"Il faut nourrir son expérience, car le monde change vite"

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(Crédits : Laurent Cerino/ADE)
L'expérience a-t-elle encore de la valeur ? Au-delà des clichés et des préjugés, quel rôle joue l’expérience dans l’entreprise ? Voici quelques questions abordées lors de la 14e conférence du cycle « Philosophie & Management », organisée par La Tribune, qui a rassemblé, à l'iaelyon school of management, le chef d'entreprise Jean-Michel Bérard et la docteure en philosophie Cécile Ezvan.

Fondateur et pdg du groupe Esker créé au milieu des années 80, Jean-Michel Bérard peut faire valoir une vie entrepreneuriale faite de réussites, d'échecs, de paris osés, de transformation de son métier, de périodes de baisse de son activité, mais surtout de forte croissance... Le pilote de l'éditeur lyonnais de logiciels de digitalisation, qui réalise 87 millions d'euros de chiffre d'affaires par an, est donc un homme "d'expérience". Qui prend le soin de différencier expérience et expertise :

"Je m'aperçois que l'expérience, c'est le fruit de centaines voire de milliers de « petites » expériences au quotidien qui créent une sorte de réseau d'expériences. A l'inverse, si l'on travaille toujours la même expérience, on devient expert, détenteur d'une expertise. Personnellement, je n'ai pas d'expertise, mais beaucoup d'expériences qui me permettent de « sentir » - sans pouvoir forcément expliquer pourquoi - quelle est la bonne direction à prendre pour l'entreprise, lorsqu'il va y avoir un problème avec un client ou bien encore quand un candidat correspond au profil recherché pour un poste", explique-t-il.

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(Crédits : Laurent Cerino/ADE)

Docteur en philosophie, intervenante à l'ICP et à l'ESSEC, Cécile Ezvan abonde :

"L'expérience ne se résume pas simplement à l'accumulation d'expériences, mais à la capacité à interroger, à mettre en perspective les choses. Et, pour cela, l'expérimentation est essentielle. Certains philosophes diraient même que la quasi-totalité du savoir vient de l'expérimentation, car c'est à travers l'expérimentation que l'on apprend."

« Il est important de nourrir ces expériences »

C'est pourquoi Jean-Michel Bérard, pdg et président du directoire du groupe - des fonctions qui "éloignent" selon lui -, prend le soin de "garder un pied au quotidien dans le réel".

"C'est notamment pour cela que je dirige en direct la filiale asiatique. Il est important de nourrir ses expériences, car le monde change très vite. Ce qui fait que l'on est vite dépassé."

"L'expérience est le fruit d'un parcours de vie. Et les expériences vraiment essentielles sont celles qui mettent en relation avec les autres hommes et son environnement. Des rencontres qui vont former des personnalités," reprend Cécile Ezvan.

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(Crédits : Laurent Cerino/ADE)

Le revers de l'expérience

Pour autant, l'expérience, autrefois indispensable pour exercer des postes à responsabilités, peut désormais paraître comme un handicap, car fondée sur un monde ancien. Dans certains cas, la transmission est même inversée entre collaborateurs juniors, maîtrisant l'environnement et les nouveaux outils de l'entreprise, et les collaborateurs seniors, expérimentés, mais, sois disant, peu enclin au changement.

"Les jeunes qui contestent leurs collègues plus âgés en entreprise, c'est vieux comme le monde ! Mais l'expérience a beaucoup de valeur. Dans mon entreprise, j'ai des codeurs qui se rapprochent de la retraite et qui sont excellents, qui rendent des projets sans un bug", rapporte Jean-Michel Bérard.

Le chef d'entreprise n'élude pas, non plus, que l'expérience peut également avoir certains revers :

"Se baser sur son expérience peut amener à négliger certaines solutions, à rester dans le cadre que l'on s'est construit soi-même, à toujours penser de la même manière... L'expérience peut donc restreindre, il faut aussi savoir prendre des risques."

Philo

(Crédits : Laurent Cerino/ADE)

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