublions pas" (Pierre Rabhi au Forum Une époque formidable)

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(Crédits : Hamilton de Oliveira)
Auteur, philosophe et agriculteur, Pierre Rabhi sème depuis cinquante ans sa conception du monde et de la nature. Alors que son utopie n'a jamais trouvé autant de résonance, il a appelé de ses voeux, lors du 4e Forum Une Époque Formidable organisé par La Tribune, une société apaisée avec pour base "la bienveillance et l'amour". Une conférence intitulée "J'aimerais tant me tromper" pour celui qui fait le constat d'une société en échec. Et qui donne les clés pour se reconnecter à la réalité, et donc à la terre.

Une société "en échec" et "vaniteuse" où le vivre ensemble n'existe plus, des êtres humains qui se "divinisent" vis-à-vis de la nature et qui se replient sur eux-même pour se protéger de l'autre...

Le constat délivré par Pierre Rabhi, lors du quatrième Forum Une Époque Formidable organisé par La Tribune, est cinglant. Pourtant, comme le dit lui-même l'auteur, philosophe et agriculteur en titre de son dernier ouvrage : "J'aimerais tant me tromper" (entretiens avec Denis Lafay, Éditions de L'Aube).

"Nous sommes tous pris dans une société incohérente. Mais la question est de savoir comment on va construire cette cohérence. Par exemple, quand je vois la prolifération des armes, je me dis qu'il y a un maillon qui manque chez l'être humain... Pourquoi rend-il son passage sur cette terre invivable ? Nous devons changer et nous poser la question de comment nous pouvons participer à une évolution positive de la société. Comment retrouver le juste chemin ?", questionne-t-il.

"Des imbéciles ont dit que le temps, c'est de l'argent"

Celui qui met en avant depuis un demi-siècle une "utopie de bonté et de respect" appelle à la bienveillance et l'amour pour construire "une société apaisée". Ce qui passera obligatoirement, selon lui, par une reconnexion de l'homme avec la nature.

"Les jeunes naissent hors-sol, ils ignorent la terre. Il est impératif de se reconnecter à la réalité. Je pense que l'éducation scolaire devrait comporter du jardinage. Faire un jardin ce n'est pas simplement faire pousser des légumes, mais se reconnecter à la terre en observant le miracle de la nature."

Avec ce retour à la terre, Pierre Rabhi dénonce ainsi une "frénésie du temps nous fait perdre toute notion" :

"Nous avons perdu la patience, nous ne sommes plus à l'écoute de la nature, de la maturation. Nous ne sommes plus en phase avec les saisons, les étoiles... On vit dans une frénésie où des imbéciles ont dit que le temps, c'est de l'argent. Alors on vit dans l'angoisse de perdre du temps. Cultiver un jardin permet de se remettre dans le cycle réel de la vie. On ne peut pas planter aujourd'hui et récolter demain. Nous appartenons à la terre, ne l'oublions pas"

"La question que je pose c'est : Et maintenant, on fait quoi ?"

Chantre de ce qu'il nomme la "sobriété heureuse", Pierre Rabhi exhorte à un changement radical dans notre façon de produire et de consommer qui passe notamment par "une modération de notre boulimie"

"L'être humain s'est, lui même, divinisé. La violence de l'Homme vis-à-vis de la nature ne s'explique par la loi de la jungle évoquée tant de fois. C'est la parabole du félin : le lion ne fait pas commerce de l'antilope qu'il chasse et il prend à la nature ce qui est strictement nécessaire à sa survie. Il ne tue pas inutilement"

Et cet écologiste convaincu de s'inquiéter :

"Quelle planète laisserons-nous à nos enfants ? Et quels enfants laisserons-nous à la planète ?"

En cela, Pierre Rabhi observe avec attention le phénomène Greta Thunberg :

"Elle questionne, elle fait passer un message et c'est très bien. Mais la question que je pose c'est : Et maintenant, on fait quoi ?".

Puis de préciser :

"Ce n'est pas l'écologie mal comprise qui va véritablement modifier les choses, mais l'intention que l'on met réellement dans nos actes."

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Commentaires
a écrit le 12/10/2019 à 7:31 :
Et quant au "petiti père du peuple" ci dessus, il semble que ce soit un autre "Ushuaia"... "Auteur de nombreux livres, dont La sobriété heureuse, Pierre Rabhi a touché en dix ans plus d'un demi-million d'euros en droits d'auteur. Il dispose ainsi d'énormes ressources, entre 7 000 et 10 000 euros par mois. Il explique pourtant lors de ses prises de parole qu'il se contente de très peu ; il touche en réalité beaucoup d'argent.
"Des ambiguïtés qui posent problème"
Mais d'après Jean-Baptiste Malet, le paysan ne reverserait que très peu d'argent à ses propres associations, qu'il a initiées (Terre et humanisme, Colibri...). Ces associations vivent en réalité de la facturation des formations en agriculture et non pas des rendements agricoles. "Il y a beaucoup d'amateurisme" affirme le journaliste.
Pierre Rabhi facture également très cher ses conférences, parfois 2 000 euros, alors que les associations qui l'invitent ont très peu d'argent. Pour Jean-Baptiste Malet, "le décalage entre la prétention de dire 'Je ne vis avec rien', mais toucher beaucoup d'argent sans le reverser aux associations, est problématique".
a écrit le 12/10/2019 à 7:19 :
Eh oui, on est mal barrés. Entre les picsou qui n'en ont jamais assez, et veulent toujours plus de travailleurs/consommateurs, et les dictateurs qui veulent plus de chair à canon pour écraser le voisin... Nos élites au sang bleu...Et nous, pauvre troupeau d'autruches disciplinées. Alternative, vous avez dit alternative ? Individuellement, valbel, tu travailles pour ta conscience (j'essaye de faire pareil...). Mais cela ne changera (presque) rien. C'est bien tout le système qui doit changer (et ne changera malheureusement pas...). Destituer nos élites (qui tiennent les ficelles et ne les lacheront pas), faire comprendre à tout le monde qu'il faut commencer par faire décroitre la population, etc... bien le bonjour
a écrit le 11/10/2019 à 13:21 :
" Et maintenant on fait quoi?"
Il y a bien longtemps que je me suis posé la question et comme il n'y a aucune réponse satisfaisante, parce que le système economico financier ne changera pas, c'est individuellement que je fais ce que je crois écologiquement responsable, avec l'espoir de n'être pas seul et que les petits ruisseaux font toujours les grandes rivières...Enfin, tant qu'il y aura de l'eau ou qu'elle ne sera pas privatisée !
a écrit le 11/10/2019 à 12:29 :
Non, avec moins de 1% de l'humanité qui possède plus de la moitié des richesses de ce monde la terre leur appartient et ils la détruisent.

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