Laurent Berger : "Il faut renouer avec les territoires"

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Laurent Berger et Denis Lafay le 25 juin au Sofitel Lyon Bellecour
Laurent Berger et Denis Lafay le 25 juin au Sofitel Lyon Bellecour (Crédits : Laurent Cerino/ADE)
Elections au Medef, conflit à la SNCF, préparation de la loi Pacte, revitalisation du dialogue social… Laurent Berger est sur tous les fronts. A l’occasion de la publication du livre "Au boulot !" (Editions de l’Aube), le secrétaire général de la CFDT a mené un dialogue particulièrement fécond et haut en couleur, lundi 25 juin avec Denis Lafay et René Ricol, au cours d’une conférence-débat à l’Hôtel Sofitel Lyon Bellecour devant près de 500 spectateurs.

La grève perlée à la SNCF n'a-t-elle pas fait déshonneur au travail ? A cette première question volontairement provocatrice de Denis Lafay, Laurent Berger s'agace : "Le populisme n'est pas loin quand on commence à jeter l'opprobre sur les cheminots", prévient le secrétaire général du syndicat réputé le plus réformiste de France.

"S'il y a eu ce conflit, c'est à cause de la façon dont a été abordée la réforme. Il aurait fallu réunir tout le monde autour de la table des négociations, regarder ensemble comment construire une convention collective et faire émerger un compromis", rappelle-t-il.

Laurent Berger

Laurent Berger (photo : Laurent Cerino/ADE)

C'est l'absence de concertation qui mène selon lui au conflit : "Pourquoi toujours rejeter la responsabilité sur les salariés ? Je dis souvent qu'une entreprise a les syndicats qu'elle mérite !"

"Après les réformes viendra le temps du bilan"

Laurent Berger est revenu sur l'action d'Emmanuel Macron et la volonté du gouvernement de réformer à tout-va :

"Je ressens une lassitude devant les méthodes employées qui constituent un mépris des corps ordinaires."

Et de mettre en garde le gouvernement : "Ce n'est pas l'accumulation des réformes qui vaut efficacité des réformes. Et en ce qui concerne la formation professionnelle notamment, nous verrons dans deux ou trois ans si les entreprises jouent le jeu."

Conference laurent Berger public

Dans son ouvrage "Au boulot", le nouvel homme fort de la CFDT revendique la construction d'un dialogue économique et social de haut niveau avec le gouvernement et le patronat.

Une vision partagée par René Ricol, fondateur du cabinet Ricol Lasteyrie, membre du réseau EY. Il accompagne les directions générales de grands groupes, d'ETI et de start-up sur des sujets stratégiques et financiers. "On ne peut être que d'accord avec ce livre", estime-t-il. L'expert-comptable et commissaire aux comptes considère cependant que Laurent Berger sous-estime l'impact du "tout financier".

Il met en garde contre la déviance financière, "ces fonds déments qui ont détruit des centaines de milliers d'emplois."

Projet de loi Pacte : pas assez ambitieux pour la CFDT

Les deux hommes adhèrent aux propositions du rapport Senard-Notat destiné à mieux intégrer les enjeux sociaux et environnementaux dans les entreprises.

"Nicole Notat et Jean-Dominique Senard le disent dans leur rapport : quand on associe les salariés, on fait moins d'erreurs. En écoutant, en faisant confiance, un dirigeant gagne en performance. Il n'y a que quelques apparatchiks pour penser le contraire !" s'exclame René Ricol avec fougue.

Pour Laurent Berger, "le projet de loi Pacte est pour l'instant très en deça des propositions du rapport Senard-Notat. Si cela reste en l'état, ce sera une belle occasion manquée."

Ces deux déçus du mandat de Pierre Gattaz attendent beaucoup de l'élection au Medef. Elle opposera le 3 juillet prochain Alexandre Saubot à Geoffroy Roux de Bézieux. Avec un impératif : "Renouer avec les territoires et y porter des projets", affirme avec conviction Laurent Berger.

"J'espère que Patrick Martin aura un rôle important à jouer dans la prochaine équipe dirigeante du Medef", confie René Ricol, très attaché à l'entrepreneur lyonnais dont la candidature à la tête du patronat français a été écartée.

René Ricol

René Ricol (photo : Laurent Cerino/ADE)

Le fondateur du cabinet Ricol Lasteyrie voudrait mettre fin à l'éternel clivage entre patrons et salariés. Une ambition louable mais qui semble inatteignable tant la question de la rémunération des dirigeants, parfois abusive, divise.

René Ricol l'admet : "il y a des patrons qui ont des salaires incompréhensibles, mais c'est anecdotique car ils ne sont qu'une poignée."

Pour Laurent Berger, au contraire, "il faut poser des limites et légiférer car l'autorégulation ne fonctionne pas. Il y a un problème évident de partage de la richesse dans les entreprises."

"On ne pourra pas s'en sortir si on laisse les inégalités se creuser", ajoute Laurent Berger

"Le risque de l'extrême est très puissant"

A un an des élections européennes, le leader de la CFDT redoute en effet la percée de l'extrême-droite : "Le repli sur soi guette tous les acteurs, syndicats et organisations patronales. Nous avons un message fort à porter : celle d'une Europe modèle de paix et de justice sociale", estime Laurent Berger.

"J'ai le sentiment que les fractures sont toujours les mêmes qu'il y a un an et qu'elles peuvent nous emmener au populisme. Ce qui s'est passé à l'élection présidentielle peut recommencer. Le risque de l'extrême est très puissant."

livres au boulot

(photo : Laurent Cerino/ADE)

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