Prix Rebondir : Guillaume Mulliez, le battant

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(Crédits : Jean Lecourieux Bory)
Ne pas considérer un échec professionnel comme une fin, mais plutôt comme une étape de la vie. Savoir apprendre de ses difficultés personnelles afin d'en faire une force. Guillaume Mulliez, patron de Dimo Software, l'a appris au gré de ses propres expériences, parfois traumatisantes. Des situations dont il a su se sortir et dans lesquelles il puise, afin d'aider d'autres entrepreneurs à se relever, aux commandes de l'association 60 000 rebonds. Il est lauréat du 12e Prix de l'esprit d'entreprendre dans la catégorie Rebondir.

"Entreprendre, c'est grandir de ses réussites et de ses échecs." Cette affirmation résonne comme un mantra pour Guillaume Mulliez, président de 60 000 rebonds. L'association épaule les dirigeants après la liquidation judiciaire de leur entreprise. Elle a été créée en 2012 à Bordeaux par Philippe Rambaud, un entrepreneur ayant lui-même fait l'expérience de l'échec.

"Philippe s'est rendu compte qu'il n'existait aucune structure pour aider les dirigeants qui subissent le traumatisme lié à la liquidation judiciaire", indique le président de l'association.

L'esprit de 60 000 rebonds ? "Bienveillance, solidarité et engagement". Depuis l'arrivée de Guillaume Mulliez en avril 2016, l'association s'est professionnalisée. Elle compte 13 salariés permanents, 700 bénévoles et accompagne 500 entrepreneurs en rebond dans huit régions. L'échec, le président de 60 000 rebonds ne l'a pas éprouvé à titre professionnel, mais plutôt à titre personnel :

"J'ai connu le divorce à deux reprises et plusieurs dépressions, qui touchent très souvent les dirigeants après une liquidation. Je souhaitais aider des personnes en difficulté qui ont envie de se battre", témoigne-t-il.

Issu d'une grande famille d'entrepreneurs - son grand-père Louis est le fondateur du groupe Auchan -, Guillaume Mulliez a débuté sa carrière au Canada, chez Phildar, l'une des entreprises familiales. Puis il contribue en 1992 au lancement du réseau Rhône-Alpes Entreprendre.

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En 1995, il décide de s'affranchir de l'héritage familial et crée Dimo Software, une société de distribution et de fabrication de logiciels de CRM (gestion de la relation client). "J'avais envie d'être un entrepreneur créateur, pas un repreneur", explique-t-il. Sa société croît rapidement.

Pas tout rose

De dix salariés au départ, le dirigeant emploie aujourd'hui 360 personnes à Limonest, son siège, mais aussi à Paris et Nantes, et son entreprise génère 37,9 millions d'euros de chiffre d'affaires, avec l'ambition de se développer à l'international, notamment en Espagne (Madrid) et au Canada (Toronto).

Mais tout n'a pas été rose. En 1998, Guillaume Mulliez fait une première dépression, qui aurait pu conduire son entreprise à la faillite :

"Quand vous n'avez plus d'énergie pendant un ou deux ans, vous n'avez plus la capacité de faire face aux difficultés. Sans mes cinq associés, je me serais planté", raconte-t-il.

Malgré ses difficultés personnelles, le dirigeant, diagnostiqué bipolaire à 38 ans, parvient à se relever : "Ce qui compte, ce n'est pas tant l'échec que le rebond", affirme-t-il, lui qui a trouvé dans le milieu associatif des valeurs essentielles à son équilibre.

"L'épanouissement personnel, la réussite collective, l'exigence et la bienveillance... c'est ce que j'ai trouvé, enfant, dans le scoutisme et que j'essaie de reproduire à travers 60 000 rebonds", raconte l'entrepreneur de 57 ans, père de quatre enfants.

Dédramatiser l'échec

Déni, dépôt de bilan, dette personnelle, divorce, déménagement, déprime voire même décès : ce sont "les 7 D" qui illustrent la spirale infernale dans laquelle tombent les dirigeants lorsque leur entreprise se retrouve en difficulté. "Bien souvent, ils n'osent pas en parler, alors qu'il existe des solutions pour éviter la faillite", explique Guillaume Mulliez.

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En France, l'échec est encore très mal perçu, voire même honteux, à l'inverse des pays anglo-saxons dont la vision est plus positive et qui préfèrent parler d'expérience.

"Celui qui a fait faillite est triplement seul : il n'a plus son réseau professionnel, il n'a plus son conjoint qui souvent lui en veut, il n'a plus de maison et croule sous les dettes... Rebondir tout seul, c'est difficile", constate-t-il.

C'est là qu'intervient l'association, aidée par des bénévoles et des mécènes. Les dirigeants "en rebond" sont pris en charge à leur arrivée par un parrain issu du monde de l'entrepreneuriat. Ils rencontrent des experts et des coachs pour rebâtir un projet professionnel. Les entrepreneurs accompagnés trouvent en moyenne un nouvel emploi dans un délai de 6 à 10 mois ou créent une nouvelle société après 12 à 18 mois.

"Il faut faire le deuil de sa vie précédente pour aller de l'avant... et rebondir", résume ainsi Guillaume Mulliez.

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