Gilles Boeuf : "Il faut aller chercher dans le vivant des solutions à nos problèmes"

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(Crédits : Emmanuel Foudrot/ADE)
Faire des animaux nos alliés, s’inspirer de leurs extraordinaires capacités d’adaptation plutôt que d’adopter une attitude arrogante à leur égard : c’est le message qu’a fait passer le scientifique engagé Gilles Bœuf mercredi 3 octobre à Lyon, à l’occasion du lancement du cycle « Homo Animalis » organisé à Lyon par Acteurs de l’économie-La Tribune en collaboration avec Boehringer Ingelheim.

"Nous ne pouvons plus empêcher le climat de changer, il va changer. A nous maintenant de nous adapter", a déclaré d'entrée de jeu Gilles Bœuf, venu s'exprimer dans les locaux du laboratoire pharmaceutique Boehringer Ingelheim.

Pour le professeur de biologie à l'université Pierre-et-Marie-Curie, face au péril climatique et à la baisse dramatique de la biodiversité, "nous devons nous responsabiliser, nous, humains, vis-à-vis des autres espèces, co-construire un avenir durable, respectueux et équilibré."

L'homme, plutôt que son destructeur, doit être le partenaire de l'écosystème. L'ancien président du Muséum national d'histoire naturelle dénonce l'imprévoyance, l'arrogance et la cupidité humaine qui conduisent à une extinction massive des espèces :

"Tous les grands singes sont aujourd'hui menacés. Il ne reste que 8 % des tigres, 7% des lions... Nous avons perdus 30 % des oiseaux en quinze ans... Les animaux sont en train de s'éteindre et l'Humain s'en fiche", alerte-t-il.

Gilles Boeuf Homo Animalis

Gilles Boeuf face à une salle conquise (crédit : Emmanuel Foudrot/ADE)

Pour inverser le processus, une seule solution :

"Reconnaître ce que l'on est ! Nous sommes faits des mêmes sels et des mêmes bactéries que les animaux. L'Homo Sapiens a la moitié de gênes en commun avec la mouche drosophile et 98 % avec le chimpanzé !". "Ce matin, vous aviez tous entre un et deux millions d'acariens dans votre lit ! Vous êtes plus proches d'eux que de votre partenaire", a-t-il souligné avec une pointe de malice.

La bio-inspiration où comment s'inspirer des animaux

Pour le président du conseil scientifique de l'Agence française pour la biodiversité (AFB), "il faut aller chercher dans le vivant des solutions à nos problèmes. La vie est là depuis 4 milliards d'années. Elle a bien failli s'éteindre. La résilience a été très longue mais elle a finalement pu s'exprimer... Veillons à ne pas tout laisser disparaître !"

Plutôt que de persister dans un comportement arrogant, le scientifique invite à faire preuve de plus de sobriété, à observer et respecter des animaux aux comportements extraordinaires. Les capacités animales nous font ainsi relativiser les performances humaines :

"Michael Phelps nage à 17 km/h, ce n'est rien comparé à nos poissons ! Usain Bolts courre à 48 km/h, c'est moins qu'un lapin !"

Gilles Boeuf Homo Animalis

Autre animal exceptionnel : la libellule.

"Elle a neuf techniques différentes de vol, une vue à 360 degrés, une capacité à encaisser 30 g, c'est bien plus que nos meilleurs pilotes d'avion ! Elle sait tout faire sauf reculer ! Et nous, on assèche ses mares dans l'indifférence totale..."

L'observation de la nature a pourtant beaucoup à nous apprendre. Dans le domaine médical notamment :

"L'étoile de mer a aidé à lutter contre le cancer et les limaces de mer contre Alzheimer !", rappelle Gille Bœuf.

Les animaux nous guident même jusque dans nos déplacements :

"Les algorithmes des GPS de nos voitures sont inspirés des fourmis : elles expliquent à leur copine où se trouve le gisement de nourriture et comment trouver le chemin le plus court."

Gilles Boeuf Homo Animalis

Première conférence du cycle Homo Animalis (crédit : Emmanuel Foudrot/ADE)

« Face à ce probable catastrophique, nous avons une chance, c'est l'improbable »

Délivrant un message pessimiste sur un ton résolument optimiste, Gilles Bœuf veut croire qu'il est encore temps d'éviter le pire. L'Homo Sapiens doit pour cela s'inspirer de la capacité d'adaptation des animaux :

"S'ils ne l'avaient pas fait, ils auraient déjà tous disparus. Eux ont accepté de changer et nous, on ne change toujours pas ! La seule menace sur l'humanité, c'est l'humain..."

Et de citer le philosophe Edgar Morin :

"Face à ce probable catastrophique, nous avons une chance, c'est l'improbable. Rien n'est jamais joué à l'avance, mais il faut acquérir une conscience de ce que l'on est. Nous avons dans ce domaine une énorme marge de progression."

Face au péril climatique, il est encore temps de revenir à plus de décence :

"Apprenons l'altruisme, le respect, détruisons l'imprévoyance, l'arrogance, la cupidité !" plaide le lanceur d'alerte.

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