Numérique  : "Les RH doivent s'habituer à gérer des injonctions paradoxales"

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(Crédits : Steven Dolbeau/LT)
Face aux nouveaux défis que pose la révolution numérique, le rôle des décideurs devient de plus en plus sensible. Comment l'entreprise doit-elle tirer le meilleur des mutations en cours ? Comment peut-elle s'assurer que chacun y trouve son intérêt ? Comment faire du numérique une source de réassurance et d'engagement pour les salariés et non un facteur de stress ? Pour y voir plus clair, UCLy Expert, en partenariat avec le MEDEF Lyon-Rhône, l'ANDRH, RCF et La Tribune, organisait, le 11 avril dernier, une table ronde pour répondre cette question : "Quelles responsabilités humaines des dirigeants pour une mutation numérique réussie ?"

La montée en puissance du numérique et de ses applications : robotique, intelligence artificielle, blockchain... remettra-t-elle en cause un jour l'essence même de notre humanité ? C'est la question que pose Valérie Julien Grésin, dirigeante fondatrice du cabinet ASM Conseils et docteur en philosophie.

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Prenons l'exemple connu du dilemme de la voiture autonome : dans une situation d'accident inéluctable, entre écraser une personne âgée et un enfant, que devra-t-elle faire ? Sacrifier le conducteur ? Écraser l'un ? Ou l'autre ? Répondre une fois pour toutes à cette question, c'est, selon la chercheuse, "préfigurer l'obsolescence de l'Homme. Car en confiant ce choix, l'Homme accepte de s'affranchir de la conscience".

En substance, "comment rester humain dans un monde de machine".

Valérie Grésin

Valérie Julien Grésin (photo : SD/LT)

On le voit, "la mutation numérique questionne radicalement nos manières d'être, et donc, nos manières de travailler", reprend Valérie Julien Grésin qui vient de publier un livre sur le sujet, avec le philosophe Yves Michaud.

Et elle avertit : "L'enjeu de cette transformation en entreprise est celui de savoir rester humain. Notamment, une attention particulière doit être apportée à la collaboration, car la nature de ces changements pourrait sinon amener à une collaboration qui ne serait plus que transactionnelle."

Maintenir l'équilibre entre vie professionnelle et personnelle

Dans un groupe international, quand les applications de téléprésence permettent à des collaborateurs du monde entier de se réunir sans voyager, comment respecter le temps de travail de chacun avec des fuseaux horaires incompatibles ? Concrètement, est-il acceptable de programmer des réunions à 3h du matin ?

UCLY

Laurent Fiard et Véronique Ferreira-Perrin (photo : SD/LT)

Pour Véronique Ferreira-Perrin, continental talent leader en charge de l'Asie au sein du Groupe SEB, se sont effectivement des situations qui peuvent arriver. Néanmoins, l'entreprise a lancé un programme pour développer l'équilibre entre vie professionnelle et personnelle.

"Mais il faut également composer avec les différences culturelles, prévient-elle. Les salariés asiatiques du groupe n'ont pas bien compris cette initiative, tant leur rapport au travail est différent. Là-bas, nous avons dû renommer ce programme "efficacité entre vie professionnelle et personnelle". La fonction RH doit s'habituer à gérer des injonctions de plus en plus paradoxales, car on veut mettre l'humain au centre de tout, mais conserver l'efficacité du système."

UCLY

Sonia Poinso, Laurent Fiard et Véronique Ferreira-Perrin (photo : SD/LT)

S'il pose des questions, le numérique est néanmoins un "facilitateur de collaboration", estime Sonia Poinso, responsable RH groupe dans le domaine des technologies de l'information pour le groupe Volvo.

"Nous développons la réalité augmentée pour former nos collaborateurs. Cette solution nous permet, par exemple, d'avoir une vision d'ensemble sur nos moteurs de camion, qui, par définition, ne sont pas faciles à manipuler."

Le numérique, davantage qu'une accumulation d'outils

Pour Laurent Fiard, président du Medef Lyon Rhône et cofondateur de l'ETI spécialisée dans la transformation numérique des entreprises Visiativ, le numérique est plus qu'une accumulation d'outils.

"Le numérique modifie la collaboration, les relations... c'est vrai. Mais je suis un « numérique optimiste », qui croit que cette mutation va profondément améliorer notre qualité de vie en réduisant les tâches fastidieuses, à faible valeur ajoutée".

UCLY

Laurent Fiard (photo : SD/LT)

"On parle de révolution digitale, mais en fait, le digital est dans nos vies depuis presque 20 ans. C'est le rythme des mutations qui change aujourd'hui. Notre enjeu, c'est d'aider le collaborateur à suivre ce rythme imposé tout en améliorant la qualité de vie au travail", recadre Sonia Poinso

Véronique Ferreira-Perrin confirme : "Il faut trouver le bon cocktail entre compétitivité, engagement des collaborateurs et engagement des clients".

Parmi les solutions, "mettre le collaborateur en situation de participer au changement."

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