Prix Mobiliser : Roger Blanc, l'instigateur

 |   |  627  mots
(Crédits : DR)
Événement confidentiel et artisanal lors de sa première édition en 1992, le Sommet de l'élevage est devenu un carrefour d'affaires international, vitrine des innovations d'une filière de production. Son fondateur, Roger Blanc a su répondre à un réel besoin des producteurs et mettre en lumière le territoire auvergnat et ceux qui le valorisent. Il est lauréat du 12e Prix de l'esprit d'entreprendre dans la catégorie Mobiliser.

Son projet, que certains jugeaient incongru, a d'abord étonné, déconcerté même. Au tout début des années 1990, Roger Blanc, alors éleveur et producteur laitier installé en Auvergne, envisage d'organiser un événement centré sur les races bovines allaitantes.

Pour expliquer ce paradoxe, Roger Blanc se remémore le contexte particulier du régime des quotas laitiers, instauré dans le cadre de la politique agricole commune (PAC) et qui contingente alors, pays par pays, les volumes de production de lait afin de résoudre le problème des excédents de production, les fameux "lacs de lait" et "montagnes de beurre".

Si l'éleveur dépasse les quotas fixés, il doit, dans ce cadre réglementaire strict, s'acquitter d'une amende.

"Pour le producteur laitier que j'étais, l'instauration des quotas, véritable frein au développement de la production alors en plein essor dans le Massif central, a en quelque sorte servi de détonateur. Mon intérêt pour les races à viande a d'abord étonné dans mon entourage. Parmi ces races, les principales - charolaise, limousine, salers, aubrac, blonde d'Aquitaine - sont présentes sur le territoire auvergnat. L'idée d'organiser un événement de promotion de l'élevage allaitant s'enracine dans la volonté de mettre ce territoire en lumière, ainsi que les hommes et les femmes qui, par leur activité d'élevage, le valorisent."

Force de persuasion

Promouvoir l'économie liée à l'élevage, valoriser une filière de production et mettre un territoire en lumière : voilà le triptyque qui va guider Roger Blanc tout au long de la préparation du premier Sommet de l'élevage. "Peu de gens ont cru à la réussite de ce projet. Il m'a fallu convaincre les acteurs, presque un par un."

Lire aussi : Sommet de l'élevage : qui est Jacques Chazalet, petit paysan devenu grand ?

La première édition se tient les 3, 4 et 5 octobre 1992, au camping de Cournon-d'Auvergne. Elle réunit 250 exposants et rassemble quelque 10 000 visiteurs, les pieds dans la boue.

"Ce premier Sommet de l'élevage "du Massif central" relevait véritablement de l'artisanat, se rappelle-t-il. Nous disposions d'un budget global de 2,6 millions de francs de l'époque, soit un peu moins de 400 000 euros, dont environ 60 % de subventions. Malgré la météo épouvantable, il ne s'est pas soldé par un échec."

La litote révèle la prudence du fondateur du Sommet aujourd'hui âgé de 75 ans. Mais, "à l'heure du premier bilan, les exposants locaux nous ont confortés dans l'idée d'organiser une deuxième édition". La machine est lancée et le Sommet s'ancre durablement dans le paysage auvergnat.

Cette réussite "constitue une source de fierté. Je suis convaincu que le sommet a participé à la valorisation d'un territoire, d'un savoir-faire agricole et à la progression d'une filière de production et de ses techniques. Mais ce qui me paraît essentiel, c'est le changement de dimension de cet événement, d'abord régional, il est devenu mondial. Sa renommée internationale constitue une grande satisfaction. En outre, le budget actuel, d'environ 6 millions d'euros, est bouclé sans aucune subvention, financé principalement par les achats d'espaces par les exposants. Avec un taux de retour d'environ 90  % de ces derniers".

Lire aussi : Sommet de l'élevage : comment la filière bovine française s'exporte

Consolidé au fil des éditions, le sommet réunit aujourd'hui 1 500 exposants, quelque 2 000 animaux et rassemble plus de 100 000 visiteurs sur trois jours. Roger Blanc en est intimement persuadé : "La routine, c'est déjà le début de la fin !" Aussi, pour garantir au sommet de demeurer "la vitrine mondiale des techniques de production innovantes" et constituer "un carrefour d'affaires indéniable et incontournable", son fondateur n'applique qu'une recette :

"Chaque année, trouver de nouvelles idées, innover et se réinventer."

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :