“Le capital santé potentialise le capital humain”

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(Crédits : Laurent Cerino/ADE)
La santé au travail est un enjeu collectif, et surtout un enjeu global, selon Guillaume Soenen, professeur associé de management et titulaire de la Chaire APICIL Santé et Performance au Travail à emlyon business school “Capital santé et performance collective”. Autant d'arguments développés lors d'une conférence proposée le 30 mai par Acteurs de l’économie-La Tribune, en association avec MBTP, APICIL, emlyon business school et la Fondation du BTP lors du salon Preventica. Morceaux choisis.

D'après une définition de l'Organisation mondiale de la Santé, le capital santé repose tout à la fois sur la santé physique, la santé mentale et la santé sociale. Soit ce postulat de départ : un individu en bonne santé est un individu plus performant au travail. Dès lors, une entreprise dont les salariés sont en bonne santé sera plus performante.

"Or, ce postulat, d'apparence évidente, n'a jamais été quantifié avec des méthodes scientifiques incontestables. Il échappe à toute démonstration systématique", établit d'emblée Guillaume Soenen, professeur associé de management et titulaire de la Chaire APICIL Santé et Performance au Travail à emlyon business school.

Investir dans la santé

Ce dernier pose une équation simple : "la performance est égale au produit du capital humain et du capital santé. Or, les sommes investies dans la sélection, le recrutement et les processus de contrôle ne visent que le capital humain, sans correspondance avec les investissements sur le capital santé".

"Pourtant, si l'on interroge les dirigeants d'entreprises sur les avantages de pouvoir s'appuyer sur un fort capital santé organisationnel, ceux-ci avancent, par exemple, les bénéfices d'image vis-à-vis de futurs collaborateurs. Un fort capital santé développe également la capacité d'innovation d'une organisation et renforce la qualité de sa production. Or, le capital santé est proportionnel à la motivation et à la satisfaction des collaborateurs."

La régulation du stress

"Parmi les risques perçus par les salariés, le stress constitue le facteur irritant le plus fréquent au travail".

Guillaume Soenen

Guillaume Soenen (crédits : Laurent Cerino/ADE)

"Notre organisme biologique, physiologique, est parfaitement adapté à réagir à une situation de stress. Mais la répétition, dans le temps, de ces situations est problématique. En outre, notre capacité d'anticipation est elle-même source de stress. Les éléments sont très nombreux et très divers et peuvent varier d'un individu à l'autre. Le processus de régulation relève donc lui aussi de l'individu et pourra même se révéler un facteur de performance s'il aboutit à un stress régulé. A défaut, le stress non régulé peut aboutir, par exemple, à des situations de "burn-out"."

"On distingue plusieurs éléments facteurs de stress : l'absence d'assurance, le travail posté, les heures longues de travail, l'insécurité économique, les conflits professionnels et personnels, la faible autonomie professionnelle, les fortes exigences professionnelles, le faible soutien social au travail et l'injustice au travail", indique Guillaume Soenen.

Observer le terrain

"Face à cette situation, les organisations disposent de plusieurs modes d'action : éliminer le risque, en substituer la source, isoler les salariés vis-à-vis du risque, modifier l'organisation du travail et, enfin, protéger les salariés."

préventica

(crédits : Laurent Cerino/ADE)

"Toutes ces stratégies relèvent d'une approche essentiellement défensive structurée autour de la notion de risque, notamment légal, et donc de potentielle sanction. Or il conviendrait de se positionner dans une optique d'investissement positif dans le capital santé."

"Ainsi, l'élimination des conditions de travail qui menacent la santé et la sécurité ne doit pas s'opérer au titre d'obligations légales mais bien à partir d'une observation de terrain."

"Conscient de l'existence des risques psychosociaux, au sein des organisations, le capital santé doit être traité de façon positive, comme un investissement et non comme un risque à réduire."

Le travail, c'est la santé !

"Dès lors, le lieu de travail doit être appréhendé comme capable d'améliorer l'état de santé. Mais celui-ci ne peut uniquement dépendre des entreprises et des organisations : il est l'affaire de la communauté au sens large, dans laquelle s'inscrivent les lieux de travail. La santé au travail est un enjeu collectif. Et un enjeu global : la santé au travail est d'abord un enjeu de santé."

"Nous sommes, à l'échelle individuelle, les premiers responsables de notre état de santé : la démarche individuelle prime, dès lors, sur le reste. Nous sommes donc les premiers acteurs de la conservation et de l'entretien de notre capital santé", conclut le professeur.

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Commentaires
a écrit le 03/06/2018 à 19:27 :
Oui, professeur à raison

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