Isabelle Delannoy : "L'activité humaine peut être en symbiose avec la terre"

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(Crédits : Laurent Cerino/LT)
Alors que les scientifiques ne cessent de tirer la sonnette d'alarme sur l'épuisement des ressources de la terre, l'ingénieure agronome et environnementaliste Isabelle Delannoy estime que la croissance économique n'est pas l'ennemie de l'écologie, à condition d'adopter une économie en symbiose avec la nature. Un concept que l'écologiste convaincue, coauteure du film Home avec Yann Arthus-Bertrand, est venue détailler lors d'une conférence Seb Talks intitulée "Économie et écologie, le grand malentendu ?", organisée en partenariat avec La Tribune.

Conjuguer croissance et écologie ? Un challenge qui ne semble pas impossible pour Isabelle Delannoy. L'ingénieure agronome et environnementaliste est la théoricienne de l'économie symbiotique, un concept qui repose sur la symbiose entre l'activité humaine et les écosystèmes naturels.

Pour elle, il est tout à fait possible de réconcilier l'économie et la nature. À condition, bien sûr, de changer radicalement de paradigme pour basculer dans un modèle économique "soutenable et régénératif".

"Mon concept, c'est qu'il est possible de concilier l'activité humaine et la productivité avec le respect des écosystèmes. Le problème n'est pas la croissance en soi, mais le contenu de la croissance. Car l'activité humaine peut être en symbiose avec la terre", expose l'auteure de l'ouvrage « L'économie symbiotique » (Domaine du possible - Actes Sud).

Remplacer l'économie "extractrice"

Permaculture, économie circulaire, économie de la fonctionnalité, économie du partage, économie sociale et solidaire, monnaies complémentaires... autant de modèle à appliquer pour remplacer l'économie "extractrice" par une économie symbiotique qui produit sans épuiser les ressources naturelles. À l'image de l'abeille qui régénère l'écosystème dont elle dépend grâce à la pollinisation lorsqu'elle "consomme" le nectar des fleurs.

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Isabelle Delannoy (photo : Laurent Cerino/LT)

"Cette activité régénératrice est valable pour toutes les espèces, sauf l'espèce humaine. Pourtant, l'Humain peut être créateur de biodiversité. L'économie symbiotique pose la question de comment nous baissons structurellement notre impact sur le vivant pour faire en sorte que ce que l'on produit régénère les sols. L'idée n'est pas de mettre la nature sous cloche, mais de créer des écosystèmes vivants grâce, notamment, aux technologies de pointe. L'objectif est donc de placer la technologie et l'intelligence humaine au service de la restauration de la biodiversité."

Une théorie applicable à l'industrie

Une théorie qui ne s'applique, évidemment, pas uniquement à l'agriculture, mais à l'ensemble de l'économie. Y compris l'industrie :

"L'économie symbiotique est applicable à l'industrie. Cela passerait, par exemple, par l'utilisation de composants interopérables et modulaires dans les appareils technologiques comme les smartphones : donner la possibilité aux consommateurs de rajouter de la mémoire et de changer d'objectif, mais en gardant tout le reste du téléphone encore fonctionnel, si l'on souhaite juste avoir un appareil qui prend de meilleures photos. Cela conduirait à moins d'extraction de ressources naturelles pour la fabrication. On pourrait aussi imaginer la création de circuits locaux de récupération et de remplacement des composants, ce qui créerait de l'emploi au niveau local. Sans oublier que les constructeurs seraient, ainsi, plus proches des consommateurs, ce qui est une source d'innovation", plaide-t-elle.

L'exemple des GAFA

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Isabelle Delannoy et Bernard Jacquand (photo : Laurent Cerino/LT)

Puis Isabelle Delannoy de prendre l'exemple des GAFA, à l'image de Google ou Facebook, qui repose justement sur un modèle où les utilisateurs/contributeurs participent à l'enrichissement du service.

"Mais les GAFA deviennent des prédateurs pour leurs contributeurs qui n'ont pas accès à la gouvernance et dont ils récupèrent des données. On parle alors de monopole, parce que la valeur créée n'est pas redistribuée. Sinon, nous parlerions de biens communs à propos des GAFA", poursuit-elle.

Changer de paradigme avant 2025

Si sa théorie est novatrice, cette scientifique a construit le concept d'économie symbiotique à partir de l'observation de l'existant. Selon elle, nous avons déjà toutes les pièces du puzzle en main. Il faut désormais changer nos pratiques, et il y a urgence :

"On décide aujourd'hui de ce que sera le monde en 2050. Les climatologues sont clairs : si on ne change pas de paradigme mondial d'ici à 2025, on aura scellé ce que sera la planète en 2050. Nous avons donc peu de temps pour changer dans l'imaginaire ce qui fait l'économie. Il est urgent d'entériner une autre façon d'assurer nos besoins."

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Isabelle Delannoy (photo : Laurent Cerino/LT)

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