"L’économie inclusive, c’est se laisser transformer par l’autre ! "

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Jean-Baptiste Hibon, Valérie Glatard et Patrick Blayac.
Jean-Baptiste Hibon, Valérie Glatard et Patrick Blayac. (Crédits : Laurent Cerino/ADE)
Permettre à chacun de trouver sa place dans la société, au-delà des préjugés et de la seule logique lucrative : c’est le principe de l’économie inclusive. Acteurs de l'économie-La Tribune, en partenariat avec la Métropole de Lyon, a organisé mercredi 2 mai une conférence-débat sur ce thème au Campus Saint-Paul de l'UCLy.

L'économie inclusive serait-elle en train de s'imposer aujourd'hui comme un modèle économique d'avenir ? Loin d'être un concept abstrait, elle a le mérite de bousculer notre regard au monde. Son principe consiste en l'inclusion dans l'entreprise d'handicapés, de chômeurs de longue durée, de jeunes non diplômés ou de personnes au parcours de vie "cabossé".

Jean-Baptiste Hibon en est persuadé, "l'économie inclusive contribuera, demain, à rendre le monde du travail plus juste et plus équitable."

Passer de la compétition à la collaboration

Ce psychosociologue, président fondateur du Réseau Humain et du Congrès Nouvelle Ere considère cependant que "la tâche à accomplir dans notre société est immense".

"Nous voyons de part et d'autre des initiatives intéressantes. Mais fort est de constater que l'inclusion est encore difficile, car elle implique de passer de la compétition à la collaboration, constate le conférencier.Toute notre vie consiste à rechercher la quête du meilleur. Il y a pourtant une autre stratégie, celle de la coopération", précise Jean-Baptiste Hibon, infirme moteur cérébral depuis sa naissance.

"Le handicap est pour moi le fondement de la société inclusive, explique-t-il. Il permet de révéler des expériences valables pour tous. Et d'ailleurs, beaucoup d'entre vous serez un jour confronté au handicap""Savoir demander de l'aide au bon moment et à la bonne personne, c'est ça l'économie inclusive ! C'est ce qui m'a sauvé."

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Jean-Baptiste Hibon (Crédits : Laurent Cerino/ADE)

L'essence même de l'économie inclusive selon lui ?

"Etre prêt à se laisser interpeller, transformer, modifier par l'autre", s'exclame-t-il. "L'entreprise de demain, c'est celle qui ne parlera que de partenaires et non pas de fournisseurs, ni de clients ou de collaborateurs..."

Changer de paradigme

L'économie inclusive implique un changement de paradigme pour les collectivités et les entreprises : ne pas avoir peur des fragilités de chacun, ne pas rechercher à tout prix la performance. "On envisage souvent l'inclusion comme une contrainte. Il faut au contraire chercher le savoir-faire, l'expertise d'une personne et c'est quelque chose de difficile à enraciner dans la culture française", constate le psychosociologue.

La Métropole de Lyon a récupéré des compétences dans le domaine de l'insertion lors de sa naissance en janvier 2015. Elle a depuis mis en place le Programme métropolitain pour l'emploi (PMI'e) et rejoint des initiatives comme "la charte des 1 000" entreprises pour l'insertion et pour emploi.

"C'est une chance pour nous d'avoir repris ces compétences. Cela a entraîné toute une réflexion avec les entreprises du territoire. Notre leitmotiv est de lier l'inclusion à l'économie", explique Valérie Glatard, conseillère déléguée aux politiques d'insertion du Grand Lyon.

Patrick Blayac

Patrick Blayac (Crédits : Laurent Cerino/ADE)

Une chance et un challenge que relève au quotidien Patrick Blayac, directeur de la Responsabilité Sociale et Sociétale (RSE) de Suez Recyclage et valorisation France et directeur de Rebond Insertion :

"J'ai été DRH pendant 25 ans. J'en avais assez de recruter toujours les mêmes profils. Aujourd'hui, je travaille avec des gens qui ont des différences à un instant T de leur vie. On ne fait que leur donner un coup de main. Depuis que je suis dans une entreprise RSE, je comprends mieux pourquoi je me lève chaque matin."

Dépasser les préjugés

L'économie inclusive implique aussi d'aller au-delà de ses propres préjugés. Sans forcément les bannir. "Ce serait une erreur, estime Jean-Baptiste Hibon. Un préjugé est comme un garde-fou. C'est une hypothèse de travail que l'on doit vérifier. Des préjugés, j'en vois tous les jours et on a le droit d'en avoir. Mais le cerveau humain est capable de s'adapter et d'aller au-delà !".

Les aprioris sont pourtant tenaces : "Je passe mon temps à faire de la pédagogie et à essayer de faire bouger les mentalités", renchérit Patrick Blayac. Valérie Glatard estime pour sa part qu'un changement profond est en train de s'opérer :

"L'entreprise se réveille. Les entrepreneurs comprennent qu'il ne faut pas faire POUR ces personnes accompagnées mais faire AVEC elles."

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Salle comble (Crédits : Laurent Cerino/ADE)

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