"La santé du chef d'entreprise doit enfin être prise en compte"

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(Crédits : Laurent Cerino/ADE)
Dans le cadre de la sortie du film "Un homme pressé", tiré de la vie de l'ancien dirigeant Christian Streiff, La Tribune a organisé, en partenariat avec le Medef et les groupes APICIL et BPCE, une conférence-débat suivie d'une table ronde sur le thème de la santé des chefs d’entreprise. Sous l'intitulé "Patrons : le travail, c'est la santé", Christian Streiff, le président délégué du Medef Patrick Martin ou encore la psychanalyste Cynthia Fleury ont rappelé l'importance de la prise en considération de la santé et de la souffrance des dirigeants.

Un sujet qui reste tabou, trop soigneusement évité. Considérés comme des "dominants" dans l'imaginaire collectif et pris, eux-mêmes, dans une idéologie du leadership, les chefs d'entreprises n'auraient tout simplement pas le droit à la souffrance, qu'elle soit physique et mentale.

Une souffrance pourtant parfois bien réelle, mais considérée comme un aveu de faiblesse. Elle est donc tue. C'est le constat du chercheur Olivier Torrès, fondateur de l'Observatoire Amarok dédiée à la santé des dirigeants de PME, qui milite pour que la santé des chefs d'entreprise soit, enfin, prise en compte.

"Quand on évoque la santé au travail, on pense naturellement à la santé des salariés, pas à celle du patron. La posture du « gagnant » que doit avoir le chef d'entreprise interdit également la parole de la faiblesse. Le dirigeant reste donc muet à l'égard de sa propre souffrance. Nous constatons pourtant des dépressions, des burn-out voire des suicides chez les dirigeants. Ce qui me frappe le plus lorsque je discute avec des chefs d'entreprise, hommes ou femmes, c'est qu'ils affirment qu'ils n'ont pas le temps ni le droit d'être malades. Il est urgent de créer des filets pour que nos dirigeants ne tombent pas trop bas. Car si entreprendre est bon pour la santé, quand les dirigeants craquent, nous remarquons aussi qu'ils tombent plus bas que les autres."

"Des hauts et des bas"

Pour briser ce tabou, Christian Streiff a, lui, décidé de prendre la parole et de raconter son histoire. En mai 2008, alors président du groupe PSA Peugeot Citroën, il est victime d'un AVC au siège du groupe automobile. "La fin d'une vie", affirme-t-il.

Après une longue rééducation, l'ancien grand patron décide d'écrire un livre (J'étais un homme pressé aux éditions du Cherche Midi) dont l'adaptation au cinéma vient de sortir en salles.

Streiff

(crédits : Laurent Cerino/ADE)

"Je ne connaîtrais jamais la cause de mon AVC, il peut y avoir 200 raisons différentes. Mais je suis persuadé qu'il y a un lien avec la tension inhérente à ma fonction. Nous entrions alors dans la crise de 2008, et un patron n'a que des décisions difficiles à prendre. C'est à nous que reviennent les choix les plus compliqués, sinon le problème aurait été réglé par nos collaborateurs", détaille-t-il.

Outre la « solitude » du dirigeant lors de la prise de grandes décisions - parfois impopulaires - Christian Streiff, qui revendique avoir été un patron "heureux même si j'ai bien sûr connu des hauts et des bas", n'élude pas avoir été également confronté à la principale contrainte du dirigeant : le manque de temps.

"Je travaillais de 6h à 22h du soir, c'était la folie ! Un patron doit savoir gérer son temps, et doit pouvoir accorder du temps à l'écoute des autres. Si je recommençais à diriger une entreprise, je pense que j'écouterais mieux aujourd'hui."

Streiff

(crédits : Laurent Cerino/ADE)

Christian Streiff déclare, pour autant, n'avoir jamais connu le sentiment de toute-puissance du dirigeant.

"Je n'ai jamais eu l'impression d'être un « héros ». J'ai toujours été un homme normal. J'ai eu beaucoup de responsabilités, mais je suis resté un homme normal qui a essayé de bien faire son travail. Je ne considère pas qu'il existe une « race » de patrons", tranche-t-il.

« Quand un dirigeant vacille, toute l'entreprise vacille »

Président délégué du Medef et dirigeant du groupe industriel Martin Belaysoud Expansion, Patrick Martin reconnaît, lui, volontiers que les chefs d'entreprise ont tendance à "dépasser les limites".

"Mais cela, nous ne voulons pas nous l'avouer. Il faut pourtant autodiscipliner ce sentiment d'invincibilité. Je considère qu'il est primordial d'embarquer les chefs d'entreprise dans un processus de prévention de leur santé. Car la santé des chefs d'entreprise est un véritable bien collectif qu'il faut protéger. Notamment dans les PME où l'entrepreneur joue véritablement le rôle de chef d'orchestre. Alors, quand un dirigeant vacille c'est toute l'entreprise qui vacille."

Streiff

(crédits : Laurent Cerino/ADE)

Un déni de vulnérabilité des chefs d'entreprise que la psychanalyste Cynthia Fleury n'hésite pas a qualifier de "stupide" :

"Mais ce rejet de la fragilité n'est pas spécifique au monde des patrons. L'ensemble de la société actuelle est en proie au diktat de la performance et à la mise en spectacle du leadership", souligne-t-elle.

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