Blockchain : "Une technologie qui amène des changements fondamentaux"

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(Crédits : Laurent Cerino/ADE)
Bitcoin, blockchain… Pour les non-initiés, ces anglicismes sont souvent associés à un monde opaque aux contours mal définis. Acteurs de l’économie-La Tribune a proposé mardi 22 mai une conférence en partenariat avec CIC Lyonnaise de Banque, afin de mieux décrypter les enjeux de la blockchain ou blocs de chaînes, qui est en train de modifier les fondamentaux de notre économie.

La blockchain est apparue avec les crypto-monnaies, au lendemain de la crise économique de 2008.

"Le bitcoin est une monnaie virtuelle qui permet de réaliser des transactions et qui repose sur la blockchain ou blocs de chaînes, une technologie de stockage et de transmission", explique Marc de Beaucorps, vice-président et responsable IT de Plug'N'Play, le club informatique et multimédia de l'EM Lyon.

"C'est une base de données indélébile, immuable", poursuit l'étudiant. Dès qu'une information entre dans la blockchain, elle est en quelque sorte "gravée dans le marbre numérique", ajoute Olivier Alirol, directeur général de Blue-Horizon.io., une plate-forme d'échange de connaissances.

Confiance et traçabilité

La blockchain repose sur quatre piliers : la décentralisation des données, la sécurité via la cryptographie, la transparence et l'autonomie.

"Dans la blockchain, chaque acteur dispose d'une copie, chacun peut consulter l'historique d'une transaction et se porter garant de l'intégrité d'une donnée", explique Marc de Beaucorps.

A chaque nouvelle information inscrite, l'ensemble de la chaîne est recalculée et cryptée afin de garantir l'authenticité des données, ce qui génère par ailleurs une consommation toujours plus grande d'énergie.

La blockchain, solution miracle ?

Certains voient la blockchain comme la prochaine révolution technologique, d'autres comme la cause d'une transformation radicale de notre environnement socio-économique. Pour Jean-Philippe Rennard, économiste et informaticien, doyen du corps professoral à Grenoble École de Management, ses applications sont innombrables : "Son potentiel est absolument énorme. On est face à une technologie qui n'est pas encore mûre."

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Jean-Michel Mis, Jean-Philippe Rennard et Olivier Alirol. (crédits: Laurent Cerino/ADE)

Une analyse partagée par Jean-Michel Mis, député de la Loire, co-rapporteur de la mission d'information sur les blocs de chaînes et vice-président de la commission cyberdéfense et souveraineté numérique de l'Assemblée nationale :

"Nous sommes face à une technologie de rupture qui amène des changements fondamentaux."

La blockchain est aussi perçue comme une opportunité pour les pays en voie de développement de réaliser un bon en avant, à l'image de ce qui s'est passé avec l'arrivée de la téléphonie mobile :

"Elle permet par exemple d'attester que l'on est bien propriétaire d'un terrain, ce qui est difficile à prouver en Afrique car il n'existe pas de registre fiable", explique Olivier Alirol.

Marc de Beaucorps confirme que cet outil informatique "offre la possibilité d'une multitude de nouveaux business modèles." Les entreprises commencent d'ailleurs à comprendre son intérêt pour la traçabilité et l'intégrité de leurs données.

"Carrefour a mis en place la technologie blockchain pour garantir le suivi de ses poulets", indique Marc de Beaucorps.

L'émergence de cette nouvelle économie, dite disruptée, suscite pourtant des craintes dans le milieu bancaire. Le cours des crypto-monnaies varient de façon totalement anarchique.

"Il y a un risque concernant la régulation, le stockage et la transmission des données", estime Sébastien Mollin, le directeur régional de CIC Lyonnaise de Banque.

"La blockchain ne doit pas être considérée comme l'ennemi du système bancaire. Les banques doivent au contraire se saisir de cet outil", tempère Jean-Philippe Rennard. Les premières applications concrètes sont d'ailleurs en train d'arriver : "La Banque de France s'apprête à utiliser la blockchain pour gérer les virements SEPA", explique Jean-Michel Mis.

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Jean-Michel Mis (crédits : Laurent Cerino/ADE)

Quels risques de dérive ?

Certains voient dans la blockchain une plate-forme de financement du Darknet ou des réseaux terroristes. "Oui, il y a des dérives", admet Jean-Philippe Rennard. "De la même manière qu'il y a des dérives dans l'utilisation des billets de 500 euros. Ce qui est condamnable, c'est l'usage que l'on fait, pas l'outil en tant que tel. Ne faisons pas d'amalgame", ajoute l'économiste.

Pour Olivier Alirol, la blockchain offre au contraire une garantie : "On peut retracer n'importe qu'elle transaction dans la blockchain. C'est donc absurde de l'utiliser pour faire quelque chose d'illégal."

Pour beaucoup, l'outil numérique pose aussi un problème de gouvernance, de droit et de protection de la vie privée :

"Le rôle de l'Etat va d'être d'accompagner le développement de la blockchain, de faire émerger des entreprises françaises qui ont le savoir-faire dans ce domaine", explique Jean-Michel Mis. "Cette technologie n'est jamais qu'un outil, pas un oracle", conclut le député de la Loire.

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(crédits : Laurent Cerino/ADE)

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Commentaires
a écrit le 28/05/2018 à 10:05 :
C'est sûrement une belle invention, mais a) si ça intéresse tout le monde, c'est éventuellement parce que tout le monde se voit en gestionnaire de blockchain, payant, bien entendu, b) l'argument du système inviolable peut faire doucement rigoler.
a écrit le 24/05/2018 à 18:00 :
blockchain = "chaine de blocs" .. et non pas "blocs de chaines" : ce contresens de l'intro en dit long sur les malentendus qui émaillent ensuite l'article, confondant la technologiqe blockchain avec les cryptomonaies, laissant entendre que les défauts et dangers de la technologie blockchain sont liés aux mauvais usages des cryptomonaies et leur volatilité... alors que c'est aussi différent que de parler du cuir du porte-monaie et ses usages ou des pièces et billets qu'on range dedans !

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